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Le Foyer national juif n’héberge plus ses enfants – Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach


Le Foyer national juif n’héberge plus ses enfants – Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

Ce 23 juillet 2011, 20 000 personnes ont manifesté sur la Place Habima  à Tel Aviv contre la hausse des prix de l’immobilier qui empêche les jeunes israéliens d’acquérir leur résidence principale ou de louer des logements qui remplissent les conditions minimales d’habitabilité.

Le mouvement de protestation contre l’envolée des prix de l‘immobilier a débuté le 15 juillet, et s’exprime de façon symbolique à travers le pays (Jérusalem, Tel Aviv,  Béershéva, Ashdod, Afoula …) où de jeunes personnes dorment sous la tente.

A l’occasion du  débat à la Knesset du 21 juillet 2011, les Ministres des Finances et de l'Habitat, Youval Steinitz et Ariel Attias, ont  évoqué différentes solutions pour pallier à la crise telles la vente de 5000 appartements dans le secteur orthodoxe (bien que le Trésor y soit opposé compte tenu de l’importance des acquisitions immobilières dans des conditions préférentielles dont a bénéficié ce secteur dans le passé), ou encore le lancement d’appels d'offres pour la construction de 7000 habitations (dont 340 à Beitar au delà de la ligne Verte), voire enfin un plan de réduction des prix.

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Il n’est pourtant pas certain que le gouvernement mesure parfaitement la portée de cette contestation populaire. En effet, et même si le débat est largement politisé avec une récupération du thème par les différents partis politiques d’opposition,  il ne s’agit pas d’un problème conjoncturel de politique intérieur : la critique (sous jacente) est celle d’un Etat qui n’est plus en mesure d’héberger ses propres enfants et qui, de ce fait, ne remplit plus sa vocation initiale, à savoir incarner le refuge de la population juive. En d’autres termes, Israël est peut être en train de perdre une partie de sa raison d’être en tournant le dos au projet sioniste.

Tout d’abord, si les jeunes israéliens ne peuvent plus se loger décemment en Israël, le pays cesse d’être en harmonie avec sa vocation historique de Foyer National Juif. A cet égard, la situation est tout à fait ubuesque dans la mesure où cette vocation a été reconnue et consacrée par le Droit international, c’est-à-dire par des personnes non juives. Dans la Déclaration de Balfour du 2 novembre 1917, la Couronne Anglaise s’est déclarée favorable au projet sioniste : «  le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif.. »

De même, le Conseil de la Société des Nations a, le 24 juillet 1922, fondé le droit international des juifs à s’établir en Israël, dans le mandat Britannique sur la Palestine : « Considérant que les principales puissances alliées ont, en outre, convenu que le mandataire serait responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 ». Bien évidemment, le principe a surtout été affirmé dans la Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël proclamée par David Ben Gourion le 14 mai 1948 : « L'État d'Israël sera ouvert à l'immigration juive et aux Juifs venant de tous les pays de leur dispersion ; il veillera au développement du pays pour le bénéfice de tous ses habitants… ». Dès lors, l’incapacité pour l’Etat d’Israël de loger ses propres enfants est profondément choquante.

Par ailleurs, et dans son message, la jeunesse israélienne rappelle que le droit au logement est considéré par le Droit international comme fondamental dans les sociétés démocratiques. Tout d’abord l’Article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 énonce  : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et celui de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement… ». De même, l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels adopté par l'Assemblée Générale des Nations Unies du 16 décembre 1966 (Entrée en vigueur le 3 janvier 1976) stipule : «  Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants… ».

En Israël, le Droit au  logement n’est pas expressément visé mais peut être rattaché au principe de protection de la dignité de l’individu. La Loi fondamentale du 17 mars 1992 protège la dignité de chaque personne et la considère comme une valeur de l’Etat d’Israël, Etat juif et démocratique. Le principe est repris sous l’article 4 de la Loi et l’article 7 pose expressément « toute personne a droit au respect de sa vie privée et de son intimité». Or, faute de logement, il n’y a plus d’intimité. Le respect de la dignité est également un aspect de l’éthique juive puisque les rabbins ont introduit dans la Halakhah les concepts de « honte » ou « d’indignité » (BQ 8,1) avec la possibilité  pour les victimes de réclamer un dédommagement.

Plus généralement, les manifestations de la jeunesse israélienne illustrent l’oubli par l’Etat juif des principes éthiques historiques. Un rapport a été remis le 22 juillet au Premier Ministre par le Ministre du Commerce Shalom Simon selon lequel des intermédiaires s’accaparent des marges généreuses dans des conditions d’une concurrence non respectées. Ainsi, l’envolée des prix de l’immobilier n’est pas le résultat du jeu de l’offre et de la demande mais devient une forme de convoitise prohibée par l‘Exode  (20,14) ou le Deutéronome (5,18). Par ailleurs, les prix de l’immobilier dissimulent peut être des gratifications données à ceux qui ont le pouvoir d’autoriser les constructions, c’est-à-dire un cadeau corrupteur qui aveugle les yeux des sages et qui fausse la parole des justes (Ex 23,8; Dt 16,19).  Notons surtout que la détresse de la jeunesse contredit les mises en garde Biblique contre « la dureté du cœur » (Dt 15, 9-10).

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Dans ces conditions, il est extrêmement regrettable que  la loi sur les « loyers modérés » (présentée par le député Shlomo Mulla (Kadima)) ait été rejetée par la coalition au pouvoir alors même que le projet prévoyait d’accorder au conseils régionaux des prérogatives pour affecter une partie du patrimoine foncier à la construction d’habitations à loyer modéré. La déclaration française des Droit de l’Homme et du Citoyen de 1789 débute par l’affirmation selon laquelle « l'ignorance, le mépris ou l'oubli des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements ». En Israël, l’ignorance, le mépris ou l’oubli des principes éthiques juifs pourrait bien provoquer la destruction de l’Etat, avant même une action concertée du Hamas du Hezbollah et d’Ahmadinejad, réunis.

25/07/2011
 

 







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