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Témoignages: des soldats israéliens nous expliquent l’éthique de Tsahal


Témoignages: des soldats israéliens nous expliquent l’éthique de Tsahal

Trois témoignages de soldats israéliens qui racontent leur expérience notamment lors de l'opération Plomb Durci. Ces témoignages démontre la grande éthique de l'armée israélienne et son souci permanent de protéger les populations civiles palestiniennes lors des diverses opérations militaires contre le Hamas.

''Voilà la vraie image de Tsahal'', un soldat de Plomb Durci

L'opération Plomb Durci menée par l'armée israélienne à Gaza à la fin de l'année 2008 a déchaîné les critiques de l'opinion publique internationale. Ayant eu lieu il y a peu de temps, les soldats qui ont participé aux manoeuvres ne sont pas habilités à en parler. Pourtant, un sergent de celle-ci a bien voulu, sous condition d'anonymat, nous exposer la réalité.

D'origine française, le soldat est arrivé en Israël à l'âge de 17 ans. Un an plus tard, il entrait dans l'armée pour y effectuer son service militaire. "Je suis entré dans l'armée chez les Golani (une des brigade de Tsahal, ndlr). Après huit mois de formation, je suis devenu instructeur pour les nouvelles classes. Après une nouvelle année, je suis devenu sergent et j'ai formé une équipe de soldats pendant neuf mois. Alors qu'ils venaient à peine de terminer leurs formations, nous avons été appelés à Gaza pour participer à l'Opération Plomb Durci", nous a-t-il déclaré.
"Pendant vingt-deux jours nous avons eu plusieurs missions dont nous nous occupions au jour le jour. Notre but était de sécuriser la zone proche d'Israël afin que les violences diminuent. Nous étions dans les premiers villages au sud de la Bande de Gaza, dans la région de Khan Younes", nous a-t-il précisé.

Ne pouvant nous donner plus de détails sur les opérations militaires en elle-même, le soldat nous a fait part de ses sentiments lors de la guerre. "Les rencontres que nous avons faites des populations m'ont beaucoup marqué. Ces gens étaient effrayés a priori, ils ne comprenaient pas la présence des forces israéliennes ni ce qui se passait autour d'eux. Ils étaient réellement surpris de voir des soldats de Tsahal dans leurs villages. De notre côté, nous avons adopté une attitude rassurante, nous ne voulions pas leur faire peur ou leur faire du mal. Par ailleurs nous avions des ordres très stricts à respecter.

Lorsque nous rentrions dans une maison que nous devions utiliser comme sorte de base, on nous avait ordonné de sécuriser le périmètre. Une fois cette première tâche accomplie, nous devions rassembler la famille dans une pièce et nous assurer qu'ils aient assez d'eau et de nourriture. Nous vérifiions régulièrement qu'ils allaient bien et s'ils avaient besoin d'aller aux toilettes nous les laissions évidemment y aller. Nous avions pour ordre d'être le plus humain possible. Voilà la vraie image de Tsahal. Une armée qui a de véritables règles morales", a-t-il précisé.

"J'ai rencontré énormément de personnes qui parlaient hébreu. Elles avaient travaillé dans le Goush Katif avant que la barrière de sécurité ne soit mise en place. Tous m'ont dit qu'ils regrettaient amèrement cette époque : ils avaient du travail et ils pouvaient nourrir leurs familles. Finalement c'est la seule chose qui les intéresse. Pour la plupart, ils sont loin des idéaux prônés par le terrorisme et n'aspirent qu'à pouvoir travailler et nourrir leurs familles. Ils se sentaient perdus au milieu d'une guerre qui n'était pas la leur et qui ne les intéressait pas", nous a-t-il affirmé.

Confronté aux critiques des médias internationaux une fois la guerre terminée il n'a jamais regretté ce qu'il avait accompli à Gaza. "Je pense qu'il fallait la faire cette guerre, nous devions agir ainsi. Quoiqu'il arrive c'est impossible de sortir d'une opération pareille sans aucune critique. Une armée, forte d'armes puissantes et de chars, entrant dans un village : ça passe forcément mal. À titre personnel, je sais ce que j'ai fait et je sais ce que mon équipe a fait et cela me suffit. Qu'ils disent ce qu'ils veulent, mais je n'ai absolument rien à me reprocher", a-t-il assuré.

"Le but de l'opération était de faire cesser les tirs palestiniens de Qassams sur Israël. Pendant un temps cela a été une véritable réussite. Nous y étions là-bas pour faire notre travail et nous l'avons bien fait. Je savais que nous devrions subir des critiques une fois l'opération terminée, mais ce qui compte c'est que chacun de nous sache comment il s'est comporté.

Bien-sûr il peut y avoir des débordements, mais ils sont sanctionnés. Certains soldats qui ont vécu la, ou les, Intifada(s) avaient parfois développé une certaine animosité envers les Palestiniens et cela pouvait se ressentir. Lorsque vous avez perdu des personnes proches, parfois même des membres de votre propre famille, cela peut s'expliquer. Certains se retrouvent ainsi dans cet état d'esprit avec une arme dans les mains alors qu'ils n'ont que 19 ans. Mais l'armée israélienne impose une morale extrêmement haute, heureusement d'ailleurs. Je ne pense pas que toutes les armées se comportent de la sorte. Je crois qu'aucune armée au monde ne pose la morale comme concept dirigeant comme le fait Tsahal", nous a-t-il affirmé.

Après la fin de son service militaire, le jeune soldat n'a pas souhaité faire carrière dans l'armée, mais a certains amis qui y sont restés. Au lendemain de l'accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, nombreux se disent inquiets.

"Pour l'avenir je ne sais pas ce qu'il nous réserve, je ne peux pas prévoir. Ce qui est certain c'est qu'Israël se prépare à ce que quelque chose de grave se produise. Presque tous les jours des roquettes tombent sur l'Etat et personne ne bouge. Cependant le jour où un missile touchera des enfants et/ou causera la mort de quelques personnes, l'armée israélienne lancera une opération. Nous sommes sur la défensive. Tout cela montre qu'en une étincelle, une nouvelle guerre peut démarrer", nous a-t-il expliqué.

– Par Roxane Tran-Van – Guysen.com


''L'armée ne tolère aucun comportement qui ne réponde pas à la morale qu'elle exige de ses soldats'', Nir Dombek, soldat

Nir Dombek était, comme de nombreux Israéliens, soldat pendant la seconde guerre du Liban en 2006. Envoyé sur le terrain, il a participé aux opérations de l'Etat juif sur le territoire libanais où il y a perdu des camarades. Pour Yom Hazikaron, il a bien voulu faire partager son expérience à Guysen.

S'il a été envoyé au Liban en 2006, Nir Dombek a aussi participé à la Seconde Intifada. "Toutes les semaines nous changions d'endroit. Au début j'étais à Naplouse, c'était très difficile. Nous étions dans la casba, c'était réellement compliqué d'y être soldat. Nous étions au beau milieu des quartiers, il y avait des morts ou des blessés partout dans les rues. Souvent les tirs fusaient dans tous les coins sans que l'on puisse distinguer d'où ils venaient. C'était très difficile de les localiser. Le danger était partout, mais à cette époque on le voyait pas, on le vivait. Vous vous rendez compte du danger de la situation une fois que tout est terminé. Il y avait également des mines, il fallait faire attention à l'endroit où l'on marchait, mais nous n'étions jamais sûrs non plus", nous a-t-il expliqué.
Après son service militaire, M. Dombek est parti en Amérique du Sud pour revenir ensuite en Israël. Lorsque la guerre du Liban a éclaté, il a été rappelé pour y participer et aller sur le terrain.

"J'ai commencé la guerre du Liban avec une idée de revanche, un de mes amis était mort sous les tirs palestiniens. Mais au début lorsque je suis parti, c'était comme dans un film, je n'avais pas pleinement conscience du danger ni de la guerre. C'était comme si nous partions, entre amis, en véritable équipe soudée, à une seule différence : nous avions des armes avec nous. Mais un jour, ma vision a changé. Un tank israélien a tiré sur la maison dans laquelle nous étions avec mon équipe, mais j'ai échappé aux blessures. Un de mes amis a été tué et les autres étaient blessés: j'étais sorti de la pièce au moment précis où une bombe tombait dans le salon. Après cela j'ai eu une perception différente : tout cela n'était pas un film, nous étions en réel danger et nous pouvions mourir ou être blessés n'importe quand. La bombe que nous avions reçue était une bombe israélienne, mais c'était une erreur. Ils avaient tiré sur la maison parce qu'ils pensaient que des terroristes s'y cachaient. Ils avaient été induits en erreur par une carte. Celle-ci affirmait encore que des terroristes y étaient", nous a-t-il raconté.

Après l'épisode de la bombe, il nous a confié qu'il avait réellement commencé à avoir eu peur de ce qui pouvait arriver. "Au début cela me paraissait moins concret. Mais à partir du moment où la bombe a tué un de mes amis, j'ai su ce que je pouvais perdre. C'était difficile parfois".

Nir Dombek a été en service au Liban trois semaines après le début des opérations sur place et il y est resté onze jours durant avant que la guerre ne se termine.

"Au Liban, nous avions pour mission de nous rendre sur le terrain et de nous assurer que les Libanais allaient arrêter de tirer. Nous avions différentes choses à faire, notamment informer des positions des tireurs et emmener nos missiles d'un endroit à un autre", a-t-il précisé. Après la guerre, il n'a pas souhaité faire carrière dans l'armée. Durant les années de la Seconde Intifada il faisait son service militaire et a continué à participer aux entraînements prévus chaque année pendant la période de "milouim". Il était d'ailleurs en milouim lorsque la guerre du Liban s'est déclarée.

Les critiques à l'encontre de l'armée israélienne se font de plus en plus cinglantes, notamment depuis l'opération Plomb Durci (fin 2008-début 2009) qui a eu lieu à Gaza. M. Dombek nous a affirmé qu'il avait énormément de peine lorsqu'il entendait celles-ci. L'armée israélienne se veut en effet l'armée "la plus morale au monde" et fait pourtant face à de violentes critiques. Pour preuve de l'intégrité exigée de la part des soldats, M. Dombek nous a fait part d'un événement qu'il a vécu lors de son service pendant la seconde guerre du Liban.

"Un jour après que nous ayons dîné, un de mes amis voulait un cure-dent. Il en a pris un dans la maison avant que notre commandant ne s'en rende compte. Il a alors essuyé de violentes remontrances : nous n'étions pas chez nous, nous n'avions pas le droit de nous servir, il fallait tout laisser en l'état. Puisqu'il s'était servi, il a laissé dix shekels pour rembourser les habitants", nous a-t-il expliqué.

"C'est très douloureux d'entendre toutes les critiques qui sont faites contre Tsahal. Personne ne veut entendre que l'armée israélienne n'est pas coupable de tout ce dont on l'accuse. J'étudie dans une université où tous les professeurs sont de la gauche dure et critiquent vivement les agissements de l'armée, mais je n'arrive pas à faire entendre mon point de vue puisque personne ne veut savoir. Que pensent tous ces gens qui critiquent l'armée ? Cela ne me fait vraiment pas plaisir de tirer vers des enfants, je ne veux pas. Mais je n'avais pas le choix parfois. Lorsque les tireurs se cachaient derrière ces enfants, que devions-nous faire? Nous n'avions pas le choix c'est ce qu'il faut comprendre", a-t-il souligné.

"Un jour un de nos commandant a blessé un Palestinien, je ne sais pas pour quelle raison. Le jour d'après, il ne servait plus dans l'armée, ou du moins, il n'était plus notre officier. L'armée ne tolère aucun comportement qui ne réponde pas à la morale qu'elle exige de ses soldats", a-t-il affirmé.

"Je ne dis pas qu'Israël n'a rien à se reprocher et qu'il est un ange. Je souhaite simplement qu'avant de critiquer, ces individus s'intéressent à ce à quoi nous devons faire face. Ils doivent se demander s'ils ont eu une raison d'agir ainsi. Avant de critiquer ils ne s'informent absolument pas des motivations qui ont fait que l'armée israélienne a agit de la sorte. Nous n'avons tout simplement pas le choix parfois et personne ne fait attention à cela. Bien-sûr qu'Israël a des moyens plus importants que les Palestiniens en face, mais il faut s'intéresser à ce qu'ils ont fait pour comprendre pourquoi nous agissons de la sorte", a-t-il expliqué.

À la lumière de l'accord signé entre le Hamas et le Fatah, M. Dombek s'est dit inquiet de la tournure que pourraient prendre les évènements. Bien qu'il ne puisse être certain de rien, il craint un regain de violences. "Le Hamas vient de signer un accord avec le Fatah pour faire partie du gouvernement. Nous devrions négocier avec ce gouvernement alors qu'il affirme vouloir détruire l'Etat d'Israël ?  Je ne vois pas bien comment nous pourrions vivre en paix avec eux".

Nir Dombek n'est d'ailleurs pas optimiste quant à un avenir pacifique d'Israël avec ses voisins. "Il me semble qu'il y a tous les signes avant-coureurs d'une guerre. Croyez-moi, je ne le souhaite absolument pas, mais j'ai l'impression qu'Israël ne va pas avoir le choix. Avec tous les bouleversements qui agitent les pays alentours, Israël ne peut pas prendre le risque de les voir se liguer ensemble contre lui.

En 1948, Israël a eu la possibilité d'en finir avec le monde arabe, en 1967 aussi : il a fait le choix de ne pas prendre cette voie-là. Aujourd'hui je pense qu'il faut en finir avec le monde arabe : il faut frapper assez fort pour ne plus être menacé à nouveau. J'ai peur qu'il y ait une nouvelle guerre, je n'en veux pas, mais cela me semble inévitable. Par ailleurs je pense que si une nouvelle guerre se produit, nous perdrons beaucoup d'hommes évidemment mais ils en perdront bien plus de l'autre côté. Une victoire écrasante sur les pays arabes pourrait également ramener tous les Juifs qui vivent hors d'Israël à venir et certains de ceux qui sont partis à revenir. Tout cela est très triste, mais je pense que c'est surtout inévitable", a-t-il continué.

"Tout cela me rend réellement triste mais malheureusement, j'ai constaté une chose : Israël veut toujours la paix, mais l'autre côté (les Palestiniens, ndlr) ne la veut pas. Je tiens à marquer l'énorme différence qui existe entre les Palestiniens et les Arabes israéliens. Les Arabes israéliens aiment Israël du plus profond de leurs cœurs. Lorsque je vois nos symboles : le drapeau avec l'étoile de David et la Hatikva, je ne peux pas m'empêcher de penser que nous devrions peut-être les abandonner. En choisir d'autres serait probablement une bonne chose et permettrait de faire qu'ils ne se sentent pas exclus. Je respecte ces Arabes israéliens qui se lèvent pour les valeurs israéliennes, mais ceux-là nous ne les entendons jamais parce que les médias ne trouvent pas cela intéressant. Mais pour moi, c'est le plus remarquable. Ici, ils ont bien plus de liberté que dans n'importe quel autre pays arabe sans même avoir à servir dans les rangs de l'armée du pays. Israël est une véritable démocratie qui accepte que les membres de son parlement critiquent ouvertement le gouvernement et appelle à la destruction de l'Etat (le député Arabe israélien, Ahmed Tibi, ndlr). Je ne vois pas dans quel autre pays cela est autorisé", a-t-il conclu.

Profondément marqué par la guerre et les violences auxquelles il a parfois dû assister, M. Dombek nous a confié qu'il avait quasiment tout oublié du voyage qu'il avait fait en Amérique du Sud après son service militaire, mais surtout avant la seconde guerre du Liban.

Par Roxane Tran-Van – Guysen.com


''Les ordres de Tsahal était clairs, nous ne devions pas toucher à la population civile'', Yomtov Sabah

Banquier et grand administrateur de grandes banques israéliennes, mais aussi conférencier des stratégies géopolitiques, Yomtov Sabah nous a fait part de son témoignage des guerres qu'il a vécues et dont il explique pour chacune d'elles les enjeux auxquels Israël a été confronté. Révolté par les critiques accusatrices proférées contre l'armée israélienne, il a tenu à rétablir une vérité sur le comportement des soldats souvent méconnue de la communauté internationale.
 
 
Guysen : A quelles guerres avez-vous participé ?
 
Yomtov Sabah : J'ai participé activement à quatre guerres : la Guerre des Six Jours, la guerre d'usure, qui n'est pas formellement reconnue comme une guerre mais qui en était une. Elle a duré sur une longue période. Il y avait des échanges de tirs et des attaques le long de la frontière égyptienne et syrienne. J'étais mobilisé le long du canal de Suez. J'ai également participé à la guerre de Kippour et à la première guerre du Liban, en 1982.
 
J'ai aussi été mobilisé lors de l'évacuation des Juifs d'Ethiopie. En moins de 36 heures, l'armée israélienne a fait évacuer 16 000 Juifs éthiopiens. C'était une opération aérienne. Ces Juifs étaient menacés par la guerre civile. Il y avait aussi de nombreuses familles déchirées : beaucoup de Juifs éthiopiens vivaient déjà en Israël. Cette opération a permis aux familles de se retrouver. C'était une opération militaire essentielle. J'étais dans une unité de parachutistes. J'étais lié aux forces terrestres pendant toutes les guerres.
 
Guysen : Quelle est la guerre qui vous a le plus marqué ?
 
Yomtov Sabah : Je ne peux pas le dire. En 1967 (lors de la guerre des 6 Jours ndlr), il y avait deux millions d'habitants en Israël. La guerre était très impressionnante. Il y avait une vraie menace d'étranglement de l'Etat juif. (Gamal Abdel) Nasser (Président d'Egypte au moment de la guerre, ndlr) avait établi une coalition de guerre avec la Syrie. La Jordanie a également décidé de participer. Les troupes égyptiennes s'étaient massées le long de la frontière israélienne. Au nord, le Golan était bombardé. La situation était infernale. L'Egypte avait également bloqué les détroits, au sud, avec la mer Rouge et au nord, le canal de Suez. Israël était étranglé. En trois heures nous avons réussi à détruire plus de 400 appareils de guerre des pays arabes. En Judée-Samarie, il y avait des attaques de l'armée jordanienne. Les combats étaient sanglants dans les ruelles de Jérusalem : c'était un nouveau front. Pendant trois jours, il y a eu des combats très violents qui ont fait couler beaucoup de sang dans la vieille ville. Lorsque la Jordanie a été battue à Jérusalem, Amman a compris que le pays ne pourrait pas résister à une deuxième contre-attaque.
 
La guerre s'est formellement terminée en six jours. Mais après les six jours, les bombardements continuaient. C'était la guerre d'usure, qui n'a mené à rien. C'était une guerre dramatique et triste. L'ennemi voulait nous tuer mais pas militairement, il voulait le faire démographiquement. Il y avait ainsi des attaques incessantes aux frontières. Il n'y avait que deux millions d'Israéliens à l'époque. Ces bombardements ont duré de longs mois et ont fait de nombreuses victimes. Puis, Israël a été obligé de lancer des attaques en profondeur en Egypte, sur les infrastructures. Les Egyptiens étaient aidés par l'Union soviétique. Dans l'une des opérations aériennes, quatre pilotes russes ont essayé de faire face à l'armée de l'air israélienne. Ils ont été tués tous les quatre. Depuis, l'URSS ne s'est plus jamais attaqué à Israël. Toutes ces décisions étaient très difficiles, mais elles étaient nécessaires, pour la survie d'Israël.
 
 
Après la fin de la guerre, il y a eu quelques années d'euphorie. Puis la guerre de Kippour a éclaté le jour le plus sacré du peuple juif. C'était un miracle que la guerre éclate ce jour là. Les pays arabes et l'URSS pensaient que le peuple israélien serait faible, à cause du jeûne. Mais c'était l'inverse. Heureusement que ce n'était pas un jour d'activité normale, car les routes étaient vides. Le recrutement a pu se faire immédiatement, les routes ont très vite été mises à disposition de l'armée. C'était une guerre très sanglante. Elle nous a coûté beaucoup : 3 000 soldats sont morts pour un pays peuplé de trois millions d'habitants. Proportionnellement, le syndrome était plus fort que pour la guerre du Vietnam aux Etats-Unis. Toutes les familles ont été directement ou indirectement touchées. Pendant des semaines, nous accompagnions nos morts pour les enterrements. Nous ne savons pas non plus ce que de nombreux soldats sont devenus, s'ils sont morts ou disparus.
 
Il y avait aussi des échanges de prisonniers. Quelque 200 prisonniers israéliens ont été échangés contre 5000 prisonniers arabes. Les prisonniers de guerre israéliens sont revenus comme des loques vivantes. Nombreux sont ceux qui ne se sont pas réinsérés dans la vie d'une manière normale. Les prisonniers arabes en Israël avaient un traitement privilégié concernant le traitement médical, la nourriture. Je l'ai vu, je l'ai vécu. Nous ne l'avons pas fait pour respecter les conventions de Genève, mais davantage sur le plan humain. Nous nous disions que ces hommes auraient pu être nos frères. Je n'ose même pas penser à ce que doit subir Guilad Shalit (enlevé par le Hamas il y a cinq ans qui refuse de laisser passer la Croix rouge, ndlr). Sur le plan militaire, le renversement de la situation était exceptionnel. La guerre s'est terminée au bout de 17 ou 20 jours. C'était un retournement total. Nous étions à 100 kilomètres du Caire et à moins de 40 kilomètres de Damas.
 
Entre 1973 et 1982, c'était une période difficile. Il y avait de nombreuses escarmouches (combat ponctuel, ndlr), des organisations terroristes se multipliaient au nord d'Israël. La vie était infernale dans les villages du nord comme celui de Kiryat Shmona. Il y avait sans cesse des tirs de katyoucha. Il y avait des camps d'entrainement palestiniens au Liban. Il y avait également de nombreuses factions terroristes mondiales qui aidaient les groupes terroristes du nord, comme l'armée rouge japonaise (qui a mené une attaque meurtrière à l'aéroport Ben Gourion), les Bader Mein Hoff, une brigade allemande, les brigades rouges italiennes, ainsi que de nombreux terroristes de clans et bien entendu, des organisations palestiniennes. Par exemple, il y a eu un détournement d'avion entre Tel Aviv et Paris, à Entebbe. Les terroristes ont séparé les otages Juifs des non-Juifs. Ceux qui n'étaient pas Juifs, environ 80 personnes, ont pu repartir, les autres étaient retenus en Ouganda. Israël a fait pression, mais le Président de l'Ouganda ne voulait pas céder.
 
Puis en 1982, c'était la guerre du Liban. Israël a envahit le sud Liban. Plus nous rentrions dans le pays, plus les terroristes Palestiniens se sauvaient vers le nord. Nous devions les poursuivre jusqu'à Beyrouth, et même au-delà. Lors de cette campagne, j'ai vu comment l'armée israélienne s'occupait de la population civile. Les ordres étaient très clairs : nous ne devions pas toucher à la population civile et nous devions garantir l'administration des services essentiels, comme la distribution du lait pour les enfants, les soins médicaux, les réparations des lignes téléphoniques, des coupures d'électricité. Toutes ces opérations civiles ont fait beaucoup de victimes. Mais j'essaie toujours de ne pas raconter les épisodes où les civils nous ont tirés dessus car j'aurais l'impression de faire de la propagande, alors que je raconte ce qu'il s'est passé. Il y a une photo très célèbre, qui a fait le tour du monde, d'une femme palestinienne qui tient un bébé mort. A l'époque, le président des Etats-Unis avait vivement condamné Israël. La photo avait fait un scandale. Quelques mois plus tard, les laboratoires israéliens ont démontré que l'enfant mort avait été tué dans un accident de la route à Naplouse. Washington s'est immédiatement excusé.
 
Guysen : Comment réagissez-vous face aux critiques envers Tsahal ?
 
Yomtov Sabah : Ce ne sont pas seulement des critiques, ce sont des diffamations. Je ne peux pas imaginer des soldats qui se battent contre des combattants qui sont aux portes du pays et qui ont autant de considérations humanistes que les soldats de Tsahal. Aucun soldat israélien ne se réjouit de la mort d'un ennemi. J'ai passé du temps avec le général (Jacques) Massu. Il a passé en revue des unités de Tsahal. Nous avons discuté des militaires français et israéliens. Après ces trois jours, il m'a dit : ''Mon capitaine, vous êtes une armée que j'admire. Mais pendant ces trois jours, je n'ai pas ressenti en vous la haine des Arabes. C'es déroutant''. C'est vrai qu'en Israël, nous n'avons pas de haine face à notre ennemi. Chaque soldat israélien avec lequel j'ai parlé n'a jamais ressenti cette haine. Nous ressentons beaucoup de sentiments très durs comme l'isolement, l'injustice, mais jamais la haine. C'est la principale force de l'armée israélienne : la compréhension et le sens de justice morale.
 
Guysen : Pressentez-vous des troubles à venir pour Israël ?
 
Yomtov Sabah : Ici, au Moyen-Orient, la chose la plus prévisible, c'est l'imprévisibilité. Tsahal se prépare toujours au pire des scénarios. Souvent, la réalité est pire que les scénarios imaginés. Personnellement, je n'aspire plus à la paix. C'est utopique. Je crois plutôt en la non-belligérance. Tout ce qui se passe actuellement nous fait mal. Nous sentons une injustice totale. Le monde entier a applaudi la morte de Ben Laden. Souvent Israël s'est attaqué aux dirigeants terroristes mais à chaque fois, il a été condamné, presque toujours par l'Organisation des Droits de l'Homme des Nations-Unies.
 
Quand nous voyons aussi ce qu'il se passe aussi en Libye ou en Syrie : c'est très cynique, par exemple le fait que la coalition internationale frappe la Libye alors qu'Israël est critiqué quand il répond aux tirs de roquettes du Hamas. On parle beaucoup de démocratie sans penser que pour qu'il y ait la démocratie, la population doit avoir un comportement démocratique. Or ces populations qui ont toujours été brimées par des dictateurs n'y sont pas habituées. Le développement économique de ces pays ne facilite pas les choses. Il y a beaucoup de corruption dans la répartition du produit national. Une dizaine de famille se répartissent toutes les richesses. Il y a également de nombreuses divisions en Syrie entre toutes les minorités religieuses, le pays est en train de se décomposer.
 
Nous sommes surtout préoccupés par l'Egypte. Nous sentons que des éléments extrémistes se préparent pour les prochaines élections. Nous avons de la chance que le désert du Sinaï soit une zone démilitarisée car s'il y a la guerre, elle se déroulera dans le Sinaï et pas aux frontières d'Israël. Le risque existe aussi en Jordanie, où la majorité de la population est palestinienne. Un jour, elle pourrait se radicaliser.
 
Bien entendu, Israël est très inquiet du rapprochement entre le Hamas et le Fatah. Le Hamas ne reconnait pas l'existence d'Israël et est déterminé à nous éliminer. La situation est très imprévisible.
 
 
Il y a enfin la menace de l'Iran, qui a une politique d'enrichissement nucléaire à des fins militaires et qui ne cache pas son envie d'en finir avec Israël. Israël est le seul pays menacé quotidiennement et le monde entier reste silencieux. C'est pourquoi nous devons être très vigilants. Nous devons par exemple renforcer nos liens avec l'Inde et la Chine, qui ont des intérêts pétroliers au Moyen-Orient. Ils ont donc tout intérêt à voir tomber le régime iranien. Ils espèrent ainsi qu'Israël réussira à prouver les intentions belliqueuses de l'Iran. Ces deux pays sont plus objectifs sur la situation d'Israël.
 
Par Astrid Ribois – Guysen.com

 





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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