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Réflexions sur la situation actuelle, par Shmuel TRIGANO


Réflexions sur la situation actuelle, par Shmuel TRIGANO

Mon récent blog  (« Septembre 2011: le mois de tous les dangers ») a suscité beaucoup d’échos. C’était mon objectif unique.  Non pas de faire entendre un point de vue défaitiste, ni d’instiller du désespoir mais de provoquer une prise de conscience de ce qui pourrait se passer.

                     La méthode de simulation

J’ai défini cet exercice comme une « simulation ». Le terme dit bien ce qu’il veut dire. C’est une méthode couramment employée dans l’analyse stratégique, quand il s’agit de simuler une situation de crise pour savoir comment on réagirait et devrait réagir en telle et telle circonstance. C’est une démarche purement théorique mais qui élabore des modèles de comportement prêts à être mis en acte pour répondre à certains types de défis prévisibles.

Les événements (très catastrophiques pour Israël : c’est la condition d’un tel exercice) que j’ai illustrés au moyen d’une chronologie imaginaire sont en effet possibles. Ils mettent en forme le scénario qui sous-tend la politique des Palestiniens, tous courants confondus. Ils l’expriment d’ailleurs eux mêmes clairement, comme le « ministre des Affaires étrangères » de l’Autorité Palestinienne, M. El Maliki[1].

Cependant, même si les événements envisagés sont théoriques, ils s’inscrivent dans la doctrine stratégique globale de l’OLP, très réelle, elle, depuis 40 ans, définie comme « le plan par étapes ». Il prévoit la destruction progressive d’Israël au fur et à mesure de l’évolution du rapports de forces, en combinant actes de négociation politique et actes militaires. De nombreux chercheurs l’ont déjà bien analysée.

 

Les événements réels de septembre

La crise dont j’ai simulé le déroulement serait le produit d’un concours de circonstances, qui, lui, n’est pas absolument pas imaginaire :

-la réunion à New York de « Durban III », le 21 septembre

-la réunion, ce même mois, de l’Assemblée générale des Nations Unies et la mise à l’ordre du jour du suivi du Rapport Goldstone

-la réunion du Conseil de sécurité, durant cette période

et, last but not least, évidemment,

-la déclaration d’indépendance de l’Etat de Palestine par l’Autorité Palestinienne.

Ce n’est pas un hasard, si cet acte unilatéral de l’Autorité Palestinienne a été programmé pour cette date-là. L’environnement international que nous avons défini lui sera favorable. Durban III accusera Israël d’être un Etat raciste, pratiquant l’apartheid. L’Assemblée générale, gouvernée par les diktats de l’Organisation de la Conférence Islamique forte d’une soixantaine d’Etats et donc faisant et défaisant les majorités, votera la reconnaissance du nouvel Etat, en vertu de la procédure « S’unir pour la paix » datant d’un précédent de 1950 (du temps de la guerre de Corée quand le Conseil de sécurité était bloqué), même si c’est le Conseil de sécurité seul qui peut lui conférer le statut d’Etat-membre de l’ONU. Elle remettra le rapport Goldstone sur la table de ce même Conseil pour donner une suite juridique aux accusations de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre qu’il formule contre Israël.

La première étape de ce processus se produira dans quelques jours quand l’Union européenne va confirmer que l’Autorité de Palestine est capable de fonctionner comme un Etat, ce qui équivaut à une sorte de pré-reconnaissance officielle et qui encouragera de nombreux Etats, déjà le cas pour la majorité des pays d’Amérique Latine, à faire de même.

Ce concours de circonstances, notamment la planification pour cette date de Durban III et de la déclaration éclairent rétroactivement la finalité  de la campagne mondiale de boycott d’Israël  pour « apartheid » qui fait rage depuis de nombreux mois. Ce mensonge énorme, surfant sur la désinformation courante des médias à propos de la situation en Israël et dans le monde arabe, vise en fait à préparer l’opinion publique mondiale à soutenir la déclaration d’indépendance palestinienne, en lui conférant un cachet moral et humanitaire entrainant l’assentiment mondial. L’apothéose de cette accusation sera bien entendu la conférence de Durban III

 

 

 

Se confronter à l’éventualité d’une crise

Tous ces événements sont programmés pour se tenir, sauf cataclysme naturel ou manifestation de la Providence. Ils encouragent les fervents de la Cause palestinienne à imaginer une série de développements possibles et d’actions. Bien que ces événements pourraient se produire, ils ne sont pas inévitables. Justement, l’exercice de simulation vise à réfléchir à la façon de les éviter, de les contourner, de les annuler. Pour ce faire, il faut imaginer les situations de départ les plus extrêmes « au cas-où »,  afin de trouver la parade et les écarter ou les maîtriser.

Ceux qui n’ont pas le courage de se confronter à leur éventualité, voire même de la penser, par peur ou par confiance excessive, font le choix de la politique de l’autruche. C’est une marque de faiblesse. De ce point de vue-là, l’inquiétude est toujours créatrice car, même si la situation crainte ne se produit pas, elle aura au moins réactivé les réflexes de défense.

Les conséquences de la proclamation d’un« Etat de Palestine » 

Quel est le danger impliqué par la reconnaissance d’un « Etat de Palestine » ? La transformation instantanée de la situation sur le terrain. Les territoires et Jérusalem « Est » ne seront plus des territoires sans statut comme ils le sont aujourd’hui (exceptée l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, quoique non reconnue sur le plan international). Il n’y a jamais eu en effet dans le passé d’Etat de Palestine sur des territoires occupés militairement, jusqu’en 1967, par la Jordanie et l’Egypte (à Gaza). Ils deviendront ipso facto les territoires d’un Etat, surtout si ses frontières « reconnues » par l’ONU sont celles de 1967, tandis qu’Israël deviendra une puissance occupante d’un Etat membre de l’ONU, s’exposant à des sanctions de la part du Conseil de sécurité et à un boycott, réel cette fois ci, de la « communauté internationale » (comme on dit).

Ce qui accrédite la prévision pessimiste

C’est là où le climat actuel envers Israël prend toute sa signification : il nous donne une indication de la conduite éventuelle du monde envers lui, dans une telle situation. A quoi avons nous assisté en effet depuis 10 ans ? A une manipulation des faits, à la transformation de la victime en accusé, à la falsification des critères de la morale, déniant à Israël tous les droits reconnus par la charte de l’ONU à ses membres, et avant tout celui de l’auto-défense. Comme pour l’antisémitisme arabo-musulman en Europe les puissances occidentales ont renvoyé Israël et Palestiniens dos à dos, en brouillant les critères de la justice, par parti pris en faveur de la cause palestinienne. Le rapport Goldstone fut le summum de la mauvaise foi coulée dans une formalité pseudo-juridique et institutionnelle, autorisant le haro sur Israël au nom de la morale et de la loi. Le pire fut que les Etats occidentaux et en premier lieu l’Union Européenne, littéralement obsédée par Israël dans son agenda politique, et les Etats-Unis d’Obama, ont gobé cette falsification  au service de leur négociation globale avec l’islam mondial. Israël est pour eux une monnaie d’échange universelle. Tout est donc possible de la part des anciens « alliés » d’Israël.

Il y a par ailleurs des précédents depuis l’invention du « droit d’ingérence » pour sauver des « populations en danger » : depuis la Serbie – en Europe même ! – jusqu’à la Libye – en Méditerranée. La Ligue Arabe a d’ailleurs très bien enregistré cela en demandant récemment l’application à Gaza d’une zone d’exclusion aérienne visant à interdire les représailles israéliennes aux tirs de missiles sur son territoire (ils semblent tout à fait normaux à tout le monde). C’est l’Union Européenne qui est le maillon le plus inquiétant dans ce concert et plus particulièrement la France et la Grande-Bretagne. L’état de leur opinion publique, en tout cas celle des médias, est alarmant : il donne une mesure, négative, de la légitimité d’Israël.

Ces événements prévus et ceux qui sont prévisibles prennent ainsi toute leur ampleur quand on les replace dans le contexte actuel des affaires internationales et de l’attitude envers Israël dans les pays démocratiques. Ce que nous craignons depuis dix ans pourrait bien se concrétiser à cette occasion.

Jusqu’à ce jour, le combat s’est mené sur la scène idéologique, symbolique et intellectuelle. C’est la légitimité de l’existence même d’Israël comme Etat qui a été en question durant toutes ces années. L’attaque symbolique constitue toujours la première étape d’une agression violente. On dépeint d’abord son ennemi comme un monstre avant de l’abattre, « moralement » et « légitimement ». Vient ensuite la deuxième étape, celle de l’agression proprement dite. La mouvance pro-palestinienne mondiale pense que ce stade est arrivé. Il n’est que de voir déjà ce qui se trame avec les flottilles (une autre est en préparation et ses instigateurs envisagent même de louer des avions)… La crainte, c’est que septembre prochain ne voie le déferlement du passage à la deuxième étape. Son impact concernera autant Israël que la diaspora, car l’antisionisme est depuis toujours l’antisémitisme des « moralistes ».

Nécessité de l’électrochoc

Ce qui m’inquiète, c’est que nous avons été très peu nombreux à mener le combat idéologique et intellectuel, à faire face à la première étape. Ce n’est que depuis un an que l’Etat israélien se rend compte de la menace de la « délégitimation ». Les activistes de la première phase, parmi lesquels je me compte depuis la création en 2001 de l’Observatoire du monde juif, n’ont eu ni moyens ni relais, tant des institutions juives que des Israéliens. C’est dire combien les  esprits ne sont ni informés, ni aguerris, ni en position de faire face à la deuxième étape éventuelle.

C’est là où l’électrochoc est nécessaire.

Je vois des esprits qui sont sûrs de leur bon droit, de l’évidence de leur situation, de la confiance dans la société environnante. C’est qu’ils n’ont rien compris à ce qui s’est passé ces 10 dernières années. Le cadre dans lequel nous vivions depuis la deuxième guerre mondiale a vacillé. Nous avons vu comment les critères de la morale pouvaient être inversés, comment les situations pouvaient être déformées, comment la Shoa pouvait devenir un argument contre les Juifs, comment la mauvaise foi pouvait favoriser les contrevenants à la loi et à la morale, comment la violence était qualifiée de paix et comment la victime devenait l’agresseur. L’évolution du droit international depuis quelques années donne le spectacle d’un dérapage en roue libre qui ne repose sur aucune base juridique : on a inventé un droit international sans nations ni Etats, sous le signe illusoire d’une « communauté internationale » qui n’a aucune consistance et qui a la prétention d’être la société civile des Etats, échappant à leurs règles, alors qu’ils sont les seuls acteurs internationaux du système international. L’univers international qui se profile, derrière les discours vertueux, n’est pas un univers de droit sur lequel on peut compter en toute bonne foi. Le meilleur exemple est donné par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève qui fut récemment présidé par la Libye de Khadafi… L’instrumentalisation de la justice est inscrite dans les us et coutumes de la nouvelle « communauté internationale » dont Sodome et Babel sont les archétypes dans la tradition biblique.

La stratégie palestinienne

Cet état de choses va comme un gant à la stratégie palestinienne qui a excellé à transformer une attitude amorale ou illégale en posture vertueuse et morale. Ainsi une attaque guerrière et exterminatrice contre le nouvel Etat d’Israël (en 1947-8) fut transformée en « Nakba ». Le refus de se constituer en Etat et de reconnaître Israël sur la base du partage se vit transformé en  colonialisme israélien. Le refus du partage de Jérusalem et de la remise des territoires (Barak en 2000) fut maquillé en révolte d’un peuple opprimé pour la libération. Les attentats contre des civils devinrent des sacrifices religieux. L’envoi d’enfants et de femmes au combat furent grimés en crimes contre l’humanité d’Israël. La concession par Israël d’un territoire, d’une armée, d’une administration (accords d’Oslo) – ce que les Palestiniens n’avaient jamais eu – fut définie comme une occupation. Et, en Israël, le refus des citoyens israéliens arabes de s’intégrer à la nation se transforma en accusation de racisme à l’encontre d’Israël, etc.  La dernière falsification en date est bien sûr la rupture de tout processus de négociation avec Israël transformée en « déclaration d’indépendance » de l’Etat de Palestine occupé par Israël. Ce qui est, par ailleurs, une violation de l'article XXXI (7) de 1995 de l'accord intérimaire israélo-palestinien selon lequel les parties s'engageaient "à ne prendre aucune mesure ou décisions qui changerait le statut de la Judée-Samarie ou de la bande de Gaza en attendant le résultat des négociations sur le statut permanent". Cela l’est aussi de la résolution 242 qui prévoit expressément de s'entendre sur "des frontières sures et reconnues" et donc en conséquence de ne pas imposer des limites en dehors de tout processus convenu. Et de la résolution 338 qui appelle à "des négociations…entre les parties concernées…visant à établir une paix juste et durable au Moyen-Orient".

Mais qui se soucie des traités ? Les Puissances occidentales elles mêmes qui les  garantissaient les ont oubliés. Comme dans l’Algérie des années 1960 : vous négociez avec le GPRA, les « modérés », (ici le Fatah) et vous vous retrouvez avec le FLN (ici le Hamas). Les traités ne sont dans le monde arabe que des chiffons de papier (et de ce point de vue, il faut surveiller ce qui va se passer avec le traité de paix avec l’Egypte post-Moubarak et avec les progrès du salafisme en Jordanie). Le traité est toujours une étape vers la guerre.

C’est parce que le  cœur de cible de la propagande arabe est l’Occident, et notamment l’Europe, que nous avons assisté à cette gigantesque manipulation de la morale depuis plus de10 ans. L’objectif est de faire agir l’Europe contre Israël au bénéfice de la Palestine. En effet, Cette propagande a surfé sur une culture dans laquelle la condition de victime passée ou présente est devenue la source de la légitimité et de la moralité. L’Occident d’après la guerre de 40 et la décolonisation est traversé du sentiment d’une double culpabilité : la Shoa et le colonialisme. Le bluff de la « Nakba » comme substitut de la Shoa, ou comme équivalent, montre très bien comment une affabulation de cette ampleur a pu se greffer sur l’imaginaire de la Shoa. Elle dédouanait l’Occident de sa culpabilité en la reportant sur les Israéliens, ce qui consacrait les Palestiniens, le « peuple en danger », comme le seul héritier des victimes de la Shoa et le récipiendaire unique de la culpabilité de l’Occident envers les Juifs[2]. Je dis bien le « bluff » car les réfugiés de 1948 – de toutes façons déjà plus des « réfugiés » 60 ans après – sont les vaincus d’une guerre d’extermination qu’ils ont lancée de concert avec la Ligue arabe sur l’Etat d’Israël naissant. Ils ne sont nullement des « victimes » mais des agresseurs vaincus. On peut aisément comparer leur destin à celui du million de Juifs du monde arabe chassés et spoliés alors qu’ils étaient en dehors du conflit.

Quel état d’esprit ?

Il ne faut pas avoir d’états d’âme, même si c’est difficile, mais il faut se confronter à la réalité telle qu’elle est ou pourrait être. J’espère, cela va de soi, que ce scénario ne se réalisera jamais.

S’y confronter mentalement doit au contraire nous aider à puiser dans nos forces les plus profondes, autant spirituelles que physiques. Un combat décisif et vital mettant en jeu la continuité juive et la qualité même de l’existence d’un peuple juif parmi les peuples de l’humanité, est à l’horizon. Je me propose d’aborder de développer ces enjeux dans un autre blog.

C’est pour cela qu’il est important d’étudier la stratégie palestinienne, afin de trouver le moyen de la retourner contre elle même. La situation présente est aussi le résultat de graves erreurs politiques commises par Israël dont la première fut le « processus d’Oslo » et la passivité devant ses premières trahisons par la nouvelle « Autorité palestinienne » du temps d’Arafat.

On aura du mal à effacer les conséquences de ces erreurs d’un revers de main. Il est clair que le slogan de « deux Etats pour deux peuples » est profondément irréaliste et suicidaire dans la situation présente. S’il venait à être mis en œuvre, il donnerait le coup d’envoi d’une guerre terrible dans laquelle Israël jouerait son existence même.

On mesure à cet égard l’irresponsabilité du camp occidental, et en premier lieu de l’Union Européenne, 60 ans après la Shoa, de vouloir imposer à Israël une « solution » bancale, en dépit de toutes considérations de sa sécurité et de son existence, et sans aucune exigence vis à vis de la partie palestinienne dont le bellicisme se manifeste jour après jour dans sa société et sa culture.

Une « solution finale » pour le Moyen Orient ou pour les Juifs?


[1]« C’est prévu à l’automne. Nous sommes prêts et nous avons été préparés depuis longtemps mais nous voulions nous assurer de la reconnaissance de la communauté internationale… La voix palestinienne ne sera pas seule. Elle sera reprise en chœur par des voix tout autour du monde, des voix crédibles qui diront : »oui ils sont prêts ! Oui, ils méritent un Etat ! »

 

Aschkel.info

 

 







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