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Pâque, le passage, par François d’Orcival


Pâque, le passage, par François d’Orcival

Durant toute cette semaine, le peuple d’Israël a célébré ce que nous appelons “la Pâque”, par rapprochement avec nos fêtes pascales chrétiennes. En fait, le mot hébreu pessah se comprend mieux dans sa traduction anglaise, passover, qui signifie “passage”. Cela rappelle que les juifs commémorent ainsi leur sortie d’Égypte sous la conduite de Moïse : le passage d’une histoire à une autre.

Israël est ces jours-ci en état d’alerte, son gouvernement étant bien conscient des risques que représente pour la stabilité du Proche-Orient, et la sienne, l’actuel cycle de “révolutions arabes”, lequel a déjà conduit les Français, les Britanniques et l’Otan à s’engager en Libye.

Aucun de ces mouvements ne s’est fait au nom de la lutte contre l’État hébreu. Nulle part. S’il y a danger, dit-on à Jérusalem, il n’est pas dans la révolution démocratique, mais dans l’après : dans l’action des gouvernements qui en seront issus et qui pourraient être tentés de désigner Israël comme bouc émissaire de leurs propres carences.

La Pâque juive célèbre l’exode d’Égypte. Ce pays demeure le premier front d’Israël. Parce que les deux pays ont signé un traité de paix et de reconnaissance mutuelle – ce qui n’est pas le cas avec les autres – et que Le Caire demeure la porte de l’Orient. L’Égypte contrôle le Sinaï, au sud d’Israël, et la bande de Gaza, où le pouvoir est aux mains du Hamas. Or, si les “fondamentaux” n’ont pas changé depuis le renversement de Moubarak, certains signaux inquiètent les dirigeants israéliens. Ainsi le “ministre des Affaires étrangères” du Hamas a été reçu par les autorités égyptiennes ; les tunnels entre l’Égypte et Gaza, par où transitent les trafics d’hommes et d’armes, sont redevenus “poreux” (les Israéliens viennent d’en subir les conséquences avec une volée de cent cinquante roquettes tirées en quelques jours) ; les livraisons de gaz égyptien aux centrales électriques israéliennes ont été coupées, rétablies, coupées à nouveau pour faire monter les prix ; et le nouveau ministre des Affaires étrangères égyptien, Nabil Elaraby, a déclaré son désir de renouer avec Téhéran (seule capitale à prétendre vouloir rayer Israël de la carte).

Deuxième front, au nord d’Israël, la Syrie de Bachar el-Assad, qui revendique le plateau du Golan et continue d’exercer son influence directe sur le Liban. Un régime divisé, “pétochard”, et qui s’est gardé d’échanger un coup de feu avec les Israéliens depuis 1973, mais qui reste la voie de passage des armes du Hezbollah et du Hamas et un lien avec l’Irak. Les manifestations et émeutes s’y répètent depuis deux mois ; Assad partira-t-il comme Ben Ali et Moubarak, va-t-il faire la guerre à l’opposition comme Kadhafi ? Le pouvoir de son père était issu d’un coup d’État, le sien est à la merci d’un autre, provoqué par l’un des multiples clans du pays ; la démocratie pourrait suivre comme solution de compromis entre tribus. En tout cas, les Occidentaux restent les observateurs prudents d’une situation imprévisible. Même chose pour le plus lointain Yémen, dont l’évolution pèse sur l’Arabie Saoudite : au pouvoir à Sanaa depuis deux décennies, Ali Abdullah Saleh conserve le soutien des Américains pour son anti-islamisme et la part qu’il a prise dans la lutte contre Al-Qaïda. Jusqu’à quand ?

Le troisième front de l’État hébreu n’est plus en Orient mais à New York, aux Nations unies. C’est le front des Palestiniens. Ceux-ci y livrent avec succès une intense bataille diplomatique. Alors que lui-même en admet le principe, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou redoute une reconnaissance officielle d’un État palestinien qui précéderait l’établissement d’une paix véritable entre Israéliens et Palestiniens, privant les premiers de négocier avec les seconds l’échange de la paix contre des rectifications frontalières. Or pour être reconnu par l’Onu, un État doit réunir deux conditions : avoir, d’une part, l’agrément du Conseil de sécurité et, d’autre part, le soutien des deux tiers des États membres de l’assemblée générale. Celle-ci compte 192 membres ; les deux tiers font 128 ; les Palestiniens ont déjà obtenu la reconnaissance de 118 d’entre eux. La suite repose donc sur le Conseil de sécurité : le veto des États-Unis suffirait à reporter toute reconnaissance officielle. Barack Obama, candidat à sa réélection, prendrait-il le risque de s’opposer frontalement à la diplomatie israélienne en ne le faisant pas jouer ? Improbable. Mais les autorités de Jérusalem ne comptent que sur elles-mêmes ; elles savent que, dans le mouvement qui bouleverse le monde arabe, elles devront reprendre, le moment venu, l’initiative. C’est le sens de ce “passage”.

François d'Orcival, de l'Institut

Valeurs actuelles

illustration : lignes de cesser le feu 1967







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