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Immersion au cœur du Front National


Immersion au cœur du Front National

Les sondages pour la prochaine présidentielle sont en sa faveur. Son parti vient de réaliser une percée aux cantonales. Le nom de Marine Le Pen est sur toutes les lèvres. Y compris sur celles d'une partie de la communauté juive qui pourrait être séduite par le discours frontiste.

Emmanuelle Joseph-Dailly est chercheuse et consultante.

De 2002 à 2005, elle a mené une étude sur les élites du Front national pour l'École des Hautes Etudes en Sciences sociales.

Elle revient sur son expérience au sein du parti et l'actualité récente, dont la polémique de Radio J.

Jerusalem Post : Pourquoi avoir choisi les élites du Front national comme terrain d'étude ?

Emmanuelle Joseph-Dailly : Le lendemain du 21 avril 2002, où Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour des présidentielles, je passais le concours de l'Ecole Normale Supérieure. Nous étions près de mille personnes dans la salle. Les élections avaient montré que 17 % des Français avaient voté pour le Front national, dont 12 % dans les 16e et 8e arrondissements de Paris. Une problématique a alors germé : Y avait-il parmi les diplômés de l'enseignement supérieur une propension à voter pour le FN ?

J'étais déjà très intéressée par cette question des élites intellectuelles au sein des mouvements d'extrême-droite. J'ai soumis le projet à l'École des Hautes Etudes en Sciences sociales, qui à l'époque avait un besoin de recherche en anthropologie sur le Front national.

J.P. : Vous aviez vingt ans, sans point d'entrée au FN. Comment avez-vous infiltré le parti ?

E.J.D. : Je n'emploie généralement pas le terme « infiltré » parce que l'étude a été double. D'une part, j'ai fait une série d'entretiens, sous mon nom, avec des militants à qui je me présentais comme étudiante, et de l'autre, j'ai fait de l'anthropologie, en assistant à des manifestations, des fêtes, des réunions où là, je ne me présentais pas comme chercheuse.

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Mon premier contact a été un assureur. J'avais trouvé sa publicité dans Français d'abord. Il s'agissait d'un des membres fondateurs du parti, et un proche de Jean-Marie Le Pen ! A ma demande, il a appelé des amis diplômés, tous encartés, certains étaient des élus. Par la suite, j'ai rencontré toutes sortes de profils : polytechniciens, médecins, avocats, littéraires. J'avais pour critère d'interroger des membres avec en poche, au minimum, un bac + 5. Ils n'avaient pas l'habitude de s'exprimer en tant qu'élite, puisque le FN est un parti qui renie tout ce qui est technocrate.

J.P. : Marine Le Pen est avocate. Les choses sont-elles en train de changer en termes d'image ?

E.J.D. : On voit dans les entretiens que Marine Le Pen met en avant les têtes pensantes du FN, c'est très nouveau. Elle a besoin de s'appuyer sur ces élites pour créer son programme. Par contre, elle ne revendique jamais à la télévision son statut d'avocat, elle reste sur la ligne des classes populaires.

J.P. : Quels ont été vos principaux constats à l'issue de cette immersion ?

E.J.D. : Le premier point, c'est que ces militants ont grandi dans un environnement où de père en fils, on vient d'une droite nationaliste. Les parents étaient souvent pétainistes, les grands-parents d'anciens boulangistes. J'ai notamment rencontré un universitaire qui m'a conviée au Lutetia, lieu ô combien symbolique, pour m'expliquer ses théories de remise en question de l'Histoire officielle. Il a grandi avec Xavier Vallat, Commissariat général aux questions juives, qui venait tous les dimanches pour le goûter !

Puis, ce sont des gens avec une vision dualiste de la société. Il y a d'un côté un aspect rationnel fondé sur l'autoritarisme du « pater familia », de l'autre des aspects totalement irrationnels comme cette idée d'un complot judéo-maçonnique, de mensonges étatiques, etc. Cette vision en blanc et noir du monde est ancrée au plus profond d'eux-mêmes.

J.P. : Est-ce à dire qu'il n'y a aucune brèche pour en sortir ?

E.J.D. : J'étais en désaccord avec ma directrice de recherche sur ce point. Elle me disait tout le temps : « Ils auraient pu s'en sortir ». Mais pour rompre avec un schéma comme celui-là, il faut une faille dans l'éducation, une brèche qui laisse la porte ouverte vers autre chose. Eux, la plupart du temps ne l'ont pas eue au sein de leur entourage familial et social.

On s'aperçoit également que lors de leurs études, ils se sont renforcés dans leurs convictions politiques. Beaucoup estiment que l'Education nationale s'éloigne des valeurs centrales de la France. Dans leur cas, l'école ne fait pas obstruction au vote extrémiste.

J.P. : Marine Le Pen est elle-même le produit de l'éducation de son père. L'idée de sa présence sur les ondes de Radio J a provoqué un tollé. Etait-ce une erreur de l'inviter ?

E.J.D. : Je pense que la communauté juive n'a pas à interviewer Marine Le Pen à l'heure qu'il est. C'est trop tôt. Cela demande d'y réfléchir, dans un consensus communautaire, en dehors de l'agitation des sondages. Mais une fois qu'on avait fait l'erreur de lancer l'invitation, il aurait fallu éviter de "faire le buzz". Marine Le Pen sur Radio J, cela aurait de toute façon été instrumentalisé par le FN, mais sûrement pas autant que l'annulation. Il faut prendre le temps pour la réflexion.

J.P. : Suite à cette affaire, lundi 14 mars, l'Union des Etudiants juifs de France a rassemblé à Paris les institutions communautaires autour du slogan « Pas une voix juive pour le FN ». Lors de cette réunion, beaucoup ont dit que Marine Le Pen voulait se faire « cachériser ».

E.J.D. : Je n'aime pas du tout cette expression. Si Marine Le Pen est invitée sur une radio, elle y va. En ce moment, elle est dans une démarche claire où elle veut apparaître dans tous les médias.

J.P. : Il n'y a pas de stratégie du FN autour de la communauté juive ?

 E.J.D. : Bien sûr, mais le vote juif en France n'existe pas, contrairement aux Etats-Unis. Il y a une population juive qui vote. Jusqu'à maintenant, on n'a pas dégagé de tendances sociologiques d'un électorat juif. Et les voix ne pèsent pas lourd dans les urnes. C'est un poids symbolique. C'est très dérangeant que même les Juifs de France puissent être séduits par le discours de Marine Le Pen.

J.P. : Pourquoi pourrait-elle séduire davantage qu'auparavant une partie de la communauté ?

E.J.D. : Elle avait déjà un discours qui pouvait séduire par le terrain anti-arabe, l'immigration choisie, etc. Mais elle avait besoin de se refaire une santé par rapport à ce qu'avait dit son père sur la Shoah. D'où sa récente déclaration sur les camps nazis, comme "summum de la barbarie". Or, quand on regarde le parti, le fond reste le même.

J.P. : Après l'annulation de Radio J, le Front National a annoncé la réactivation de son Cercle national des Juifs français, tombé en désuétude en 2004. Est-ce un simple effet d'annonce ?

E.J.D. : Je ne sais pas dans quelle mesure il pourrait être actif et s'il peut avoir un impact. A l'époque, les membres étaient peu nombreux, je ne les ai jamais croisés. C'était un cercle fantôme.

 

J.P. : Avez-vous été sollicitée par des institutions juives pour faire des conférences ?

E.J.D. : Oui. Et je suis prête à prendre le temps qu'il faudra, pour transmettre mon expérience, et donner des clés de compréhension, en dehors du tapage médiatique. Il ne s'agit pas de provoquer un vote de peur en disant aux Juifs de France de se méfier de ce qui va leur arriver, mais d'amener à un vote pérenne sur le long terme, avec une connaissance profonde de ce qu'est le Front national.

 

Source : jpost, par PAULA HADDAD





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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