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«Chrétiens allemands», une catastrophe protestante. 1933-1944 – par André Chargueraud


«Chrétiens allemands», une catastrophe protestante. 1933-1944  – par André Chargueraud

Jusqu’à la défaite, ils demandent l’élimination des Juifs.

On aurait dû les appeler « chrétiens nazis ». Les deux termes semblent antinomiques. C’est pourquoi, en 1933, Karl Barth, le célèbre théologien suisse, disqualifie sans appel ces protestants : « Acôté des écritures sacrées qui sont la seule révélation de Dieu, ils réclament une seconde révélation, celle du peupleallemand et de sa politique actuelle. Nous devons donc admettre qu’ils croient à « un autre Dieu ».[1]

Barth a raison, les professions de foi des « Chrétiens allemands » dépassent l’entendement. Ce sont des renégats dans toute la force du terme. Dans un guide publié en 1932, ils proclament que « la distinction entre les peuples et les races (…) est un ordre voulu par le Dieu du monde ». De ce fait, « le mariage entre les Allemands et les Juifs doit être interdit ».[2] En 1933, leurs déclarations les égarent. Ils appellent les protestants à « participer à la grande heure qui vient de sonner (celle des nazis) et y reconnaître une mission de Dieu confiée à son Eglise ».[3]

A leurs yeux, « l’Eglise doit s’intégrer dans le Troisième Reich, être mise au rythme de la révolution nationale, être façonnée par les idées du nazisme ».[4]  L’hérésie patente bascule dans le ridicule et l’absurde lorsque les « Chrétiens allemands » en appellent à Hitler pour interpréter les Ecritures et proclament que Dieu a marqué l’Allemagne de son sceau.[5] Une attitude d’autant plus scandaleuse que les « Chrétiens allemands » ont adopté ces concepts païens nazis de leur propre initiative, sans avoir fait l’objet de pressions.

Après tant de blasphèmes et de ruptures théologiques, comment est-il concevable qu’en juillet 1933, lors de l’élection des dirigeants protestants, deux tiers des votes des paroissiens se soient portés sur des représentants des « Chrétiens allemands ? »[6] Ces fidèles sont, sous la conduite de leurs pasteurs, descendus aux enfers. Ils sont marqués au fer, même si au sein de cette nébuleuse se croisent des participants plus ou moins radicaux.

Parmi les meneurs les plus engagés se trouvent les initiateurs, deux pasteurs de Thuringe, Siegfried Leffler et Julius Leutheuser. Parmi les modérés on compte Wilhelm Niemöller, un sympathisant qui déclare à ses paroissiens : « En ce qui concerne ma position envers les Chrétiens allemands, j’en suis un membre et je le resterai ». Mais à la fin de l’été 1933, Wilhelm Niemöller coupe les ponts et rejoint son frère Martin à l’Eglise confessante qui,sous l’impulsion de ce dernier, s’élève avec succès contre cette théologie dévoyée.[7]

Un feu de paille ?[8] Un scandale éclate lors du rassemblement des « Chrétiens allemands » au Palais des sports de Berlin le 13 novembre 1933. Un orateur, le Dr. Krause, n’hésite pas à demander en termes vifs que le protestantisme allemand déjudaïse l’Eglise ainsi que la Bible. Cela revient à abandonner l’Ancien Testament et à expurger le Nouveau de ses composantes juives.[9] Les démissions se multiplient. Malgré ces importants revers, à la fin des années trente les « Chrétiens allemands » comptent encore 600 000 fidèles.[10] Plus grave, ils conservent une position dominante au sein des Facultés de théologie. En 1937, 12 recteurs sur 15 sont affiliés aux «Chrétiens allemands», 14 sont professeurs sur 73 et 51 professeurs associés sur 102.[11]

La situation est d’autant plus critique que les « Chrétiens allemands » n’ont rien abandonné des principes païens nazis. Les déclarations aberrantes et inconditionnelles de leurs plus hautes autorités continuent. Un article paraît le 15 novembre 1936 dans Kommende Kirche, une publication dont le responsable est Heinz Weidemann, l’évêque de Brême. « Dieu a envoyé Hitler au secours du peuple allemand (…) Adolf  Hitler est le porte-parole de Dieu. Aider Hitler dans sa tâche, c’est servir Dieu, saboter son travail, c’est servir le diable ».[12]

En avril 1938, Leffler affirme dans une allocution au Palais des Sports de Berlin : « Etre chrétien ne signifie pour nous rien de plus que de posséder la force de soutenir le programme national-socialiste ».[13] De son côté, fin novembre 1938, l’évêque de Thuringe Martin Sass écrit après la Nuit de cristal que « l’incendie des synagogues est le moment du couronnement du combat divinement béni du Führer pour l’émancipation définitive du peuple allemand ».[14]

Six mois plus tard, le 4 avril 1939, les « Chrétiens allemands » fondent l’Institut pour la Recherche et l’Elimination de l’Influence Juive dans la Vie des Eglises Allemandes. Un intitulé en forme de programme que l’Institut résume de la manière suivante : « L’influence corruptrice juive a aussi été active dans le christianisme au cours de l’histoire. Le devoir obligatoire et sans échappatoires de l’Eglise et du Christianisme est de se débarrasser du Judaïsme. C’est une obligation pour le futur de la chrétienté ».[15]

Jusqu’à la fin les « Chrétiens allemands » se déchaînent. Dans une lettre d’information datée du 29 avril 1944, ils insistent : « Il n’y a pas d’autre solution au problème juif que la suivante : (…) la bataille (…) jusqu’à ce que le monde soit totalement entre mains juives ou complètement purgé du judaïsme (…) nous pouvons fièrement proclamer devant le monde entier, le monde d’aujourd’hui et de demain, que nous avons saisi l’opportunité avec la ferme intention de résoudre la question juive une fois pour toutes ».[16]

Le monde nazi s’écroule, mais la détermination, l’aveuglement devrait-on dire, des « Chrétiens allemands » reste intact. Cette page atroce du protestantisme allemand est trop souvent ignorée du grand public. On dénonce le vote massif des protestants qui a permis l’accession au pouvoir de Hitler mais on ne parle pas assez de leur soutien à l’élimination des Juifs et l’on évoque rarement le déviationnisme théologique insensé et la haine viscérale du judaïsme qui ont définitivement disqualifié de trop nombreux pasteurs et dirigeants de l’Eglise protestante allemande.

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2010

Contact : « [email protected] »

Trouvez sur mon blog : La Shoah revisitée (http://la.shoah.revisitee.org) d’autresarticles récemment publiés.

 


[1]BERGEN Doris, Twisted Cross : The German Christian Movement in the Third Reich, Chapel Hill N.C. 1996, p. 20. Peuple allemand dans le sens du Volkstum germanique.

[2]IBID. p. 23.

[3]REYMOND Bernard, Une Eglise à croix gammée : Protestantisme allemand au début du régime nazi, 1932- 1935, L’Age d'Homme, Lausanne 1980,  p. 117.

[4]CONWAY J. S.  La persécution nazie des Eglises 1933-1945,  Editions France Empire, Paris 1969, p. 95.

[5]LITTELL Franklin H.  The German Church Struggle and the Holocaust, Wayne University Press, Detroit 1974, p. 137.

[6]BERGEN, op. cit. p. 5.

[7]IBID. p. 13.

[8]REYMOND, op. cit. p. 122. HOCKENOS Mattew, A Church Divided. Protestants Confronts the Nazi Past, Indiana University Press 2005, p. 4. 41 millions d’Allemands étaient enregistrés comme protestants.

[9]IBID. p. 121.

[10]HOCKENOS, op. cit. p. 6.

[11]BERGEN, op. cit. p. 177.

[12]GUTTERIDGE  Richard, Open thy Mouth for the Dumb : The German Evangelical Church and the Jews  1879-1950,  New-York, Harper Row, 1976, p. 164.

[13]IBID. p. 191.

[14]IBID. p. 190.

[15]BERGEN, op. cit. p. 142.

[16]IBID. p. 26.

 

 







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