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Si la paix au Proche-Orient vous intéresse vraiment … par Jean-Pierre Bensimon


Si la paix au Proche-Orient vous intéresse vraiment … par Jean-Pierre Bensimon

Les premières escarmouches du conflit israélo-arabe datent du début du 20ème siècle, et les processus de paix des années 90 ont désormais de près de 20 ans. La paix n'est toujours pas là, et dans la conjoncture des soulèvements arabes elle pourrait s'être encore éloignée. Puisque tant d’efforts ont échoué, celui qui désire sincèrement penser la paix doit être prêt à accepter des idées nouvelles, à se débarrasser de vieux mythes, et à reconsidérer des grilles conceptuelles qui ont montré leur stérilité.

Commençons par la notion même de paix. A l'évidence, la paix semble être l'aboutissement d'un processus diplomatique (négociations-compromis-signature d'un accord). On imagine aussi une cérémonie, un défilé, des drapeaux et des hymnes. C'est-à-dire que l'on pose l'hypothèse que les situations de guerre et de paix sont deux cas de figure exclusifs, séparés par des frontières franches. Cette vision est celle des traités de Westphalie (1648) qui instauraient pour la première fois en Europe un ordre négocié entre les puissances. On a pu alors distinguer clairement guerre et paix, alors qu'auparavant les deux régimes coexistaient, se superposaient, ou demeuraient "dissous" l'un dans l'autre. Malheureusement ce modèle n'a plus aucune valeur s'il n'en a jamais eu une. La première guerre mondiale s'est achevée par une paix dans les formes (Versailles 1920) qui était grosse d'une nouvelle guerre. La guerre était dans la paix. La seconde guerre mondiale s'est achevée par la capitulation de l'Axe et la signature de traités, mais seules des décennies d'occupation intrusive des vaincus par les alliés ont garanti effectivement l'avènement d'une ère de paix. C'est à cette longue occupation/épuration et non à des accords que l'on doit cet aboutissement et cette séparation effective entre guerre et paix.

Aujourd'hui, la guerre a subi des mutations (on parle de guerres de 4ème génération) qui ont enlevé toute valeur à la distinction radicale entre temps de guerre et temps paix. Uniformes, drapeaux, hiérarchies militaires, droit de la guerre n'entrent plus sérieusement en compte dans les anticipations stratégiques des menaces à venir. L'Uppsala Conflict Data Program, une base de données qui couvre tous les conflits depuis 1946, nous apprend que depuis cette date, il y a eu 150 conflits impliquant, comme le conflit israélo-arabe, des acteurs non étatiques, dont 8, seulement 8, se sont achevés par un accord de paix.

 

Par contre, il y a des situations innombrables de fronts "stabilisés", c'est-à-dire des situations de non-guerre de facto, non consacrées par des accords formels. Par exemple la Turquie occupe une partie de l'ile de Chypre depuis plusieurs décennies : il y a conflit mais pas guerre. Vouloir formaliser par un règlement diplomatique ce type de situation aboutit généralement à crisper les antagonismes et, ô paradoxe, à réactiver le conflit armé. Les processus de paix israélo-palestiniens initiés par les Américains ont toujours conduit à élever le niveau de violence, parfois jusqu'à la guerre comme en 2000, car les chefs palestiniens savent que formaliser leur acceptation d'une souveraineté juive dans l'ancienne Palestine leur enlèverait instantanément toute légitimité. Une certaine lecture de l'islam dit en effet que "nul n'a le droit de céder une terre sacrée", tandis que par contre, la guerre conforte la légitimité des chefs dans cette culture si distante de la raison occidentale. Vous voulez la guerre à Chypre? C'est très simple, il n'y a qu'à obliger les Chypriotes grecs et les Turcs à signer un accord de paix définitif. Comment s'étonner alors des échecs récurrents des "processus de paix" israélo-palestiniens.

Penser la paix exige ensuite de balayer les mythes incrustés dans les esprits par les machines de propagande.

Le mythe de la "colonisation israélienne" en premier. Il n’y a plus d’Etat constitué en Cisjordanie, anciennes Judée et Samarie, la "Palestine" n'a jamais été un Etat, depuis l'effondrement des royaumes juifs de l'antiquité. Depuis, ces provinces ont été sous l'empire de conquérants et d'occupants successifs. Elle n'ont plus jamais eu une capitale propre, une souveraineté propre, ou arboré un drapeau national. Le mandat de la SDN de 1922 en a fait le foyer national du peuple juif. Par la suite, les Arabes ou les Palestiniens ont toujours refusé la solution des deux états qui aurait abouti à un partage juridique de la terre : cela en 1937, en 1947, en 1949, en 1967 (les "non" de Khartoum) en 2000, en 2001, en 2008. En attendant un accord, les stipulations du Mandat ne sont pas caduques et ces territoires sont toujours à partager. Les implantations juives sont de ce fait rigoureusement légales (on devrait d'ailleurs comme le note Shmuel Trigano les appeler des Kibboutz). Le dernier accord dénommé "accords d'Oslo" renvoie la définition de frontières à une négociation sur le statut final et de mentionne jamais une quelconque restriction des constructions juives. Parler de colonisation dans le cas de territoires qui n'ont jamais été ceux d'un pays souverain, mais que le Mandat ouvre au peuple juif, est le tour de force quotidien des propagandes euro-arabes et des alter juifs en mal d'identité. D'autant que doctrinalement le sionisme exclut autant que possible d'avoir à gouverner des Arabes et souhaite ardemment la séparation, donc le compromis territorial. Encore faut-il avoir un vis-à-vis qui accepte quand même votre droit d'exister.

Le mythe de l'occupation est une autre chausse-trappe pour celui qui veut penser authentiquement la paix. L'Autorité palestinienne régit 98% des Palestiniens sur 95 % de la Cisjordanie. Israël y intervient exclusivement pour des questions de sécurité, le plus souvent en accord avec les autorités de Ramallah et très souvent à leur demande. Les Palestiniens "colonisés" peuvent mener des campagnes mondiales contre leur "occupant", le trainer devant toutes les instances internationales, sans risquer rien de plus que des marques d'humeur ou des appels à la raison. Etrange "colonisation", étrange "occupation". "L'occupation" existe toujours, mais plutôt comme fantasme des extrêmes gauches occidentales et vocifération des propagandes. Sa principale fonction est d'empêcher de penser la paix.

D'autres mythes apportent leur pierre à la confusion voulue de la pensée. Celui de la nation palestinienne, celui du soutien inconditionnel américain à Israël, celui des Territoires contre la paix, celui des concessions israéliennes facilitatrices, celui de la prise de risques pour la paix, etc.

Revenons à notre question initiale: voulez-vous la paix ? Beaucoup n'en veulent pas. La non-paix, un certain niveau de violence, font affluer les dollars et les euros par millions dans les poches bien larges des élites palestiniennes du pouvoir, avec en prime des torrents de sollicitude occidentale. Les canons idéologiques et religieux comme les éléments de culture tribale de ces élites les inclinent à refuser le pouvoir juif, incarnation par lui-même de la défaite. Enfin la non-paix est pour ces dirigeants arabes le moyen le plus sûr d'éviter le couteau du djihadiste.

 

Beaucoup ne veulent pas de la paix, mais comment doivent penser ceux qui la veulent et qui existent aussi? Le meilleur moyen d'aborder ce problème est de raisonner, non pas en termes juridiques, diplomatiques ou même politiques, mais en termes d'équilibre du théâtre stratégique local.

Sur un théâtre stratégique, disons une région homogène quelconque du monde, il y a en général plusieurs centres de souveraineté, nécessairement concurrents sur différents sujets. Quand le théâtre est équilibré, la solution des conflits est en principe non militaire parce que nul n'a intérêt à faire le choix de l'épreuve de force. C'est le cas par exemple de l'Europe occidentale où les positions sont équilibrées. Les problèmes surgissent à partir du moment où sur un théâtre donné, des déséquilibres importants apparaissent. Par exemple aujourd'hui, en Extrême Orient, la montée de la puissance chinoise remet en cause la sécurité du Japon. Autre exemple, celui de la poussée de l'Iran. Sa quasi prise de contrôle du Liban, ses programmes nucléaires et balistiques sont en train de bouleverser les équilibres entre sunnites et chiites, et la sécurité de nombreux régimes arabes. Théâtres en déséquilibre, théâtres de guerre.

De quoi dépendent la paix israélo-palestinienne, la paix israélo-arabe, et même la paix israélo-musulmane, si cette notion a un sens? Elles dépendent de la capacité d'Israël de dissuader ce vaste environnement d'utiliser la force dans le règlement de ses conflits avec lui. Par exemple, Anouar Al Sadate avait conclu après la guerre de 1973 que l'Egypte ne pourrait pas détruire militairement Israël. Il a alors prononcé un fameux discours évoquant les traditions d'accueil des peuples arabes pour accepter la souveraineté juive, impossible à éliminer de la région. Il l'a payé de sa vie.

La paix au Proche Orient dépend donc directement de la force d'Israël, c'est-à-dire de sa cohésion interne et de ses alliances internationales. Quand ses "alliés" imposent à Israël des concessions irresponsables, quand ils donnent des gages permanents de soutien à ses adversaires comme le font quotidiennement l'Europe, la France, et maintenant l'administration Obama, ils renforcent parmi ses ennemis le camp de ceux pour qui, vu l’affaiblissement de l’adversaire, il est rationnel de poursuivre et d'amplifier le conflit. En d'autres termes, en affaiblissant politiquement Israël, on entretient le conflit, on pérennise la guerre. Et plus Israël paraitra affaibli par les politiques européennes et américaines, plus le spectre de la guerre hantera le Proche-Orient.

Vous voulez la paix ? Soutenez Israël, politiquement, idéologiquement, militairement.Il n'y a pas d'autre solution rationnelle pour instaurer une paix conforme à la terrible modernité, entre Israël et ses dangereux voisins. 

"Un autre regard sur le Proche-Orient" n°2 mars 2011

objectif-info


Editorial de la série objectif-info.com

Les insurrections arabes, inattendues, imprévues, inimaginables, se sont répandues comme une trainée de poudre de Tunis au Caire, d’Amman à Sanaa, de Tripoli et Benghazi à la Péninsule arabique… Perplexes sur l’issue de ce tsunami, nous nous demandons aujourd’hui quelle est la nature de cette étonnante montée de fièvre.

 

Nous hésitons à lui donner un nom : soulèvement, insurrection, émeute, coup d’état, ou pour les plus optimistes, révolution. Dans la littérature marxiste, une révolution est un accouchement, la venue d’une nouvelle société déjà en gestation dans les flancs de l’ancienne, qui bouscule les cadres existants, trop vermoulus et étriqués pour elle.

 

Est-ce bien au spectacle d’une mise au monde que nous invitent les bouleversements arabes, à l’émergence d’une nouvelle société porteuse de solutions aux désastres et aux impasses légués par l’ordre antérieur ? Ou n’est-ce que la rupture sans avenir d’une mince oligarchie devenue trop impopulaire, régnant sans autre projet que la domination et l’enrichissement frénétique de son clan ?

 

Le bilan des régimes arabes, théocratiques ou semi-laïcs, pétroliers ou non pétroliers, a quelque chose d’hallucinant. Tous ensemble (350 millions d’hommes) ils exportent chaque année, hors pétrole, moins que la Finlande (5,4 millions). Tous ensemble, ils assurent moins de 1% de la publication d’ouvrages dans le monde, soit 5 fois moins que la seule Grèce (11 millions d’habitants). Les inégalités, le chômage, l’analphabétisme, le statut de la femme les frappent comme autant de plaies d’Egypte. Et pour couronner le tout, dans nombre d’entre eux dont l’Egypte, les besoins alimentaires sont assurés par des importations de plus en plus onéreuses alors que, même si la fécondité se réduit, la population continue de croitre rapidement. Le spectre de la faim plane, pour beaucoup et pour longtemps.

 

Le cocktail explosif est là: une population très jeune donc aisément inflammable, une totale absence de perspectives pour les individus, l’arrogance et la violence des couches dominantes, la répression des libertés. Ajoutons-y pour la frange sociale moyenne, la perception via Internet d’un Occident riche, libre, et ouvert, un désespoir insondable, et le terrain est prêt pour l’émeute, la violence, le sacrifice de soi.

 

Mais si l’on veut répondre à l’interrogation sur l’issue de cet ouragan, il faut quitter le terrain de l’émotion et de l’héroïsme révolutionnaire pour la réalité des faits.

 

Voit-on poindre dans les pays qui se sont débarrassés de leur dictateur ( Egypte, Tunisie, demain Libye) une classe d’entrepreneurs d’envergure prête à rassembler les énergies productives de ces pays et les propulser dans la modernité? Voit-on poindre une bureaucratie d’élite en mesure d’inspirer et de coordonner un développement économique, social, culturel, sur le modèle des pays émergents. Voit-on des leaders charismatiques développer des projets mobilisateurs, ou même quelques idées nouvelles?

 

Rien de tout cela. Par contre, derrière les hymnes aux «aspirations démocratiques des arabes» enfin avérées, derrière les «soulèvements du peuple» se profile de plus en plus nettement le spectacle de l’anarchie, de l’émigration, des violences criminelles, de candidats au pouvoir parfois aussi démagogues, brutaux et avides que leurs prédécesseurs, et surtout, surtout, la pieuvre radicale islamiste qui déploie avec méthode et habileté ses très longues tentacules.

 

En Libye, au Yémen, les mouvements de protestation recouvrent des affrontements entre tribus pour la redistribution du pouvoir, du pétrole et des richesses. La junte militaire égyptienne domine l’Etat comme avant mais avec de nouveaux visages: elle a six mois, autant pour préparer des élections que pour assurer leur résultat. Le seul changement, c’est le nouvel essor des Frères Musulmans, désormais en mesure d’accroître leur influence sur les décisions publiques. Bernard Lewis compare leur retour à celui d’un Moyen-âge sordide. Le cheik Qaradawi, le Khomeiny égyptien comme le qualifie Guy Bechor, a pu plaider devant un million de personnes pour un régime islamique sur la désormais célèbre place Tahrir du Caire. Rachid Ghannouchi, le Qaradawi tunisien, vient de faire légaliser son parti El-Nadah. Dans les pays pressentis pour devenir les étendards de la démocratie arabe, un modèle politique est en train de poindre: celui d’un pouvoir militaire, la seule institution à rester debout, mâtiné d’une dose importante d’influence islamiste. Autant dire que l’incendie arabe, acclamé par l’Occident comme s’il incarnait sa propre libération, n’est pas loin de se métamorphoser en cauchemar.

Par JP Bensimon  Aschkel.info







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