toute l'information et l'actualité sur Israel, sur l'Europe, les news sur Israël et le Moyen Orient

.

Un État peut-il être arabe et démocratique ? Par Emmanuel Navon


Un État peut-il être arabe et démocratique ? Par Emmanuel Navon

Lorsque Natan Sharansky publia son livre Plaidoyer pour la démocratie peu après l’invasion de l’Irak par les États-Unis, il suscita un débat sur la démocratisation du monde arabe.  Le Président Bush tomba amoureux du livre et le recommanda à ses associés.  L’idée que la démocratie n’est pas incompatible avec la culture arabe et qu’elle serait à même de contribuer à la paix au Proche-Orient constituait un argument idéal pour justifier l’invasion d’un pays arabe où les armes de destruction massive sont toujours introuvables.  Mais la question de savoir si la démocratie peut prendre racine dans un pays arabe était à la fois complexe et pertinente à l’époque.  Aujourd’hui, la réponse à cette question est d’une importance primordiale.

 

Comme le Premier Ministre israélien l’a remarqué avec une ironie bien placée, même les journalistes du New York Times ne savent pas ce qu’il adviendra des révoltes arabes.  Assistons-nous à une répétition de l’Europe de l’est en 1989 ou à une répétition de l’Iran en 1979 ?  Quel est le véritable pouvoir des Frères musulmans ?  La démocratie est-elle viable dans des pays sans véritable classe moyenne ? 

 

C’est précisément parce que la réponse à ces questions est partiellement spéculative, que le débat est essentiellement idéologique.  Aux États-Unis, les Démocrates en appellent aux employés de Google de tous pays à s’unir, et accusent les sceptiques de gâcher l’ambiance.  Les Républicains roulent les yeux avec un sentiment de déjà vu, et accusent l’Administration Obama de ne pas avoir tiré les leçon de l’abandon du Shah par Carter. 

 

Tandis que ni Sharansky, ni le New York Times, ni les experts du Proche-Orient ne savent si la démocratie finira par l’emporter dans le monde arabe, nous pouvons tirer certaines conclusions du passé et faire des pronostics raisonnables sur l’avenir. 

 

Premièrement, signer des accords de paix avec des régimes autocratiques comporte bien un risque.  Depuis le traité de paix avec l’Égypte, l’intelligentsia israélienne a tenté de discréditer avec dédain l’idée selon laquelle une paix véritable ne peut prévaloir à long terme qu’entre pays démocratiques.  Bien que la théorie de la « paix démocratique » fût formulée par Emmanuel Kant, elle est présentée en Israël comme un prétexte habile inventé par la droite pour retarder l’avènement inévitable de la paix. 

 

Deuxièmement, aucune révolte anti-autocratique dans les sociétés arabes n’a abouti à la démocratie.  Les Nassers et les Kaddafis de l’ère postcoloniale n’ont renversé des monarques que vous rivaliser avec leur longévité et leur autoritarisme.  Les Libanais, qui se sont révoltés en 2005 contre la Syrie pro-iranienne, sont aujourd’hui gouvernés par le Hezbollah.

 

Troisièmement, les rares élections libres organisées dans les pays arabes ont généralement été remportées par les Islamistes.  Le Front islamique de Salut (FIS) a gagné les élections de 1991 en Algérie, et le Hamas a gagné les élections de 2006 dans l’Autorité palestinienne.  De la même manière que l’Union européenne considère qu’un référendum est un examen avec une bonne et une mauvaise réponse, le Département d’État pense que des élections libres ne peuvent qu’engendrer une société libre.  

 

Quatrièmement, les États-Unis ne laisseront pas l’armée égyptienne « s’enfuir » avec les 50 milliards de dollars d’aide versés depuis trente ans.  Les États-Unis feront tout pour que l’armée égyptienne garde son pouvoir, et ce tout en feignant de soutenir les réformes démocratiques.  Si les États-Unis soutiennent trop ouvertement la démocratisation de l’Égypte, les Frères musulmans se serviront de ce soutien pour accuser les partis démocratiques égyptiens de trahison pro-américaine.  Si les États-Unis gardent un profil bas en laissant l’armée repousser les élections ad vitam eternam, le régime militaire sera accusé de voler la révolution pour défendre les intérêts américains.  Dans les deux cas, les Islamistes y gagneront et les États-Unis y perdront. 

 

Les détracteurs d’Israël affirment qu’un État ne peut pas être à la fois juif et démocratique.  Pensent-ils qu’un État puisse être arabe et démocratique ?  Théoriquement, cela est possible : si l’identité nationale et le droit des minorités peuvent être conciliés dans les États-nation démocratiques tels que le Japon, la Suède ou Israël, ne peuvent-ils pas être conciliés dans un État-nation arabe ? 

 

L’accusation arabe selon laquelle un État ne peut être à la fois juif et démocratique relève en réalité de ce que les psychologues appellent la « projection. »

 

Sharansky conclut son livre en affirmant que les peuples sont créés égaux, et pas seulement les hommes.  Très bien.  Mais aussi bien sa Russie d’origine que son Proche-Orient adoptif semblent confirmer que toutes les cultures n’ont pas la même attitude envers la démocratie. 

 

Joseph de Maistre a immortalisé sa critique acerbe des « droits de l’homme » proclamés par la Révolution française avec son ironie très aristocratique : « J’ai rencontré dans ma vie des Français, des Anglais et des Russes.  Je sais même, grâce à Montesquieu, qu’il existe des Persans.  Mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est sans ma connaissance. »  Tous les hommes et tous les peuples sont égaux.  Mais ils sont aussi différents.  De la même manière que les Arabes font de la « projection » lorsqu’ils accusent Israël de ne pas être démocratique, les Américains font de la « projection » lorsqu’ils attendent des Arabes qu’ils donnent la « bonne réponse » au bureau de vote. 

 

Emmanuel Navon est professeur de relations internationales à l’Université de Tel-Aviv et candidat à la Knesset sur la liste du Likoud.

 

Par Emmanuel Navon pour  © 2011 www.aschkel.info





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



Avertissement de modération: Nous vous rappelons que vos commentaires sont soumis à notre charte et qu'il n'est pas permis de tenir de propos violents, discriminatoires ou diffamatoires. Tous les commentaires contraires à cette charte seront retirés et leurs auteurs risquent de voir leur compte clos. Merci d'avance pour votre compréhension.

Signalez un commentaire abusif en cliquant ici


Merci de nous signaler les commentaires qui vous semblent abusifs et qui contiendraient des propos:
  • * Antisémites
  • * Racistes
  • * Homophobes
  • * Injurieux
  • * Grossiers
  • * Diffamatoires envers une personne physique ou morale

  • One thought on “Un État peut-il être arabe et démocratique ? Par Emmanuel Navon

    1. EVEN DANAN MORDEHAI

      Non Monsieur Navon.
      A mon humble avis les etats arabes ne sont ni desireux,ni prets ni conditionnes ni meme intelligents pour comprendre les avantages que portent les relations entre pays democratiques.
      Depuis ,la nuit des temps [1432 ans ] les peuples arabo-musulmans ont etes menes par des royautes au pouvoir absolu,ou par des dictateurs
      au pouvoir cruel.
      Je n’approuve pas non plus l’idee que les elections tant en algerie,
      remportees par le FIS ou celles de gaza’gagnees par le hamas’ont etes d’une scrupule honnetete.Aucun temoin international n’a controle des resultats que la logique arabe avait interet de faire eclore en algerie la victoire DU FIS [Meme vainqueurs vous ne gouverneraient pas]
      Quant a la crainte du peuple gazaoui des terroristes sanguinaires ont
      bien avant les elections laisse apparaitre le resultat.
      Peut-etre que le peuple de gaza a, au fond de lui, l’idee d’un rapprochement avec celui du fatah,car ce peuple sait et doit comprendre qu’Israel ne discutera jamais avec deux etats palestiniens un terroriste impose de facto et un reconnu de jure apres combien et combien de mises au point.
      Non les arabes ne seront jamais des democraties,et c’est a Israel de reflechir comment contourner leurs velleites et leur reve insense d’utiliser le temps avec seul but notre disparition.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    0 Shares
    Copy link
    Powered by Social Snap