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Un discours sans langue de bois lors de la Commémoration de la libération du camp d’Auschwitz à Grenoble


Un discours sans langue de bois lors de la Commémoration de la libération du camp d’Auschwitz à Grenoble

Michel Destot, député maire de Grenoble, a prononcé un discours sans langue de bois sur l'antisémitisme en France lors de  la  cérémonie de commémoration de la libération du camp d’Auschwitz aux Diables Bleus, à Grenoble., vendredi 31 janvier 2011.

Au cours de cette cérémonieparticulièrement émouvante, en présence  de nombreuses nombreuses personnalités  Nuit et Brouillard de Jean Ferrat a été diffusé.

Discours de Michel Destot, en présence de la présidente de l'amicale d'Auschwitz-Birkenau et des camps de Haute-Silésie,  Simone LAGRANGE, des représentants de l'Etat, des élus, des rabbins de grenoble

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…..Mesdames et Messieurs,

« J’avais l’impression que chacun se devait de nous poser des questions, de lire sur nos visages qui nous étions, d’écouter humblement nos récits. Mais aucun ne nous regardait dans les yeux, aucun ne releva ce défi : ils étaient sourds, aveugles et muets, enfermés sur leurs ruines comme dans une forteresse d’ignorance intentionnelle ». Dans son très beau récit intitulé La Trève , l’écrivain Primo LEVI, survivant d’Auschwitz-Birkenau, décrit ainsi les réactions des civils allemands lorsqu’ils découvrirent les déportés en voie de rapatriement. Ce refus d’écouter les témoignages des déportés juifs ne fut pas l’apanage des Allemands en 1945. Il caractérisa l’Europe entière. Dans une France qui voulait oublier la Collaboration et célébrait pour cela ses résistants déportés, Auschwitz-Birkenau était encore bien loin d’apparaître comme l’un des symboles du conflit passé. Les survivants eux-mêmes ont longtemps contribué à cette chape de plomb : leur souffrance était indicible et ils comprenaient qu’ils ne seraient de toute façon pas compris dans un pays où l’on confondait le souvenir des privations alimentaires, ceux des prisonniers de guerre et des requis du STO et le martyre des victimes de la Shoah.

 

Le temps a depuis fait son œuvre. Nous célébrons cette semaine le 66 ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, dont la date a été retenue par l’organisation des Nations-Unies pour la journée mondiale de la Shoah. Le nom d’Auschwitz est devenu le symbole de la barbarie nazie. Il exista bien sûr d’autres camps où fut perpétré le génocide : Belzec, Maïdanek, Treblinka, Sobibor ou Chelmo ne doivent pas non plus s’effacer de nos mémoires. Il y eut avant les camps la Shoah par balles, dont le Père DESBOIS nourrit la mémoire par ses fouilles et ses travaux. Il y eut encore les ghettos. Et les 50 millions de victimes de la Seconde guerre mondiale, dont 25 millions de civils qu’il serait indécent de passer sous silence dans nos commémorations. Dans ce martyrologe inouï par son ampleur, Auschwitz occupe cependant une place sans pareille car il a fini par incarner à juste titre l’horreur du système concentrationnaire nazi. Si un million de Juifs y sont morts, il s’agit en même temps du camp où il y eut le plus de survivants et il en demeure des témoins qui nous ont transmis le flambeau de la mémoire pour faire de nous les témoins des témoins.

 

C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui rassemblés, autorités de la Républiques et citoyens grenoblois, pour commémorer ce jour du 27 janvier 1945 où un détachement de l’armée soviétique découvrit dans une forêt de Haute-Silésie un lieu qui frappa d’effroi des soldats pourtant déjà aguerris aux ignominies de la guerre. Plus de 6000 grabataires, dont la maigreur et les regards évoquaient plus un univers dantesque que la condition humaine, agonisaient derrière les barbelés pendant que leurs compagnons plus valides se trouvaient entraînés par les SS dans les marches de la mort. Le monde découvrait ce jour-là un lieu comme en dehors de lui et en lequel il aurait peine à croire. Jamais dans l’histoire de l’humanité, pourtant riche de tragédies et lourde de crimes depuis la nuit des temps, jamais l’homme n’avait employé son intelligence et sa science au service de la mort industrielle. Jamais il n’avait été bâti de telles usines pour exterminer des êtres humains coupables du seul crime d’être nés. S’il y eut des Polonais, des prisonniers russes – qui furent les premiers gazés et des tziganes, Auschwitz fut avant tout le camp du martyre juif.

Pour nous, citoyens français, il est surtout le camp où aboutirent presque tous les 75000 déportés depuis la France, dont 11000 enfants livrés à leurs bourreaux nazis par le régime de Vichy. Il n’exista qu’une seule exception : le convoi 73, qui conduisit ses déportés dans notre ville-sœur de Kaunas, au Fort Neuf, où je suis allé le mois dernier déposer une gerbe à la mémoire des morts en votre nom à tous. C’est à Auschwitz que sont morts Dora BRUDER et sa famille – sauvés de l’oubli par un très beau livre de Patrick MODIANO, l’écrivain Irène NEMIROVSKI, le sénateur Pierre MASSE, Mnacha TENENBAUM qui était le père de Jean FERRAT, la grenobloise Etty MOLHO gazée à l’âge de 9 ans, c’est là qu’ont été assassinés les enfants d’Izieu, les raflés du Vel’ d’Hiv’, les internés de Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Drancy, les juifs français depuis des siècles qui se proclamaient fous de la République, les ouvriers ashkénazes venus trouver refuge dans ce pays où on leur avait tant répété que Dieu était heureux, c’est là qu’ont été exterminés les Sarah, les Jacqueline, les Pierre, les Moché et tous ceux qui ont laissé un nom- souvent grâce à Serge KLARSFELD et au Mémorial de la Shoah –  comme tous ceux dont les noms ont été perdus à jamais, tous ceux dont il demeure encore des témoins comme tous ceux qui ne figurent aujourd’hui pas plus dans la moindre mémoire que dans le grand livre de la vie. C’est à Auschwitz qu’a été anéanti un million de fois l’universelle part d’humanité qui résidait en chacune des victimes.

 

Honorer les déportés, nous le faisons par notre présence. Et comprendre ce qui s’est passé, voilà en effet l’autre sens de cette commémoration. Même si la raison humaine sera toujours impuissante à appréhender la réalité – ou plutôt l’irréalité – d’Auschwitz, il nous faut rappeler ce qui a conduit le monde à la Shoah afin de pouvoir enfin proférer un « plus jamais ça » définitif après le Cambodge, le Rwanda et le Darfour. Il nous revient pour cela d’apprendre aux jeunes générations qu’Auschwitz fut la manifestation extrême d’un antisémitisme en réalité peut-être aussi ancien que le peuple juif. Avant l’étoile jaune, il y eut la rouelle de la même couleur imposée par l’Eglise. Avant le ghetto de Varsovie, le ghetto de Venise. Avant la nuit de Cristal, les massacres des communautés allemandes au Moyen-Age.

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Auschwitz nous montre où mènent les préjugés, la haine gratuite, le refus de reconnaître l’être humain dans un autre différent de soi. Il a été la conclusion inéluctable du racisme et de l’antisémitisme.

 

La leçon vaut encore pour aujourd’hui. Nous avons bien sûr la chance de vivre dans un continent en paix, nous sommes citoyens d’un pays où le racisme et l’antisémitisme sont sanctionnés par la loi, et les droits de l’Homme garantis par nos engagements internationaux. Aucun citoyen français ne subit de discrimination – au moins d’un point de vue légal – pour son origine ou pour sa confession. Comme d’autres, nos concitoyens de confession juive contribuent à la richesse de notre vie politique, économique, sociale et culturelle avec un génie spécifique mis au service de la République.

Nous en bénéficions particulièrement à Grenoble, où nous avons la chance d’avoir une communauté très active, une communauté vivante et chaleureuse.

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Cependant des menaces subsistent. Il arrive à la communauté juive de vivre dans l’inquiétude. Quelle désolation pour notre pays que certains citoyens français ne puissent aller prier que sous la protection de la police. Si le péril terroriste concerne aujourd’hui tous les Français en raison de l’actualité internationale, nous savons bien qu’il pèse un peu plus que d’autres sur nos compatriotes qui sont de confession juive. Et dans notre société, les agressions et les menaces antisémites sont encore beaucoup trop nombreuses. C’est pourquoi, madame la présidente du CRIF, la Ville de Grenoble est très attentive aux conditions de sécurité de votre communauté –comme le sont naturellement aussi les services de l’Etat.

 

Pour retenir les leçons du passé, pour comprendre ce qui pu arriver dans les années noires, nous contribuons également au devoir de mémoire, que je préfère nommer le devoir d’histoire. Il n’est plus besoin d’insister sur les travaux de la commission municipale d’enquête sur la spoliation des biens juifs, notre convention, récemment renouvelée, avec le mémorial de la Shoah ou notre soutien aux initiatives associatives dans ce domaine – l’accueil dans les locaux de Grenoble international de l’exposition sur le comité de la rue Amelot n’en aura été que la plus récente illustration.

 

Mesdames et Messieurs, je voudrais enfin affirmer avec force devant le monument des déportés et en présence des survivants d’Auschwitz que l’hommage aux victimes nous commande également de combattre dans le monde présent toutes les formes de racisme. Refusons toutes les complaisances envers lui. N’acceptons pas non plus les stigmatisations qui pourraient frapper d’autres communautés. Le passé n’a de sens que s’il éclaire la mémoire du temps présent. Il ne servirait à rien de dénoncer les fautes du passé si nous devions laisser se commettre celles du futur. Les Roms, les maghrébins, les Africains ont droit au même respect que leurs voisins lorsqu’ils observent les lois de la République comme le font la grande majorité d’entre eux. C’est donc le devoir des représentants de la République de le rappeler à nos concitoyens en toutes circonstances et sans démagogie. Les morts, mesdames et messieurs, les morts ne seront tout à fait disparus aussi longtemps que leur martyre nous invitera à honorer la liberté, l’égalité et la fraternité, qui forment la devise de notre République.

 

 

 

 

 

 







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