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Les Arabes israéliens face à la révolte


Les Arabes israéliens face à la révolte

Début février. Les scènes chaotiques du Caire, émises par Al-Arabiya, sont diffusées sur la télévision d'un magasin de bonbons le long de la rue Yefet de Jaffa. Installé derrière le comptoir, le chauffeur de taxi Ahmed Guti fait une pause pour rendre visite à ses amis qui tiennent la boutique. Il regarde l'écran. Que pense-t-il de cette Intifada égyptienne ? Est-ce une chose négative comme les Juifs semblent le penser, ou est-ce plutôt positif ? « C'est définitivement positif », assure Guti, 50 ans. »Tous ceux à qui vous parlez sont en faveur du peuple égyptien. Personne n'est contre eux. Tout le monde veut voir le président Hosni Moubarak partir ».

Le monde arabe est en plein bouleversement, et les Arabes d'Israël, qui constituent 20 % de la population du pays, ont naturellement les yeux rivés vers Le Caire. Si les Juifs israéliens, et en premier lieu le gouvernement, ont peur que l'allié arabe vital du pays tombe entre des mains extrémistes islamistes plutôt que démocratiques, les Arabes israéliens, eux, n'ont pas cette crainte.

J'ai parlé à des Arabes à Oum el-Fahm, à Jaffa et à l'Université de Haïfa, avec le chef d'une fédération politique arabe israélienne, avec le maire de la ville bédouine Rahat du Néguev et avec le rédacteur en chef du plus grand journal arabe israélien. Tous, sans tenir compte de la politique, soutiennent le peuple dans les rues du Caire.

« Lors des quatre ou cinq derniers jours, j'ai mangé, bu et dormi Égypte », indique Ahmed Aghbariya, 26 ans, analyste économique et supporter affiché du mouvement islamique, alors qu'il fait ses courses dans un magasin informatique d'Oum el-Fahm. La ville est le cœur du mouvement radical « Faction nord ». « Je rentre à la maison à 10 heures du soir et je regarde les infos », affirme Faiz Abou Sehiban, le maire de Rahat, localité dirigée par le mouvement islamique relativement modéré « Faction sud ». Les Arabes regardent CNN et les chaînes israéliennes 2 et 10, mais aussi Al-Arabiya et Al-Jazeera.

« Au tour d'Assad et d'Abdallah »

Mohammed Zeidan est le président de la Haute commission de la vigilance Arabe, qui est aux 1,6 million d'Arabes israéliens ce que la Conférence des Présidents des grandes organisations juives américaines est aux Juifs américains. Selon lui, « le temps est venu pour les États arabes et leurs leaders d'apprendre la leçon de ce qui se passe en Tunisie et en Égypte, et d'arrêter de s'appuyer sur un pouvoir dictatorial ». « Il y a un grand besoin d'inculquer aujourd'hui les valeurs démocratiques à travers le monde arabe », poursuit-il. « Si ce n'est pas fait, il est clair que les événements de Tunisie et d'Égypte se dérouleront aussi dans le reste des pays arabes. » En Israël on a pu assister à quelques petites manifestations de solidarité de la part de centaines de personnes à Nazareth et dans quelques villages de Galilée. Mais aucune manifestation nationale importante n'est prévue. Motif, selon Zeidan : les Arabes israéliens ne se sentent pas d'exhorter les Égyptiens à risquer leur vie.

A une exception près, tous les Arabes israéliens interrogés les premiers jours de février s'attendaient à voir Moubarak contraint de quitter le pouvoir dans un futur proche. Pour eux, après 30 ans de peur, de pauvreté et de désespoir, le peuple égyptien en a assez et était déterminé à le renverser.

Muhammad Jabarin, 30 ans, propriétaire d'un magasin informatique à Oum el-Fahm est un abstentionniste désenchanté aux élections locales et nationales. Selon lui, « la situation là-bas a atteint le point de non-retour ». « Cela aurait dû arriver il y a longtemps. Maintenant c'est au tour d'Assad (président de la Syrie) et Abdallah (roi de Jordanie) de s'inquiéter », confirme Saraa, 20 ans, qui étudie la thérapie par l'art à l'Université de Haïfa et s'identifie, comme la plupart des Druzes, à l'État hébreu contre ses ennemis musulmans.

Parole muselée et pauvreté

Beaucoup d'Arabes israéliens ont visité l'Égypte, et les interviewés ne rapportent que des impressions négatives sur les conditions de vie là-bas. « J'étais en Égypte en 2000, et ceux avec qui j'ai discuté avaient l'air effrayés de la Mahabarat, la police secrète. Ils pouvaient à peine se permettre de critiquer le gouvernement. Quant au raïs, au président ? Personne n'aurait dit un mot contre lui », affirme Jabarin, le propriétaire du magasin informatique d'Oum el-Fahm. Aghbariya, l'analyste économique, poursuit : « J'ai visité l'Égypte quelques fois, et j'ai été sidéré de la façon dont les gens avaient peur de parler ouvertement ». « Il n'y a pas de liberté, pas d'argent ; les diplômés travaillent au souk. Il y a tellement de chômage, les salaires sont si bas et les prix des denrées alimentaires si élevés que les gens ne pensent qu'à gagner suffisamment d'argent pour nourrir leur famille, pas plus. »

Ayman Halaila, 30 ans, étudiant en master de gérontologie originaire de Sakhnin, déjeune à la cafétéria de l'Université de Haïfa. Il déclare avoir rencontré, dans un hôtel de Taba sur la mer Rouge, « un homme fort d'un diplôme universitaire d'assistant social de l'Université du Caire, et tout ce qu'il pouvait faire c'était de travailler comme serveur dans un hôtel pour 120 dollars par mois ».

Face à lui, Mohammed Sayed Ahmad, étudiant de 31 ans en gérontologie de Kafr Manda, raconte aussi son séjour au Caire : « J'ai vu des sans-abris vivre dans les cimetières. Et la situation est devenue pire ; les défavorisés sont devenus complètement démunis, la classe moyenne est devenue pauvre, et les riches se sont enrichis. »
Guti, le chauffeur de taxi de Jaffa, partage la même impression. « Je suis allé en Égypte quelques fois. On est confronté à une pauvreté inimaginable. Tout un quartier dont les habitants portent des containers pour récupérer de l'eau à partir d'un tuyau percé. Les gens travaillent à temps complet pour quelques centaines de shekels par mois. La police est complètement corrompue : vous devez les soudoyer pour passer la frontière avec Israël. »

« L'Égypte gagne énormément d'argent grâce au tourisme et ses ressources naturelles. Mais le peuple n'en voit pas la couleur. Cela va directement aux élites, aux personnes qui ont des connexions. »

JPost, par LARRY DERFNER





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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