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Caroline B. Glick : Washington la nullité


Caroline B. Glick : Washington la nullité

Les USA ne parviennent-ils pas à comprendre ce qui arrivera à leurs intérêts stratégiques dans la région si les ‘Frères Musulmans’ sont la face cachée du pouvoir du prochain régime ?

Les foules égyptiennes dans les rues du Caire sont un spectacle étonnant. Avec leurs banderoles appelant à la liberté et à la fin du règne du président Hosni Moubarak, l’histoire que ces images racontent est simple comme au bon vieux temps.

D’un côté, nous avons la jeunesse, protestataires déshérités et faibles. De l’autre côté, nous avons le vieux Moubarak, tyrannique et corrompu. Hans Christian Andersen nous a enseigné qui on doit soutenir quand nous étions des tout petits.

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Mais la sagesse du conteur s’applique-t-elle dans ce cas ?
Il est sûrement vrai que le régime est peuplé d’hommes âgés. Moubarak a 82 ans. Il est vrai aussi que son régime est corrompu et tyrannique. Depuis qu’un groupe terroriste du jihad islamique issu des ‘Frères Musulmans’ a assassiné en 1981 le prédécesseur de Moubarak, le président Anouar Sadate, l’Egypte a été gouvernée dans le cadre de l’Etat d’urgence qui interdit les libertés démocratiques. Moubarak a constamment rejeté la pression des USA pour relâcher le régime de répression et promulguer des réformes libérales de gouvernance.
Cette réalité a conduit beaucoup de commentateurs américains à travers tout le spectre politique à prendre le parti des émeutiers avec enthousiasme. Un groupe de travail prestigieux sur l’Egypte formé ces derniers mois par des experts de Droite et de Gauche sur le Moyen Orient ont publié une déclaration en fin de semaine appelant le gouvernement Obama à ‘larguer’ Moubarak et à retirer son soutien au régime égyptien. Il a recommandé de plus que le gouvernement oblige Moubarak à abdiquer et son régime à tomber en suspendant toute assistance économique et militaire jusqu’à cette échéance.
Les recommandations de ce panel d’experts ont été applaudies par les nombreux amis de ses membres sur tout le spectre politique. Par exemple, le rédacteur en chef de la revue conservatrice ‘Weekly Standard’ William Kristol, a félicité le panel dimanche et écrit : « Il est temps pour le gouvernement américain de prendre un rôle actif… pour faire aboutir en Egypte une transition de type Sud Coréenne/Philippines/Chili, depuis une dictature soutenue par les Américains vers une démocratie libérale soutenue par les Américains et ayant une popularité légitime.
Le problème de cette recommandation est qu’elle est fondée totalement sur la nature du régime de Moubarak. Si le régime était le plus gros problème, alors sûrement le retrait du soutien des USA serait sensé. Cependant, la caractéristique des protestataires n’est pas libérale. De fait, leur personnalité est un problème plus important que celui du régime qu’ils cherchent à renverser.

Selon une enquête d’opinion de l’institut ‘Pew’ chez les Egyptiens en juin 2010, 59 % déclaraient soutenir les islamistes. 27 % seulement déclaraient soutenir les ‘modernisateurs’. La moitié des Egyptiens soutiennent le Hamas, 30 % soutiennent le Hezbollah et 20 % soutiennent al Qaïda. De plus, 95 % d’entre eux s’ouvriraient avec bienveillance à l’influence islamique dans leur vie politique. Si cette préférence se traduit en une stratégie réelle de gouvernement, il est clair que l’Islam qu’ils soutiennent est la version salafiste d’al Qaïda.
82 % des Egyptiens soutiennent l’exécution par lapidation de ceux ayant commis l’adultère, 77 % soutiennent le châtiment par le fouet et la main coupée pour les voleurs. 84 % soutiennent l’exécution de tout musulman qui change de religion.

Si elles en ont la possibilité, les foules des rues ne reculent pas pour montrer ce qui les motive. Ils attaquent Moubarak et son nouveau Vice-président Omar Souleymane en tant que marionnettes des Américains et agents sionistes.  Les USA, ont dit les protestataires à Nick Robertson de ‘CNN’, sont contrôlés par Israël. Ils haïssent Israël et veulent le détruire. Voilà Pourquoi ils haïssent Moubarak et Souleymane.

Tout cela démontre que si le régime tombe, celui qui lui succèdera ne sera pas une démocratie libérale. L’autoritarisme militaire de Moubarak sera remplacé par le totalitarisme islamique. Le plus grand allié arabe des USA deviendra son plus grand ennemi. Le partenaire de paix d’Israël deviendra de nouveau son ennemi le plus sérieux.

Comprenant cela, les officiels et les commentateurs d’Israël ont été presque unanimes dans leurs réponses négatives à ce qui se produit en Egypte. Tsahal, le Conseil de Sécurité Nationale, toutes les agences de renseignements ainsi que le gouvernement et les media sont tous tombés d’accord sur le fait que toute l’approche régionale d’Israël aura énormément changé dans le cas ou le régime de l’Egypte est renversé.
Aucun des scénarii envisagé n’est positif.
Ce qui a le plus déconcerté les officiels et commentateurs israéliens, ça n’a pas été la force des protestations contre le régime, mais la réponse américaine. A part l’extrême Gauche, les commentateurs des principaux journaux et stations de radio et télévision ont, sur un mode variable, décrit la réponse des USA aux évènements en Egypte comme étant irrationnelle, irresponsable, catastrophique, stupide, aveugle, traîtresse, et terrifiante.
Ils ont souligné que le comportement du gouvernement Obama – ainsi que celui de nombreux critiques de premier plan – est responsable de conséquences potentiellement désastreuses pour les autres alliés arabes à régime autoritaire des USA, pour Israël et pour les USA eux-mêmes.

La question que la majorité des Israéliens posent est « pourquoi les Américains se comportent-ils de façon aussi destructive ? Pourquoi le président Obama et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton tracent-ils une évolution qui conduira nécessairement vers la transformation de l’Egypte en la première théocratie salafiste islamique ? Et pourquoi les commentateurs conservateurs et les politiciens républicains les pressent-ils d’être même encore plus affirmatifs dans leur soutien aux émeutiers dans les rues ? ».
Les USA ne comprennent-ils pas ce qui va advenir dans a région comme résultante de leurs propres actions ? Les USA ne parviennent-ils vraiment pas à comprendre ce qui arrivera à leurs intérêts stratégiques au Moyen Orient si les ‘Frères Musulmans’ soit forment le prochain régime, ou bien le pouvoir derrière le trône du prochain régime au Caire ?

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Malheureusement, la réponse est qu’en effet, les USA n’ont aucune idée de ce qu’ils font. La raison pour laquelle la seule superpuissance mondiale (rapidement déclinante) conduit aveuglément, c’est parce que ses dirigeants sont piégés entre deux modèles de politique narcissique, irrationnelle, et qu’ils ne peuvent voir leur voie derrière eux.
Le premier modèle est celui de projet de démocratie de l’ancien président George W. Bush et de son soutien simultané à des élections ouvertes.
Les partisans de Bush et les officiels du gouvernement précédent ont passé le mois dernier depuis les émeutes en Tunisie à exulter que les évènements prouvaient que la poussée de Bush en faveur de la démocratisation du monde arabe était la bonne approche.
Le problème est que, alors que le diagnostic de Bush sur les dangers du déficit de démocratie dans le monde arabe est correct, son antidote pour résoudre ce problème était totalement erroné. Bush avait raison sur le fait que la tyrannie nourrit le radicalisme et l’instabilité et est donc dangereuse pour les USA.

Mais sa croyance dans le fait que des élections libres résoudrait le problème du radicalisme et de l’instabilité arabes était complètement fausse. A la base, la croyance de Bush était fondée sur une vision narcissique des valeurs occidentales comme étant universelles.
Quand, sous la pression des USA, les Palestiniens ont eu l’opportunité de voter à des élections libres et ouvertes en 2006, ils ont voté pour le Hamas et son projet politique totalitaire. Quand, sous la pression des USA, les Egyptiens ont eu la liberté limitée de choisir leurs parlementaires en 2005, là où ils le purent, ils ont élu les ‘Frères Musulmans’ totalitaires pour les diriger.
L’échec de cette politique a convaincu Bush de cesser son soutien aux élections au cours de ses deux dernières années à son poste.
De façon frustrante, l’insistance de Bush pour des élections a été rarement portée à son crédit. Sous l’appellation de modèle de politique alternative fascinant les élites de la politique étrangère américaine – l’anticolonialisme – les opposants de Gauche à Bush n’ont jamais discuté le fait que le problème de sa politique est qu’elle présume faussement que les valeurs occidentales seraient universelles. Aveuglés par leurs dogmes anti-occidentaux, ils ont déclaré que sa proposition en faveur de la liberté n’était rien de plus qu’une version moderne de l’impérialisme missionnaire chrétien.
C’est son modèle anticolonialiste, avec l’hypothèse fondamentale que les USA n’ont aucun droit de critiquer les non occidentaux, qui a formé la politique étrangère du gouvernement Obama. C’était son modèle anticolonialiste qui a amené Obama à ne pas soutenir les protestataires pro-occidentaux qui cherchaient à renverser le régime iranien à la suite des élections présidentielles truquées de 2009.
Comme Obama l’a formulé à l’époque : « Il est improductif, suivant l’histoire des relations des USA avec l’Iran, d’être perçus comme commettant une ingérence, le président des USA s’ingérant dans les élections iraniennes ».
Et c’est ce modèle anticolonialiste qui a guidé la courtisanerie d’Obama envers les régimes syriens, turcs et iraniens et son manque de volonté pour lever la main pour aider le mouvement du 14 mars au Liban.
De plus, puisque ce modèle affirme que les griefs du monde non occidental envers l’Occident sont légitimes, la politique d’Obama au Moyen Orient est fondée sur l’opinion que la meilleure façon d’avoir un impact sur le monde arabe est de se joindre à sa campagne contre Israël. C’était le thème central du discours d’Obama devant un auditoire dominé par les membres des ‘Frères Musulmans’ au Caire en juin 2009.
Comme le modèle prodémocratique, le modèle anticolonialiste est narcissique. Alors que les champions de la démocratie occidentale croient que tout le monde est né avec les mêmes valeurs démocratiques libérales, les post-colonialistes croient que les non Occidentaux ne sont rien de plus que des victimes de l’Occident. Ils ne sont responsables d’aucune de leurs pathologies parce qu’ils ne sont pas des acteurs. Seuls les Occidentaux (et les Israéliens) sont des acteurs. Les non Occidentaux sont des objets, ils ne peuvent pas être tenus pour responsables, quoi qu’ils fassent, parce qu’ils sont totalement contrôlés par des forces en dehors de leur maîtrise.

Les anticolonialistes par définition doivent toujours soutenir les forces les plus anti-occidentales comme « authentiques ». A la lumière de l’alliance de 30 ans entre Moubarak et les USA, il est sensé que le président Obama prenne d’instinct le parti des protestataires.
Ainsi nous y sommes. La stratégie politique des USA envers l’Egypte est dictée par l’irrationalisme narcissique de deux parties s’opposant à un débat politique qui n’a rien à voir avec la réalité.
Ajoutez y la préoccupation électorale d’Obama pour apparaître du bon côté de la justice et nous avons une politique des USA totalement en opposition avec les intérêts des USA.
Cela représente un défi décourageant, peut-être insurmontable pour le reste des alliés arabes autoritaires des USA. En Jordanie et en Arabie saoudite, jusqu’à présent des populations rétives ont craint de s’opposer à leurs dirigeants parce que les USA soutiennent ceux-ci. Maintenant que les USA abandonnent leur plus important allié et prennent le parti de leurs pires ennemis, les Hashémites et les Saouds ne paraissent plus aussi puissants dans leurs rues arabes. On peut en dire de même pour la direction koweitienne et pour les forces politiques proaméricaines en Irak.
De même en Israël, le comportement de l’Amérique envers l’Egypte doit faire écarter la notion même qu’Israël peut faire davantage de sacrifices territoriaux en des lieux comme les Hauteurs du Golan et la Vallée du Jourdain en échange de garanties de sécurité des USA. Le comportement des USA aujourd’hui – et la nature du rejet américain par-dessus bord de Moubarak – est le signe assez clair qu’on ne peut pas se fier aux garanties des USA.
Comme le Pr. Barry Rubin l’a écrit cette semaine : « Il n’y a pas de bonne politique pour les Etats Unis concernant le soulèvement en Egypte, mais le gouvernement Obama pourrait bien adopter quelque chose comme la pire des options ».

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Malheureusement, suivant la nullité du débat en politique étrangère des USA, il est probable que cette situation ne fasse qu’empirer. 

 

Jerusalem Post – February 03, 2011

 

Source : http://www.terrepromise.net/?p=1182

Mots-clef : USA, Obama, intérêts stratégiques, Frères Musulmans, Egypte 





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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  • One thought on “Caroline B. Glick : Washington la nullité

    1. Pierre NOËL

      Obama prie pour la paix en Egypte, ajouté au fait qu’il ne combattra jamais l’islam, on a donc à faire au plus grand instruit-idiot du monde Occidental!

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