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Analyse : les risques de la provocation iranienne Par Jacques Benillouche


Analyse : les risques de la provocation iranienne Par Jacques Benillouche

Le nouveau chef d’Etat-Major israélien, Benny Gantz, est confronté à sa première crise et il lui appartient dorénavant de conseiller son gouvernement sur l’attitude militaire à adopter. Malgré plusieurs jours de tractations et de pressions, les Etats-Unis n’ont pas réussi à persuader les militaires égyptiens d’interdire le franchissement du canal de Suez à deux bâtiments de guerre iraniens qui ont décidé de mouiller au large de la Syrie. Les dirigeants israéliens considèrent avec sérieux ce qu’ils qualifient de « provocation».  L’Iran islamique n’avait jamais envoyé, depuis 1979, ses navires de guerre traverser le canal de Suez. Les Etats-Unis considèrent cette incursion comme « irresponsable » au moment où des troubles secouent la région. Le porte-parole, Jay Carney, estime que « l’Iran n’a jamais eu un comportement responsable dans la région ».

Les deux navires viennent d'entrer en Méditerranée entrainant la mise en état d'alerte de la marine  israélienne qui répondra immédiatement à tout mouvement jugé provocateur. Israël a assuré qu'il ne prendra aucune initiative sauf à contrer un changement du trajet initial. Tsahal a reçu des instructions pour réagir dans cette éventualité.

Menaces

Les nouvelles autorités égyptiennes ont eu à prendre à chaud, eux-aussi, leurs premières décisions  diplomatiques. Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères, à réagi fermement à la nouvelle : « A mon grand regret, la communauté internationale n’est pas  prête à faire face aux provocations iraniennes répétées. Elle doit comprendre qu'Israël ne peut pas éternellement ignorer ces provocations ». La menace est claire mais elle n’étonne pas, venant d’un membre nationaliste de la coalition. Il n’est pas certain qu’il sera suivi dans ces propos par l’ensemble du gouvernement.

Les services israéliens ont confirmé que le croiseur iranien Kharg, escorté de la frégate Alvand, était équipé de missiles de longue portée et qu’une partie de la cargaison était destinée au Hezbollah. Les membres du cabinet de sécurité israélien, constitué des sept principaux ministres, ont délibéré le 18 février avec les principaux chefs militaires pour empêcher cet armement d’atteindre sa destination. Rien n’a transpiré de cette réunion. Les israéliens sont persuadés que les iraniens, profitant de la situation trouble internationale, tentent de briser par la force le blocus naval de Gaza pour équiper en matériel lourd les forces militaires du Hamas.

En fait la marine israélienne suivait cette flottille depuis le 6 février alors qu’elle se dirigeait en mer Rouge et qu’elle mouillait au port saoudien de Djeddah. Ce port représentait un symbole car l’autorisation d’accoster un port saoudien vient d’être donnée par le roi à l’Iran devant la déconvenue du lâchage du président Hosni Moubarak. Lors de la présentation, le 4 juin 2009, de son programme du haut de la tribune égyptienne, Barack Obama avait voulu faire comprendre aux pays qui s’étaient sentis abandonnés sous l’ère Bush, qu’ils pouvaient à présent récolter les dividendes de leur position réaliste. Il promettait de récompenser ceux qui joueraient la carte américaine au détriment des faveurs réservées jusqu’alors à l’Etat juif.

Déception saoudienne

L’Egypte et l’Arabie Saoudite avaient agi de concert pour contenir la poussée chiite iranienne. Ces pays modérés ont joué le jeu à fond mais ils ont été pris au piège de l’inconstance de la politique brouillonne américaine. Le roi saoudien avait mal pris que l’appel à l’aide d’Hosni Moubarak, qui avait envoyé secrètement le Maréchal Tantawi à Washington, n’ait pas été entendu. Alors par représailles et surtout pour consolider son royaume, il s’est tourné vers l’Iran dans une sorte de camouflet aux Etats-Unis. Les saoudiens n’avaient jamais autorisé auparavant les navires de guerre iraniens à mouiller dans leur port. L’Iran a donc immédiatement profité de l’occasion qui lui était fournie pour passer à l’acte, à la fois contre les Etats-Unis et pour narguer Israël. Il tenait à rééditer la manœuvre opérée en sens inverse par les israéliens qui avaient envoyé des sous-marins nucléaires en mer Rouge, via le canal de Suez.

L’Iran a toujours cherché à étendre son influence au-delà du golfe Persique et il n’attendait que l’occasion qui lui a été donnée par la chute de Moubarak.  Le contre-amiral Gholam-Reza Khadem Biqam avait déjà précisé son programme, le 2 février, en insistant sur sa volonté d’atteindre les eaux de la Méditerranée où mouille la 6ème flotte américaine. Les services de renseignements israéliens, qui n’ont pas évalué avec sérieux ces annonces du contre-amiral, comptent à présent leurs échecs depuis l’imprévoyance de la chute du dictateur égyptien en passant par la mauvaise évaluation du mouillage de la flotte iranienne à Djeddah. Ils doivent à présent parer au plus pressé en trouvant une parade à la décision de la marine iranienne de longer les côtes syriennes.

Conséquences stratégiques

Les israéliens paient ainsi les changements simultanées de toutes les têtes au sommet de l’armée et des services de renseignement qui ont évalué, avec retard, les risques nouveaux auxquels ils doivent faire face par la présence le long du canal de Suez de navires ennemis.  L’Iran est en mesure de bloquer, même partiellement, le ravitaillement des forces armées américaines sur la route du golfe persique. Il peut s’inspirer des conséquences de la Guerre de Six Jours et de 1973 pour établir une tête de pont sur le canal de Suez avec l’objectif de perturber la route des hydrocarbures et 40% du fret international qui transite par le canal.

La chute de Moubarak a entrainé le risque de l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans. La proximité iranienne, près des côtes égyptiennes, pourrait donner un élan aux turcs et aux syriens pour envisager une coalition tripartite afin de favoriser la prise du pouvoir par les militants islamistes revigorés par la présence à leurs côtés de leur inspirateur. Israël risque alors de faire face à la plus grande coalition de pays arabes depuis la guerre de Six Jours.

La présence de l’Iran au large des côtes de Syrie consoliderait la position du Hamas et renforcerait le Hezbollah qui contrôle pratiquement la situation politique au Liban. Le maréchal Tantawi a déjà fait allusion au fait qu’il se désintéressait du Sinaï égyptien car il préférait axer ses forces pour le maintien de l’ordre dans le pays et pour la  consolidation du pouvoir militaire en Egypte. Le Hamas n’a jamais caché qu’il se verrait bien annexer le Sinaï avec l’aide des forces d’Al-Qaeda déjà installées sur place afin d’établir un Etat palestinien viable. La marine iranienne pourrait aider à la réalisation de ce projet qui contribuera au siège maritime de l’Etat d’Israël.

Les américains n’ont plus l’aura qu’ils avaient pour imposer leur politique de la canonnière afin de s’opposer à une éventuelle hégémonie de l’Iran au Proche-Orient. L’expérience du lâchage du président Hosni Moubarak consolide la volonté d’Israël de prendre seul les mesures qu’il estime utiles pour garantir sa sécurité. Le risque est donc grand que la provocation iranienne entraine une riposte ferme de Tsahal qui ferait preuve de faiblesse s’il laissait son ennemi parader à ses frontières. La 6ème flotte américaine pourrait seule éviter la conflagration en intervenant contre la flottille iranienne avant qu’elle ne devienne réellement menaçante. Mais les israéliens attendent pour cela que Barack Obama donne plus de constance à sa doctrine au Moyen-Orient.    

 
Par Jacques Benillouche – Guysen

* Jacques Benillouche est le correspondant à Jérusalem du site internet français SLATE.fr, chroniqueur au sein de la chaîne d'informations GUYSEN TV, à la Radio nationale KOL-ISRAEL et auprès à plusieurs autres médias francophones d'Israël.





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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