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Quel avenir pour les Juifs en France ? par Véronique Chemla


Quel avenir pour les Juifs en France ? par Véronique Chemla

Le 12 décembre 2010, s’est tenu à Paris le colloque éponyme annuel de l’UPJF (Union des patrons et professionnels juifs de France). Une après-midi de tables-rondes animées par Michel Zerbib, directeur de la rédaction de Radio J, devant un public réactif.Dans l’Espace Pierre Cardin bien rempli – plus de 500 spectateurs, au premier rang desquels Dominique Lunel, qui assure l’interface entre la communauté juive française et le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, Christine Boutin, ancienne ministre, Ferhat Mehenni, président en France du Gouvernement provisoire kabyle, et Hassen Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy -, intellectuels, religieux et politiques ont brossé un portrait de la situation des Juifs en France dix ans après le déclenchement de l’Intifada II par Arafat.

Avec en filigrane la question : que doivent faire les Juifs français : partir ou rester ? Le consensus demeurait : « Il va falloir lutter » et vraisemblablement forger des alliances autour des valeurs françaises, républicaines, et avec d’autres groupes ou communautés.

Antisémitismes

La France traverse une crise économique – effets de la mondialisation et du marché unique -, politique – l’intégration européenne a réduit la souveraineté nationale d’une France marquée par le centralisme étatique -, sociale et d’identité. Le terme « crise » est-il adéquat pour désigner un phénomène durable, structurel et qui s’approfondit ?

La France affronte « le problème de la non-intégration de l’islam dans le schéma républicain », a précisé Shmuel Trigano, professeur à l’université Paris X. A la différence du christianisme et du judaïsme qui s’est réformé au début du XIXe siècle (Sanhedrin, Consistoire) sous la férule de l’empereur Napoléon 1er, l’islam a en France, car l’Etat n’a pas su exiger de lui sa réforme, de facto (nolens volens) un « statut de religion la plus favorisée sans s’intégrer dans l’Etat » et sans avoir renoncé à ses ambitions politiques. Et Shmuel Trigano de dénoncer le « discours sur la réalité qui fait écran à la réalité ».

Les Juifs ? « Un consensus né après la Shoah pour leur accorder un minimum de considération dans la société française a volé en éclat. La diabolisation d’Israël est commune. Un « phénomène Dieudonné » et apparu. Aux Juifs incombent la charge de la preuve dans les débats », a résumé le journaliste-écrivain Michel Gurfinkiel.

« Dans les années 200, un antisémitisme nouveau, moral est apparu dans l’immigration et les médias. Il s’est développé dans le silence de l’Etat et de la presse », a renchéri Shmuel Trigano, sociologue, qui a souligné le danger pour les Juifs dans des zones de non-droit ou dans certains établissements scolaires publics.

« Antisionisme et antisémitisme sont deux mots synonymes », affirmait Guy Konopnicki, journaliste-écrivain. Une opinion partagée par Claude Goasguen, maire du XVIe arrondissement de Paris.

A ceux qui s’indignaient des propos de Marine Le Pen évoquant l’occupation dans sa diatribe contre les prières de musulmans sur les trottoirs et les chaussées, Me Gilles-William Goldnadel, président de l’association France-Israël, rappelaient les amalgames, par nombre de politiciens et d’associations, entre la situation des Roms en France et l’occupation, et il exhortait à la vigilance à l’égard de tous les extrêmes, de droite et de gauche et l’islamo-gauchisme. Des mouvements d’extrême-gauche n’hésitant pas à s’allier à des islamistes et à défiler dans des manifestations anti-israéliennes.

Cet antisémitisme actuel a été nié par Robert Ménard, journaliste à I-Télé, qui n’a présenté ni argument ni statistique à l’appui de ses allégations qui ont suscité l’ire d’un public tendu. La directrice de Causeur.fr, Elisabeth Lévy, qui a défendu la liberté d’expression de son collègue, a rappelé que les « musulmans ne sont pas les Juifs des années 1930 ».

Très applaudi comme François d’Orcival de Valeurs actuelles, Ivan Rioufol a « donné raison aux Juifs pour leur inquiétude ».

Et Laurent Cathala et François Pupponi, maires socialistes respectivement de Créteil (Val-de-Marne, banlieue Sud-est de Paris) et Sarcelles (Seine-Saint-Denis, banlieue Nord de Paris), ont décrit leurs efforts pour que les Juifs puissent « vivre leur judaïsme en sécurité » dans ces deux villes importantes. Ont aussi été évoquées les migrations des Juifs franciliens quittant, quand ils en ont les moyens financiers, des quartiers ou cités où leur vie est devenue difficile pour d’autres quartiers ou villes. Sarcelles a cédé récemment à Créteil son rang de ville accueillant la communauté juive la plus importante en Ile-de-France.

Prônant le vivre-ensemble avec les Juifs, Hassen Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy (Seine-Saint-Denis) a exhorté à un « islam de France » et souhaité que les musulmans soient libérés en France des influences étrangères (saoudiennes, algériennes, etc.) et des « fanatiques » sur leurs mosquées.

Le rabbin Olivier Kauffmann a déploré l’insuffisance d’actions dirigées vers les jeunes Juifs, notamment l’absence d’éducation sur Sion, sur le sionisme, sur l’histoire juive au sein de mouvements de jeunesse juive.

Optimistes, Armand Laferrère, ancien conseiller du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, et le père Patrick Desbois, directeur du Service national des évêques de France pour les relations avec le judaïsme et président de l’association Yahad In Unum, ont rappelé « la force de vie » représentée par la Bible.

Remettant le Prix de l’UPJF 2010 de la lutte contre l’antisémitisme au père Patrick Desbois, Dominique Lunel a annoncé une décision prochaine afin de résoudre l’affaire liée à la sanction – suspension de quatre mois – ayant frappé fin août 2010 Catherine Péderzoli, professeur d’histoire organisatrice à Nancy de voyages scolaires de la Mémoire de la Shoah à Auschwitz (1). Elle a rappelé l’attention du Président Nicolas Sarkozy à l’enseignement de la Shoah.

Quant à Jacques Kupfer, il s’est montré critique à l’égard des médias français qui parlent de « mettre fin à la colonisation en Cisjordanie ou dans les territoires palestiniens » et évitent ainsi de dire qu’ils ne veulent pas de « Juifs en Judée et en Samarie ». La « Palestine » ? Existent déjà l’Autorité palestinienne, le Hamastan, et la Jordanie…

Les réactions du public ont démontrées sa sensibilité aux problèmes évoqués.

De ces réflexions pertinentes, de ces interrogations légitimes et de ces angoisses graves et actuelles de Juifs français, rien n’a filtré dans les médias nationaux non communautaires, privés ou publics.

Pire, France Télévisions vient de confier à Ego Productions, dirigée par Pascale Breugnot, la réalisation d’une sitcom sur « l’histoire d’une famille juive qui, à la mort du père de la tribu va découvrir que celui-ci avait de très nombreuses femmes qui vont toutes se battre pour l’héritage du défunt et face à ces querelles, la famille va exploser ».

On retrouve dans ce synopsis un mélange détonnant d’un stéréotype antisémite – l’appât du gain guide les Juifs -, et de clichés sur « la tribu » et une « polygamie » qui ne concernent pas les Juifs français. Et cette fin annoncée : la famille juive n’existera plus ! Sans famille juive, plus de Juifs.

La sitcom serait diffusée en 2011.

Après l’affaire al-Dura (2000), après des reportages biaisés durant l’Intifada II, lors de la guerre israélienne Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza ou l’arraisonnement par Israël du navire turc Mavi Marmara, après la remise du Grand Prix France Télévisions du documentaire et du reportage méditerranéens à Samir Abdallah et de Kheridine Mabrouk, réalisateurs du partial « Gaza-Strophe, le jour d’après » (1er décembre 2010) lors d’une cérémonie aux discours anti-israéliens, France Télévisions inaugure ainsi 2011.

On peine à saisir la neutralité d’un service public français audiovisuel problématique.

(1) Le rectorat de l’académie de Nancy-Metz a annoncé début janvier 2011 que Mme Péderzoli était nommée au lycée Henri-Poincaré, lycée prestigieux de Nancy. Une sanction de niveau 2 dans l’échelle des sanctions qui en compte quatre.

Deux rendez-vous :

Michel Zerbib et Guy Rozanowicz dirigeront sur Radio J, le dimanche 23 janvier 2011 à 15 h 30 l’émission spéciale La nouvelle donne du Front national de Marine Le Pen. Il y a invité diverses personnalités et experts dont Dominique Lunel et l’historien Pierre-André Taguieff.

L’UPJF organisera la table-ronde Attaques contre les chrétiens d’Orient : la réponse des démocraties face à l’intolérance islamiste animé par Michel Zerbib le mardi 25 janvier 2011, à 19 h, à la Mairie du XVIe arr. de Paris : Salle des Fêtes, 71, avenue Henri Martin, 75116 Paris. Tél : 06 25 30 72 10 ; e-mail : [email protected]





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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