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Le quai d’Orsay et les subtilités du langage diplomatique par Jean Szlamowicz


Le quai d’Orsay et les subtilités du langage diplomatique par Jean Szlamowicz

La destruction de l’hôtel Sheperd, construit dans les années 1930 pour le Grand Mufti de Jérusalem, Haj Amin el Husseini (oncle d’Arafat, allié de Hittler, créateur de la division SS musulmane Handschar, fomenteur de pogroms comme celui de Tel Haï en Galilée), a récemment causé diverses réactions négatives envers Israël. Ce lieu, situé dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem, a été acheté en 1985 par le millionnaire américain Irving Moskowitz qui finance divers projets de logements juifs. Dans son point presse du 10 janvier, le ministère des affaires étrangères offre deux déclarations qu’il faut comparer pour comprendre l’agressivité des positions françaises.

2- JERUSALEM-EST – TRAVAUX ENGAGES SUR LE SITE DE L’HÔTEL SHEPHERD

La France condamne vivement la démolition de l’hôtel Shepherd, à Jérusalem-Est, en vue de la construction d’une nouvelle colonie. Cette démolition fragilise la perspective d’un règlement durable du conflit, dans lequel Jérusalem est appelée à devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine.

Notre position sur les colonies est claire et constante. Elle a été réaffirmée unanimement par l’Union européenne dans les conclusions du Conseil Affaires étrangères du 13 décembre dernier : les colonies, y compris celles de Jérusalem-Est, sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la paix. Il est impératif à cet égard que les parties s’abstiennent de toute provocation ».

(…)

5 – TUNISIE

Q – Condamnez-vous la réaction très dure des autorités tunisiennes, qui ont fait tirer sur des manifestants, selon l’opposition? Les appelez-vous à la modération et à la retenue ? (…)

R – Nous déplorons les violences, qui ont fait des victimes, et appelons à l’apaisement. Nous sommes profondément attristés par le bilan humain des affrontements meurtriers du week-end en Tunisie. On compterait au moins 14 morts et de nombreux blessés. (…) La Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter. La coopération entre la France et la Tunisie, qui est fortement orientée sur l’emploi, le restera. Aujourd’hui, l’urgence en Tunisie est à l’apaisement.

Les positions diplomatiques de la France peuvent paraître subtiles mais elles sont en réalité d’une fermeté tranchée. Dans un cas, « La France condamne », dans l’autre elle « déplore ».

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La notion de « condamnation » comporte une dimension juridique : en latin classique, damnare signifiait « trouver coupable » et « frapper d’une amende ». Ce terme est une traduction de l’anathêma grec, qui combine malédiction religieuse et don d’une offrande. Le terme « condamner » est donc lourd d’une double dimension, morale d’une part et juridique de l’autre et implique une forme de jugement où l’on considère quelqu’un, en l’occurrence Israël, comme coupable. Inversement, « déplorer » (l’intensif de + plorare, « gémir, sangloter, pleurer ») est d’un sémantisme strictement émotionnel.

Autrement dit, quand il s’agit d’Israël, la France pose des conclusions géo-stratégiques, juridiques et morales. Alors que sur le sujet de la Tunisie, la France se met radicalement en retrait du politique : apitoiement, apaisement, continuité de la coopération… il n’est pas question d’interpréter la situation ni de blâmer qui que ce soit. La France prend une position de neutralité confortable qui revient à un soutien discret au gouvernement tunisien.

Dans le cas d’une construction de logement pour vingt familles juives par une entité privée, la France en tire des conclusions hyperboliques et incantatoires sur « la paix » — l’initiative immobilière d’un particulier équivalant selon cette interprétation à une déclaration de guerre engageant l’état d’Israël. Dans le cas des violences exercées par le gouvernement tunisien, et des morts qui en ont résulté, la France se contente d’exprimer une forme de tristesse distante.

Dans un cas, la France s’indigne, dans l’autre elle détourne pudiquement le regard.

Avec une grande pluralité d’opinion, les quotidiens français ont relayé la position officielle concernant l’Hôtel Shepherd en titrant sur « Un symbole palestinien passé au bulldozer » (Libération), « Les colons juifs gagnent du terrain dans Jérusalem-Est » (Le Figaro), « Israël: la France « condamne vivement » la démolition de l’hôtel Shepherd » (Le Monde). Telle est également la position de l’Autorité Palestinienne et de la Turquie, de l’Egypte et de la Jordanie, entre autres.

Des colonies ?

L’incantation du mot « colonies » est préoccupante pour l’analyse politique. Outre l’absurdité qu’il y a à considérer qu’un logement constitue une colonie, on trouvera surprenante l’assertion faisant de Jérusalem le lieu d’une colonie juive illégale — ce qui au regard de l’histoire est tout de même un peu exagéré (à quand « Israël est une colonie juive illégale ? ». De fait, il s’agit là du discours de l’Autorité Palestinienne et du monde arabe). On pourra aussi s’étonner de la reprise systématique dans le langage diplomatique d’un mot dont la charge symbolique a pris le pas sur la valeur référentielle.

En effet, le mot « colonie » a acquis à la suite de la « Décolonisation » une valeur axiologique, c’est-à-dire porteuse de jugement appréciatif, en l’occurrence négatif. D’une part, il n’est appliqué qu’à l’Occident — comme si le monde islamique n’était pas le fruit de la plus grande colonisation que l’humanité ait connue depuis l’expansion continue de l’islam depuis 622. D’autre part, « colonie » a désigné historiquement des territoires à l’écart de la métropole, administrés par un pouvoir étranger à la suite d’une conquête militaire expansionniste et où la population indigène s’est trouvée exploitée. Les « colons » israéliens ne sont rien d’autres que des gens qui se trouvent habiter dans des territoires convoités par les Arabes de Palestine — ils ne sont en rien une force d’occupation. Dans le cas d’Israël, le recours à la valeur pathétique, émotionnelle, du mot « colonie » a valeur de condamnation systématique : il a perdu toute valeur descriptive car les journalistes et diplomates ont résolu d’appeler « colonie » toute construction juive en dehors des frontières de 1948.[1]

Outre que cela efface le récit historique qui concerne l’acquisition des territoires en question (obtenus à la suite des guerres d’extermination menées par les pays arabes et perdues par eux), ce procédé hyperbolique implique qu’aucun Israélien ne devrait se trouver sur un territoire non national. Cela suppose donc qu’il n’y aura aucun ressortissant israélien (en clair, aucun Juif) sur des territoires palestiniens. Quand le quai d’Orsay et les journalistes qui s’en font l’écho servile parlent de « colonies », ils reprennent donc le point de vue palestinien ségrégationniste. Le sous-texte du mot « colonie » est bien que la question de la légitimité des territoires en question a été tranchée. Pour le Quai d’Orsay, Israël est un voleur de terre. Remarquons que l’Hôtel Shepherd a été acquis de manière tout à fait régulière, sans attirer de remarques depuis vingt-cinq ans : ce serait donc le projet de peuplement juif qui serait constitutif d’une illégitimité. Bref, selon ce raisonnement, les Arabes ont le droit de s’installer où ils veulent en Israël — c’est un fait avec 1,2 millions d’habitants — mais les Juifs n’ont pas de droit équivalent.

La paix ! La paix ! disent-il, et il n’y a point de paix… (Jérémie 6 :14)

L’argumentaire du Quai d’Orsay et des journaux repose sur le syllogisme suivant :

A/ Il ne peut y avoir de paix que si l’on négocie sans se combattre.

B/ Les constructions israéliennes privées (rebaptisées colonies) constituent un acte d’agression et d’expansion.

C/ Israël est responsable de la guerre.

C’est évidemment un paralogisme. D’une part, ce raisonnement oublie sciemment que les Arabes de Palestine ne cessent jamais leurs tentatives d’actes meurtriers (roquettes, attentats) et que leur objectif est moins la paix que la conquête de l’ensemble du territoire israélien.[2] D’autre part, il néglige que ce n’est pas Israël qui recherche la guerre depuis 1948 mais bien l’ensemble du monde arabe. Ce retournement de la causalité repose sur la falsification lexicale du mot « colonie ». En désignant Israël comme « occupant », « colon », « impérialiste », on construit une vulgate argumentative permettant de désigner un coupable sans d’autre forme de procès que l’allusion diffamatoire.

Le topos ainsi véhiculé procède également à la mise en équivalence morale entre constructions immobilières israéliennes et actes de violence palestiniens : la maison juive est un obstacle à la paix alors que les roquettes palestiniennes sont la simple expression d’une frustration compréhensible… C’est ainsi qu’Israël, harcelé depuis 60 ans sur son minuscule territoire par les forces djihadistes, est considéré comme l’oppresseur expansionniste et l’incontournable obstacle à la paix.

Ce syllogisme diplomatique, en passe de devenir un axiome indiscuté, avait été l’objet d’une campagne de promotion par Mahmoud Abbas lui-même qui était venu en France pour l’expliquer à Jean-Pierre Elkabach, Ruth Elkrief ou Alain Finkielkraut fin septembre 2010. Les médias s’en étaient d’ailleurs fait l’écho avec bienveillance, incapables d’apercevoir la violence des positions ainsi exprimées : il s’agit ni plus ni moins que de considérer que des Juifs n’ont pas le droit de s’installer où ils veulent. C’est lier le peuplement d’un territoire à un critère d’appartenance ethnique, culturelle et religieuse, bref une forme d’épuration ethnique telle qu’elle est proposée par le Hamas et le Fatah (et donc également le Quai d’Orsay, Obama, etc.). Visiblement, les Juifs ont droit à un traitement à part du point de vue du droit et de la légitimité.

On se demande même si Israël a la moindre part dans son destin, comme si l’état hébreu était sous tutelle parisienne. C’est le sens du bel aplomb avec lequel le Ministère des Affaires Etrangères considère le conflit déjà réglé selon ses propres critères, puisque le communiqué du 10 janvier déclare, à l’occasion d’une projection qui relève d’une science-fiction désirante, que « Jérusalem est appelée à devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine ». Pour que la paix existe, il faudrait bien sûr un arrêt de la violence, une volonté de vivre ensemble… ou au moins séparément — or Salam Fayyad est devenu furieux quand on lui a proposé « deux états pour deux peuples »…).[3] De fait l’Autorité Palestinienne réclame deux états, mais pas pour deux peuples : l’un arabo-islamique judenrein (la Cisjordanie, Jérusalem-est) et l’autre avec une majorité arabe (Israël actuel submergé démographiquement par 5 millions de Palestiniens musulmans). En jouant le jeu de l’incantation pacifiste, on fait comme si tout ce conflit n’était qu’un différend territorial qu’Israël rechignait à régler sans voir les ambitions palestiniennes qui sont tout sauf pacifistes. Aveuglé par la psalmodie de la paix, personne n’a plus le réflexe de poser une question de bon sens : en quoi le fait que des Israéliens construisent des maisons est-il inacceptable ? Avoir rendu cette question obsolète est le tour de force argumentatif de cette propagande. Le seul mot de « colonie » renferme un argumentaire saturé de préjugés qui constitue une chape de plomb rhétorique étouffant toute discussion rationnelle.

Jean Slamowicz


[1]Goebbels, dans son Journal,revendiquait ce droit à fabriquer l’opinion : « C’est l’un des droits absolus de l’Etat de présider à la constitution de l’opinion publique ». Avec pragmatisme, il en tirait une conclusion pratique appliquée avec constance par les médias et les gouvernements : « Répétez un mensonge assez fort et assez longtemps et les gens le croiront ». Hitler était parvenu aux mêmes conclusions dans Mein Kampf : « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge; répété dix mille fois, il devient une vérité. ». La vérité produite par le martellement journalistico-politique contemporain est qu’Israël est un pays colonial.

[2]Rappelons les déclarations de Yasser Arafat du 10 mai 1994 à Johannesburg (et réitérées à l’Université Al-Azhar du Caire en 1995) concernant les accords conclus avec Israël en les comparant au traité d’Al-Hudaybiya conclu par Mahomet (traité considéré comme temporaire, le temps d’inverser les rapports de forces et de conquérir la Mecque) : « Je vois cet accord comme n’étant pas plus que l’accord signé entre notre Prophète Muhammad et les Qurayshites à La Mecque. (…) Nous acceptons maintenant l’accord de paix, mais [seulement dans le but de] continuer sur la route de Jérusalem. »

Sources : Daniel Pipes, Middle East Quarterly (Sept. 1999), « Lessons from the Prophet Muhammad’s Diplomacy ».

[3]L’incident s’est produit dans le cadre de la reprise des négociations, quand le chef du gouvernement de Ramallah, Salam Fayyad, a rencontré le vice-ministre israélien des Affaires étrangères Dany Ayalon à New-York. Vers la fin de leur rencontre, Salam Fayyad fou de rage est parti en claquant la porte. http://www.israel7.com/2010/09/fayyad-fou-de-rage/







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