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Accompagner une démocratisation dans le monde arabe, préalable au processus de paix, est-ce possible et souhaitable ? Par Marc Brzustowski


Accompagner une démocratisation dans le monde arabe, préalable au processus de paix, est-ce possible et souhaitable ?     Par Marc Brzustowski

La crise et les bouleversements qui s’annoncent partout dans le monde arabe sont un vecteur d’inquiétudes, pour la communauté diplomatique, autant que d’opportunités. Encore faudrait-il y voir clair et dissiper les premières pour renforcer résolument les secondes.

 

A l’heure où nous écrivons, des sites internet égyptiens ont diffusé l’information –qui, aussi bien, pourrait n’être qu’une rumeur destinée à galvaniser les foules- selon laquelle, le fils héritier du trône d’Egypte, Gamal Moubarak, se serait enfui à Londres avec sa famille. Si cela s’avérait confirmé, la situation y serait donc beaucoup plus dramatique que ne l’ont rapporté les médias occidentaux, minimisant à dessein l’ampleur des manifestations.

D’autre part, les Frères Musulmans, puissants dans ce pays, ont appelé leurs fidèles à se tenir à l’écart des protestations. Sans doute, pour mieux profiter ultérieurement de la suite des évènements, comme ce fut le cas en Tunisie, par des tentatives de « récupération » de revendications économiques propagées par les jeunes diplômés sans avenir sous ces régimes. Au Caire et Alexandrie, Suez, ce sont également les mêmes classes jeunes et éduquées qui mènent la danse contre le pouvoir. Toute déstabilisation peut avoir un effet-boomerang (modèle iranien ou turc).

 

Dans les chancelleries, alors qu’Hilary Clinton soutenait, hier soir, le gouvernement Moubarak en appelant à la retenue, Michèle Alliot-Marie optait pour la prudence que la France n’a pas su manifester à l’égard de la Tunisie : le Quai d’Orsay, soudainement « moderniste », a appelé à « plus de démocratie » en Egypte. Pour faire bonne mesure, N. Sarkozy, visiblement dépassé par les évènements, s'adonnait au sport favori des diplomates : l'instrumentalisation des "blocages du processus de paix" qui feraient du Liban, sa "victime collatérale"! La politique-gadget de Monsieur Sarkozy ne saurait être à la hauteur de la crise libanaise, pure conséquence d'enjeux internes et des volontés de domination de son allié Assad et de son ennemi l'Iran…

 

Car c'est l'autre point chaud-brûlant : les Souverainistes du Liban relancent le Mouvement du 14 mars, chassé du pouvoir par le Hezbollah, à travers des actions pacifiques au Pays du Cèdre, mais aussi à travers tout ce que la France compte de diaspora libanaise. Leur exigence d’indépendance et de Justice internationale est claire. La hantise du Velayat-e-Faqih aussi. De ce point de vue, cette rébellion contre le « coup d’état institutionnel » irano-syrien prend, ici, des allures d’étendard de la liberté contre la coalition de régimes-voyous, même si, et justement parce que, le rapport de forces ne joue pas en sa faveur.

 

Dans « leçons de Tunisie pour Washington » (lCl), Caroline Glick voyait dans ces mouvements populaires la preuve de la myopie, pour ne pas parler de cécité volontaire, du Département d’Etat, face aux réalités palpables du Moyen-Orient. Elles marquent, selon elle, une sorte de victoire à la Pyrrhus de la doctrine Bush, dont le virus pour la démocratie en Orient se serait propagé via internet, facebook, twitter, alors que les guerres de libération, prises pour une occupation, auraient globalement échoué/stagné, face à un Jihad résurgent.

 

Au cœur du « processus de paix », un autre doctrinaire, apprécié officiellement par Ronald Reagan et George W. Bush, semble souffrir d’un même destin « d’auteur maudit », que l’histoire relira à retardement : il s’agit de Nathan Sharansky, rédacteur de Défense de la démocratie : Comment vaincre l'injustice et la terreur par la force de la liberté

 

Défense de la démocratie : Comment vaincre l'injustice et la terreur par la force de la liberté

 

Alors que le livre de l’ancien dissident devenu homme politique en Israël sortait en France, en 2006, l’Administration américaine pressait l’Autorité Palestinienne d’organiser manu militari des élections « libres », dont le résultat allait à l’inverse de toutes les espérances occidentales : le Hamas triomphait et réclamait son dû, un an plus tard, par l’élimination du Fatah à Gaza. Ce serait peu de dire, contre toutes les croyances forcenées depuis, que le prétendu « processus de paix » s’arrêtait là, à la revendication irrédentiste du groupe islamiste. Les toutes dernières vraies-fausses révélations orchestrées par le Qatar, à travers la chaîne Al-Jazeera, au seul profit de la dénonciation du contenu supposé des négociations, et, par conséquent, de la lutte armée des Frères Musulmans de Gaza, sont encore là pour en attester.

 

Le hiatus entre la précipitation des diplomaties et l’exigence de démocratisation d’abord, énoncée par Sharansky, contre les pouvoirs corrompus autant que contre le danger de capitalisation islamiste des mécontentements, semble aujourd’hui revenir par l’escalier de service de « la rue arabe », comme ils disent. Le « chaînon manquant » du réformisme dans le monde arabe est « l’humiliation » (pour reprendre la terminologie en vigueur) des aspirants à la classe moyenne, éduquée, par les pouvoirs tyranniques en place, issus de la conquête islamique et de la décolonisation.

 

L’anticolonialisme s’est appuyé sur la propagande soviétique, trouvant là des clients pour venir manger dans la main du Komintern, qu’il pouvait dresser contre « l’Occident capitaliste ». Le retrait russe d’Afghanistan, a sonné le glas de ce totalitarisme, chute à laquelle les dissidents et refuzniks, tels que Sharansky, ont participé à leur mesure. Le Panislamisme a alors constitué la « troisième voie », tant par sa branche chi’ite de la Révolution islamique en Iran que par le Wahhabisme diffusé à travers les couloirs migratoires, pour renverser « l’Ordre mondial », à savoir « le pire régime à l’exception de tous les autres » (W.Churchill) : la démocratie imparfaite occidentale.

 

Le « processus de paix » palestino-israélien n’est jamais qu’une dérivée de ce phénomène global, par la division en deux camps : les post-soviétisés du Fatah, incapables d’autre chose que d’une guerre idéologique de délégitimation à outrance, et les irrédentistes islamistes du Hamas.

 

 

D’autre part, quand les aéroports russes ou américains sont pris pour cibles par les Jihadistes, nouveaux internationalistes sans finalité politique autre que le meurtre de masse, comme à Domodedovo, en banlieue de Moscou, hier, c’est le modèle sécuritaire israélien qui, chaque fois (discours de Medvedev), est appelé à servir de canevas. Le premier droit du citoyen à la sécurité est réaffirmé contre le projet post-politique, nihiliste et destructeur du Jihad. La coopération dans ce domaine ne peut qu’être renforcée pour vaincre ces forces dès leurs berceaux (zones tribales d’influence pakistanaise, saoudienne et iranienne, Téhéran atomique) pour assurer un cordon sécuritaire devenu indispensable. Mais cette guerre contre la terreur et ses réseaux de diffusion ne sera efficiente qu’à condition des réformes qui s’imposent dans ces dominions postcoloniaux que dessine la carte du Moyen-Orient.

 

L’avertissement est simple : soit les pouvoirs en place comprendront les enjeux auxquels leur rue les confronte, soit ils seront menacés de chute à plus ou moins brève échéance. Agiter les chiffons rouges de la création d’Israël comme unique mobile du malaise dans la civilisation ne répond plus, actuellement, à aucune des questions concrètes, immédiates, urgentes qui se posent. La « révolution » qui est en marche provient des pays du Maghreb les plus liés à l’histoire de la France et du Sud de l’Europe, aux échanges commerciaux et culturels transméditerranéens depuis Carthage et les Phéniciens.

 

Le risque majeur reste que les pires de ces régimes profitent de l’extension du désordre pour resserrer leur poigne de fer sur les peuples qu’ils dominent : ce conflit entre les peuples et les régimes est principalement à l’œuvre au Liban, où tente de s’immiscer l’universalisme de la Justice internationale. Agents iraniens, syriens, turcs fourbissent leurs armes, à travers leur milice supplétive, le Hezbollah. Les forces pro-occidentales doivent montrer leur détermination à ne pas laisser s’instaurer une dictature composite aux confluents de la Méditerranée et vaincre les réseaux du népotisme et du terrorisme sur le terrain qu’il s’est choisi de soumettre.

 

L’Occident a trop fait montre de sa complaisance envers les bourreaux des peuples dans cette partie du monde pour faire croire encore qu’il serait porteur d’idéaux. C’est la raison principale du piétinement en Irak ou en Afghanistan. De même qu’il gratifie tant et plus des corrompus comme meilleures « chances pour la paix » israélo-arabe. Est-ce d'ailleurs purement fortuit si l'OLP trouva refuge, entre 1982 et 1993, chez Ben-Ali, ce grand ami de la France, aujourd'hui traqué par Interpol?

 

Une révolution copernicienne est en travail sur la base de valeurs partiellement partagées de Justice, de Liberté, de droit au travail, au développement, à l’éducation, entre les deux rives de la Méditerranée. Elle justifie d’un réexamen de toutes les solutions « clé-en-main », de la gadgétisation de ce que signifie « la paix », dans une langue et non dans l’autre. Elle est, également, éminemment réflexive pour les deux faces de Janus de la culture européenne, américaine ou russe : de l'arrogance du modèle triomphaliste aux repentances convenues sur le dos du dernier installé : Israël… Les régimes, les diplomaties ne pourront pas ne pas revoir leur copie.

 

Marc Brzustowski

 

 

Pour © 2011 lessakele  et © 2011 aschkel.info

 

 

 

 

 

 

 







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