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Comment Disinfo a réussi à influencer l’affaire Benalla


Comment Disinfo a réussi à influencer l’affaire Benalla

Une analyse très poussée sur la façon dont la société EU Disinfo  à influencé sur l’affaire Benalla du site Les Crises.

23/07 : l’étude ReputatioLab sur l’affaire Benalla

Rappelons que l’affaire Benalla démarre le 18 juillet à 20h00 avec cet article du Mondedévoilant le scandale :

Dès le 23 juillet, soit 5 jours à peine après les premières révélations de l’affaire, Nicolas Vanderbiest publie une première analyse sur son blog : Affaire Benalla sur les réseaux sociaux : où la résurrection des partis de l’opposition (archive). Nous avons déjà analysé la pauvreté du fond de son analyse dans ce précédent billet.

Elle comprend cependant quelques graphiques intéressants, comme celui-ci, qui parle à ce moment de 1,5 million de tweets (et retweets). , ou celui-ci, qui justifie le titre de son étude “la résurrection des partis de l’opposition” – Nicolas Vanderbiest ayant eu la surprise de constater que les partis d’opposition… s’opposaient.

Il a alors tweeté son étude le 23 juillet (à 12h15), qui a un peu buzzé, avec 62 retweets, mais l’information est restée concentrée dans la communauté de communicants qui le suit.

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À 10h38, DisinfoLab l’a retweeté :

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Et Vanderbiest l’a retweeté également le jour suivant :

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Mais comme en 2017, les médias n’ont pas accroché…

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II. 27/07 : “11 millions de tweets” – Nicolas Vanderbiest a le tournis…

Le 27 juillet, Nicolas Vanderbiest donne des chiffres plus précis, mais erronés, parlant de “11 millions de tweets en français” venant de 214 000 comptes :

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À l’évidence, Vanderbiest a dû vouloir écrire 4 millions (cf. le chiffre surligné dans la zone en bleu) de tweets en 11 jours, mais il s’est trompé ; il n’y a jamais eu 11 millions de tweets sur ce sujet.

D’ailleurs, on lui signale le problème, mais il passe outre et ne corrige pas :

Mais de nouveau, la presse n’est pas intéressée, et ne relaie pas…

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III. 30/07 : Nicolas Vanderbiest invente le “gonflage numérique” de l’affaire Benalla

Le 30 juillet, Vanderbiest décide de mettre les bouchées doubles et il publie les 3 tweets ci-dessous en l’espace de 3 minutes, à partir de 12h01 :

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Ainsi, Nicolas Vanderbiest :

  • invente le “gonflage numérique puissance 20” de l’affaire Benalla sur Twitter – laissant clairement entendre qu’il y a eu une manipulation ;
  • parle de “l’écosystème russophile” (alors qu’il indique pourtant qu’il n’a généré qu’à peine 12 % des tweets [27 % de 44 %]) ;
  • illustre son tweet par un compte d’un particulier arborant le drapeau russe, qu’il jette ainsi en pâture.

Bilan : 700 et 400 retweets…

Pourtant, comme nous l’avons déjà expliqué, à aucun moment Vanderbiest ne donne les chiffres de distribution (quel pourcentage a posté le 1 % le plus actif) lors d’autres épisodes de buzz sur Twitter ; et nous estimons probable que ces chiffres (1 % des comptes ont publié 50 % des tweets) sont en fait la règle sur Twitter quel que soit le sujet qui buzze un peu. Nul besoin de faire du sensationnalisme – en tout cas, pas sans avoir prouvé le côté exceptionnel du phénomène (ce qui est difficile, vu que celui-ci est exceptionnel) :

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IV. 30/07 : Toute la galaxie Disinfo souffle sur les braises

Voici comment l’équipe de Saper Vedere a agi sur Twitter pour souffler sur les braises. Une synthèse visuelle sera donnée à la fin.

Le 1er tweet de Vanderbiest de 12h01 est ainsi retweeté par 3 membres de l’équipe :

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Son 2e tweet de 12h02 l’est par 3 membres :

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Alexandre Alaphilippe le traduisant au passage en anglais (dès 12h07) :

On note qu’au même moment (12h05) Gary Machado retweete aussi le tweet erroné de Vanderbiest (à propos des “11 millions” de tweets), publié 3 jours avant :

Le 3e tweet de Vanderbiest, de 12h04, est retweeté par 2 membres :

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À 14h17 (H+ 2h), le DisinfoLab version française tweete :

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et est retweeté par 3 membres :

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En fait, ce tweet fait suite à celui du compte original DisinfoLab, qui à 14h10 (H+ 2h) avait aussi tweeté :

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Ce “Corrélation avec des comptes pro-russes confirmés est de 27 %” est aussi de la désinformation manifeste : il s’agit simplement de comptes qui ont retweeté Russia Today en mai 2017 – et qui ont peut-être tout autant retweeté Le Monde ou Le Figaro

Ce tweet a été retweeté par 4 membres de l’équipe :

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Et deux minutes auparavant, Alaphilippe s’était également permis ce tweet (qu’il like sans doute lui-même via le compte DisinfoLab) :

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Un dopage numérique autour de l’Affaire Benalla vise le Président français. Plus d’investigations sont nécessaires” – ce qui est totalement faux.

La liste des personnes taguées dans le tweet par DisinfoLab, afin d’attirer leur attention, est édifiante :

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L’Atlantic Council et les russophobes de EUvsDisinfo (cf cet article précédent).

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La RTBF et encore un membre de l’Atlantic Council…

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Un autre think tank, et surtout Pieyre-Alexandre Anglade, qui est un Député LREM, en charge de la stratégie pour les Européennes...

Mais pourquoi donc cette ONG belge (Organisation NON gouvernementale) a-t-elle cherché à alerter un député de la haute hiérarchie d’En Marche ?

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L’AFP et l’IFRI, mais aussi, tout simplement : le Commissaire européen en charge de la Sécurité en Europe !

Comble de la malhonnêteté intellectuelle, le 2 août, DisinfoLab publie à nouveau un tweet dans lequel les comptes qualifiés au départ de « pro-russes » sont tout à coup devenus… « russes » !

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Enfin, toujours le 30 juillet, à 17h07 (H+ 5 h), c’est l’agence de lobbying Saper Vedere qui retweete Vanderbiest, avec cette insinuation pour le moins complotiste “Un dopage digital venant de qui ?” :

Ce soutien de Saper Vadere au travail de Vanderbiest (maintenant que la communication de Disinfo cible directement la Russie) est d’autant plus remarquable que l’agence n’a pas tweeté une seule fois en août, et que son tweet précédent datait…du 7 juin !

Après, reconnaissons-leur le mérite de la transparence : ils ne cachent pas espérer obtenir plus d’argent à l’avenir :

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“Pour le moment, seul Twitter nous finance (subvention de démarrage sans obligation attachée), mais nous cherchons à diversifier nos sources de financement (Institutions européennes / Érasmus+, fondations, gouvernements). Nous espérons que ça aide : ) “

V. 30/07 : La Macron-sphère s’empare du sujet

Chose très étonnante : la Macronosphère s’est emparée de ce sujet très sensible en moins de 30 minutes :

À 12h27 (H+26 min), le compte Ensemble avec Macron retweete :

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À 13h32 (H+ 91 min), le compte Team Macron retweete, accusant l’extrême-droite de manipuler l’opinion publique :

À 13h44 (H+103 min), Richard Ferrand, Secrétaire général d’En Marche, retweete :

À 17h01 (H+5 heures), le gouvernement s’en mêle : le Secrétaire d’État au numérique Mounir Mahjoubi tweete :

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Un tweet qui sera également relayé deux heures plus tard par Ensemble avec Macron :

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Enfin, DisinfoLab (en contradiction, de nouveau, avec le comportement habituel d’une véritable ONG) a même osé retweeter ce tweet du député suppléant LREM Yanis Khalifa qui commentait :

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“Stratégie de déstabilisation de l’opinion européenne par les Russes inquiétante”.

Ce qui est vraiment inquiétant, c’est que des députés LREM puissent relayer aussi aisément les conclusions bidon d’une étude brouillonne, tout en préparant le vote d’une loi contre les Fake News…

VI. “Le feu a enfin pris” – Illustration du Théorème de Pasqua

Cette affaire DisinfoLab dans l’affaire Benalla s’avère en réalité être une parfaite illustration du théorème dit de Pasqua :

« Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien. » [Aphorisme attribué à Charles Pasqua, apparemment sans preuves]

Nous allons donc voir ensemble comment “l’affaire [des Russes] dans l’affaire [de gonflage numérique] dans l’affaire [Benalla]” furent tour à tour suscitées (nous avons davantage détaillé tout ceci dans ce billet)

La première journaliste a avoir œuvré au “gonflage numérique” de la manoeuvre de DisinfoLab a été Elsa Trujillo de BFM. Abonnée au compte de Vanderbiest, elle a publié son article le 1er aout à 11h00 (source), sans vérification et sans disposer d’une étude détaillée – donnant ainsi toute sa confiance à une officine et reprenant sans réserve dans son titre l’expression de « gonflage numérique ». En revanche, elle ne parle qu’incidemment de “la communauté russophile”, ayant sans doute compris que ce n’était pas sérieux :

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À peine quelques heures après, le 1er aout à 18h28, l’ancien secrétaire d’État Frédéric Lefebvre, membre du parti centriste Agir, récupère l’affaire pour venir en aide au gouvernement en interpellant la commission d’enquête parlementaire (source) (source 2) :

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Pendant 3 jours, Frédéric Lefebvre a interpellé sur Twitter le Président de la Commission d’enquête Parlementaire du Sénat, Philippe Bas, pour qu’il enquête sur la “manipulation” :

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Il l’a ensuite saisi officiellement “d’une manipulation d’ampleur destinée à déstabiliser l’exécutif”:

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Le journal l’Opinion de Nicolas Beytout, proche des libéraux d’Agir, a repris ceci via sa journaliste Ivanne Trippenbach, le 3 août au matin ; il a titré “Désinformation”, et avancé le concept de “russosphère” :

Dans la foulée, l’AFP sort une dépêche stupéfiante sur le sujet, indiquant que Twitter aurait été “inondé” (sic.), le tout sans vérification ni enquête, vu que, rappelons, aucune étude ni aucune donnée de Disinfo ne sont alors disponibles :

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L’information de l’AFP a alors tourné en boucle dans les médias (Libération ou Le Figaro). Ce qui a finalement permis au gouvernement de surfer sur la vague du complotisme, en jugeant “positive” la demande de Lefebvre (image) :

On note que :

  • le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a estimé qu’il y avait “clairement eu une volonté opportuniste d’utiliser une ‘actualité chaude’ pour accélérer sa diffusion et favoriser une polarisation de l’opinion” ;
  • le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a affirmé lors du compte-rendu du Conseil des ministres “se réjouir que toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de messages“.

Le tout à partir d’une étude qui n’existe “clairement” pas

Enfin, si beaucoup de journalistes sont restés assez prudents sur ce sujet, d’autres, apparemment en mal de sensationnalisme et de complots, se sont jetés sur l’affaire :

Eh bien non, désolé, il n’y avait PAS de complot (source : ici et ) :

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Le pompon revient quand même à Disinfo qui se félicite d’une étude qui a ridiculisé la leur :

VII. Mais pourquoi Disinfo a-t-il choisi l’affaire Benalla comme sujet d’étude ?

Au vu de leurs précédentes études, et de la vision russophobe des membres de l’équipe, il est clair que si Disinfo réalisait une étude sur l’affaire Benalla, ils parleraient de la “russosphère”, vu que c’est une de leurs obsessions, et que c’est également de nature à susciter l’intérêt des médias.

Mais, la question centrale est : pourquoi une structure dédiée à la Désinformation s’est-elle intéressée à “l’affaire Benalla” plutôt qu’à d’autres sujets ?

D’autant qu’elle explique qu’elle n’a pas assez de moyens financiers, son “chercheur” devant en l’espèce travailler apparemment gratuitement (“Pro Bono” – voir ici).

Étude Disinfolab du 8 août (Source)

Ce “Chercheur” indiquant d’ailleurs ne même pas avoir de temps à consacrer à ce sujet. (source).

Alors : pourquoi L’affaire Benalla ?

On parle en effet d’un sujet qui a été sorti par le journal Le Monde (et pas par Russia Today…), et qui a immédiatement “inondé” tous les grands médias. L’affaire a rebondi à de multiples reprises, et, à part quelques erreurs rapidement corrigées, il n’y a clairement eu aucune désinformation notable ou évidente sur ce sujet. On trouvera toujours quelques tweets mensongers dans une telle masse, mais qui n’auront donc servi à rien.

Pourquoi s’en occuper alors ? Voici ce qu’écrit Disinfo dans son rapport (source) :

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et Alaphilippe déclare à Arrêt sur Images (source) :

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Bref, ils auraient été “alertés” par le “volume extraordinaire” ?

Mais notons le vocabulaire employé : l’équipe ne dispose en réalité d’aucun dispositif d’« alerte »: ce sont eux-mêmes qui ont créé une requête complexe pour ressortir un certain nombre de tweets :

Quant au volume de tweets censé justifier l’étude : mais de quoi parle-t-on ?

Il y a 10 ou 20 affaires Benalla en fonction de l’aspect de l’affaire que l’on choisit (violence, usurpation de fonction, images illégales, appartement, car des Bleus, accès à l’Assemblée, passeport diplomatique, coffre-fort, perquisition, commission d’enquête). Bien évidemment, si on cumule tout sous un seul vocable, le total sera très important. Mais est-il vraiment de nature à « alerter » ?

Dans son tweet du 23 juillet, Vanderbiest annonçait 1,5 million de tweets (et retweets) en 4 jours. Comparons cette « alerte » avec d’autres sujets :

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On compte 400 000 tweets pour l’affaire SwissLeaks, dont l’impact dans l’opinion publique semble avoir été bien moindre que celui de l’affaire Benalla (beaucoup de gens ne sachant même pas de ce dont il s’agit…)

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La simple rixe Booba / Kaaris a généré 700 000 tweets en 2 jours ! Quand sortira l’étude, messieurs de Disinfo ?

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Le Burkini ? 1 million de tweets en 3 semaines…

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2 millions pour Nuit Debout..

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1 million par jour pour la Présidentielle 2017 : l’affaire Benalla n’est donc qu’à 25 % de ce chiffre…

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Le Grand débat de la Présidentielle : 1 million de tweets en 2 heures…

Bref : il saute aux yeux que le volume des affaires Benalla est tout à fait normal et prévisible, vu l’ampleur du scandale !

C’est exactement le volume quotidien de la rixe Booba / Kaaris… Et comme les affaires Benalla durent plusieurs jours, on arrive évidemment à plusieurs millions au total.

Donc : où est le problème ? Pourquoi, dans quel but, Disinfo a-t-il réalisé cette étude sur l’affaire Benalla ?

Pistes de réponses dans le prochain billet…

Entraide : nous aurions besoin d’une aide ponctuelle de quelqu’un ayant accès à la base Twitter (via Visibrain ou Brandwatch ou autre outil du même genre… Nous contacter ici, merci)

Source: Les Crises





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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