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Affaire 4000 : si Netanyahou avait suivi l’exemple de Mitterrand dans son changement…


Affaire 4000 : si Netanyahou avait suivi l’exemple de Mitterrand dans son changement…

OPINION

Si vous êtes Premier ministre, en Israël par exemple, et si vous comptez sur une couverture favorable de votre politique sociale, sécuritaire ou internationale, et que l’on  donne une idée globalement positive de votre personne, vous ne pouvez dénigrer le rôle prépondérant des mass-médias. Cette règle est valable également si vous êtes président de la République en France.

D’aucuns se figurent que seules les dictatures ont besoin d’édulcorer la rigueur de la vie par une propagande bien construite, avec entre autres une allocution quotidienne paternelle et bienveillante de l’autocrate, ou des séquences le montrant, alors qu’on le croyait trop vieux, plonger et faire quelques brasses dans sa piscine présidentielle. On pourrait penser qu’il en va différemment dans les pays où l’on laisse au peuple le soin de décider : le dirigeant n’a pas besoin de propagande, puisqu’on a voté pour lui.

En réalité, le problème se pose tout autant, voire à plus forte raison, dans les régimes démocratiques, où les élus sont attendus au tournant des urnes. Nous l’avons compris, les médias, tous régimes confondus, formatent les esprits et donnent l’impression à l’électeur que le bulletin de son choix est déposé en toute indépendance. La publicité aussi nous conditionne, par son insistance et le tape-à-l’œil. Qu’est-ce qui fait que vous déposez dans votre chariot telle marque de cacao, de café ou de petit déjeuner, plutôt qu’une autre?

Netanyahou n’est pas la personnalité la plus choyée par les médias de son pays. Loin s’en faut. Il lui arrive même d’évoquer l’acharnement médiatique contre sa personne. Cela fait des années que toutes sortes d’affaires basses et lourdes pèsent sur lui comme un couvercle. Chaque fois, elles portent un numéro plus élevé que le précédent. Si telle affaire n’aboutit pas, on l’abandonne et on passe à la suivante. Le chef de la police, Roni Alsheikh, fait preuve d’un zèle sans précédent, et bien plus marqué dans ses tentatives de parvenir à mettre en examen le Premier ministre que dans la lutte contre le grand et même le petit banditisme, au grand détriment du public qui commence à s’en plaindre. Le système judiciaire s’aligne sur cette politique.

L’affaire 4000 est étonnante. Elle a commencé par un article publié par le journal d’extrême gauche Haaretz (pas plus tard que le mois dernier, l’un de leur piliers, Guidon Lévy, avait déversé sans retenue sa haine contre le village israélien d’Har-Berakha (Mont de la bénédiction) en l’affublant du sobriquet d’Hak-Kelala (Mont de la Malédiction), peu après l’assassinat de l’un de ses habitants par un élément de la population hostile et antijuive dont la ligne de ce journal considère l’occupation de la terre d’Israël comme légitime).

Le quotidien avait trouvé curieux que l’un des médias ne se soit pas joint à la propagande de dé légitimation du Premier ministre. Dans son article d’«investigation» du 29 octobre 2015, le journal s’étonne d’une ligne éditoriale assurément favorable à Netanyahou, ce qui avait allumé un voyant rouge. Le média en question, le site Walla News, du groupe des télécommunications Bezeq, ne se conduit pas d’une manière normale. Dès lors, des têtes vont tomber. L’Autorité des Valeurs Financières fait ses enquêtes.

Ce n’est qu’en février dernier –d’où le vacarme médiatique ces jours-ci – que le scandale éclate. Ilan Yéchouah, directeur général du site, est soupçonné par l’Autorité d’avoir subi des pressions de Saül Alovitch, PDG de Bezeq, afin de fournir une couverture favorable à Netanyahou qui aurait pour sa part proposé en contrepartie des décisions gouvernementales en faveur du groupe. Ynon Magal,  ex directeur du site d’informations, a lancé le 15 février 18 que des pressions importantes auraient été exercées d’en-haut dans le but d’imposer une ligne éditoriale partisane. En février, Yéchouah, Magal et Aviram Elad, rédacteur en chef, ont témoigné auprès de l’unité Laav 433 des enquêtes policières. Selon la dixième chaîne, ce dernier aurait même remis en question le couple Netanyahou, au cours de son témoignage, en l’accusant d’avoir exercé via Alovitch des pressions visant à licencier Elad pour avoir divulgué la demande auprès du conseiller gouvernemental Mendelblit de mettre en examen l’avocat David Shomron, proche des Netanyahou, ce qu’Alovitch a démenti.

C’est le 6 novembre dernier que les médias se sont affolés dans le monde entier suite à la présentation des conclusions – déformées par effet de téléphone arabe – de l’Autorité des Valeurs Financières. «Il existe suffisamment de pièces, à première vue (לכאורה dans le texte) pour asseoir l’implication des suspects principaux du dossier dans des fautes pénales, dont des crimes de divulgation, l’obtention abusive de biens, abus de confiance… il y a également suffisamment de pièces en vue de poursuivre le fils d’Alovitch, Or, qui officie en tant que directeur de Bezeq.» La suite de la procédure a été confiée au district de Tel-Aviv, qui doit décider s’il y a lieu d’émettre ou non des chefs d’accusation contre les personnes mêlées à l’affaire.

Et c’est fin février qu’un scandale inouï a éclaté autour de ce qui représente au minimum un vice de forme. Et c’est là que chacun a dû se rendre à l’évidence qu’il ne s’agit pas pour les intéressés d’établir si Netanyahou est coupable de corruption ou s’il doit être lavé de tout soupçon, mais de le faire tomber coûte que coûte. La proximité entre l’enquêteur mandaté par l’Autorité et la juge, tous deux chargés de donner suite à la conclusion susnommée et leurs échanges complices sur WhatsApp est édifiante. Eran Shaham-Shavit, c’est son nom, par voie de messagerie téléphonique a indiqué sans passer par quatre chemins à la juge Pozannski-Katz de quels éléments il avait besoin pour parvenir à ses fins. Cette juge a usé du pouvoir qui lui était conféré pour placer en détention provisoire Alovitch et l’ex PDG du quotidien Ma’ariv, Nir Hefetz, comme de vulgaires délinquants du droit commun qu’il convient de garder en rétention en raison de leur dangerosité pour le public. Hefetz s’est plaint de conditions de détention éprouvantes destinées à faire de lui un témoin contre Netanyahou. Ces accointances entre l’enquêteur de l’Autorité des Valeurs Financières et la juge ont fait tomber les barrières d’incrédulité des plus sceptiques.

C’est la dixième chaîne qui a lancé ce scoop fracassant appuyé par les saisies d’écran des portables qui a enclenché des réactions en chaîne dans la classe politique. Liebermann, ministre de la Défense, a mis en avant l’urgence de rayer Pozannski-Katz du barreau, afin que le public ne perde pas totalement confiance dans le système judiciaire. Pour le député Betzalel Smotritch de Baït Hayéoudi, il faut d’urgence libérer Alovitch et Nir Hefetz pour vice de forme, et œuvrer immédiatement à l’ouverture d’une procédure pénale contre l’enquêteur et la juge de connivence.

Bien entendu, le juge des juges, Eliézer Rivlin, a été saisi dans cette affaire. A la lecture de son rapport, il ressort que la conclusion ne s’inscrit pas dans la suite logique du développement, et que les implications font montre de la plus haute indulgence. L’alinéa 5 de son rapport laisse entendre que la juge était ces derniers temps en dehors de l’affaire :

«Le 29 janvier 2018, la juge est partie en vacances. Mais peu après le début de ses vacances, elle s’est adressée au vice-président des affaires d’incarcérations du tribunal de police, le juge Ouziel, et lui a annoncé que l’enquête sur l’affaire (4000 ndlr) avait repris, cette fois avec la collaboration de la police… Elle lui a dit que rien ne l’empêcherait de venir au tribunal, pendant ses vacances, afin de pouvoir s’occuper de cette affaire. Le vice-président Ouziel a écrit dans sa déposition en ma présence à ce sujet : « considérant l’ampleur des documents et sa connaissance de l’affaire, j’ai pensé que c’était une bonne idée et je lui ai permis de rentrer au beau milieu de ses vacances pour poursuivre son généreux bénévolat ». Les graines de la calamité ont été semées dans un terreau propice dans ces méthodes d’arrangements. »

Dans le paragraphe suivant, le juge Rivlin interroge Pozannski-Katz afin de savoir qui lui a demandé d’interrompre ses vacances pour s’occuper de l’affaire. La réponse est claire : «C’est Eran qui m’a appelée». Le juge note entre crochets : «Maître Shaham-Shavit». Le juge écrit juste après : «C’est là que les graines supplémentaires des méthodes rédhibitoires et fautives de la pratique du droit et des pratiques inacceptables ont été semées.» Le juge a alors exigé le contenu des échanges texto et a constaté que ces familiarités, sic, duraient depuis juin 2017.  Mais, après avoir sur près de dix pages fustigé les méthodes de travail dont surtout le parti-pris et le manque d’objectivité – «Son acte est indigne d’un juge. Cet échange de messages porte une grave atteinte à la crédibilité des tribunaux auprès du public.» – il a considéré le sérieux et le professionnalisme de la juge, et puisqu’il n’a pas relevé dans sa démarche une tentative de fausser le jugement, il s’est contenté de remettre à la présidente de la Cour suprême Esther Hayout et à la ministre de la Justice Ayelet Shaked la recommandation de ne déférer la juge qu’auprès d’une commission disciplinaire.

Le président de la coalition gouvernementale, David Emsallem, s’est interrogé à haute voix : «Je suppose que si un tel échange de messages avait été trouvé entre Alovitch et Hefetz, ils auraient été d’office maintenus en détention jusqu’à la fin de la procédure». Le ministre du Tourisme Yariv Lévin  s’est déclaré stupéfait par les tentatives du système judiciaire d’arranger les choses après le scandale sans précédent de la révélation de ces échanges de messagerie : «et tout cela dans le but d’empêcher de la traîner en justice ». Même Yaïr Lapid, président du parti Yech Atid, celui qui veut être Premier ministre à la place du Premier ministre, a été écœuré : «C’est une humiliation et un grand mépris pour le public et pour le système judiciaire.»

Sur l’heure, quel est le résultat de tout cet acharnement judiciaire et médiatique contre Netanyahou? Outre la tentative de déstabilisation du gouvernement dans une période de guerre où chaque jour les tentatives d’encerclement de l’axe Iran-Assad se font de plus en plus précises (on a frôlé le conflit le 27 septembre 2017, lors de la destruction d’un site de lancement de missiles en Syrie suivi de la chute d’un de nos chasseurs), quand les éléments à la tête des infrastructures du pouvoir agissent comme un ennemi de l’intérieur, c’est l’image d’Israël qui est égratignée puisque les médias étrangers se délectent du cadeau qui leur est offert et qui leur permet de faire passer Israël pour une sorte de république bananière dont la corruption serait le principal moteur.

Les médias ne peuvent constamment agir comme des saboteurs. Begin, puis après lui Shamir, puis après lui Netanyahou, sont parvenus au plus haut degré de la direction d’Israël suite à la révolution électorale où le peuple a exprimé sa volonté de se libérer des méthodes politiques de leurs prédécesseurs. Or, le pouvoir médiatique est resté entre les mains du Mapaï idéologique des premières décennies de l’Etat d’Israël.

S’il y a dans le monde démocratique un dirigeant qui a eu affaire aux mêmes défis que la droite israélienne, c’est bien la gauche de Mitterrand. Ce dernier sentait qu’il évoluait sur les plateaux de télévision en milieu hostile. A l’époque où il n’était encore que secrétaire du parti socialiste, les deux premières chaînes (la troisième étant à l’époque culturelle et réservée aux émissions régionales) étaient le bastion des gaullistes et des giscardiens. Une réalité selon laquelle la couverture médiatique favorable d’un dirigeant aurait pu inquiéter un journal comme Haaretz était alors impossible, car la presse était résolument hostile à Mitterrand, et il n’y aurait vraiment pas eu lieu de mener un dossier d’investigations.

Le malaise s’est d’autant plus accentué que la deuxième chaîne devait interviewer tous les candidats aux élections présidentielles de mai 1981. Jean-Pierre Elkabbach, journaliste célèbre à cette époque, dirigeait l’information d’Antenne 2. Alain Duhamel est son principal acolyte et les mêmes répliques avilissantes sont à quelques détails près rendues à Marchais et à Mitterrand, le premier ayant eu droit à un «Monsieur le candidat»,  le second ayant tout de même été désigné par son nom, quand les journalistes affichaient un regard narquois et incrédule quant à leurs capacités de se faire élire. «Vous répondez et nous posons les questions. Que chacun fasse son travail». Ainsi fut remis à sa place par un Duhamel goguenard le candidat Mitterrand qui s’était octroyé le droit de prendre trop de libertés quant à la marche de l’émission Cartes sur table. Etant parvenu à se hisser au second tour, il refusa catégoriquement que le débat télévisé fût orchestré par des employés de la télévision et il proposa une liste de quatre journalistes de l’extérieur. Giscard accepta et choisit «les deux premiers de la liste par ordre alphabétique».

Lorsque le visage de Mitterrand s’afficha sur l’écran à la fermeture des urnes, le présentateur du résultat, Elkabbach, affichait le visage déconfit d’un perdant. Juste pressentiment, puisque le lendemain, le changement s’est immédiatement fait sentir. Si Mitterrand a excellé dans le changement promis aux électeurs, c’est bien dans la configuration des équipes de télévision. Elkabbach a perdu son poste, et le seul à peu près qui soit resté fut un jeune journaliste qui venait de remplacer Léon Zitrone, un certain Poivre d’Arvor. On peut dire que Marchais aussi a eu sa revanche, après qu’il eut dit au tandem Elkabbach-Duhamel qu’ils étaient contre le changement puisqu’ils cumulaient les postes grassement payés de l’audiovisuel. Ceux qui avaient réussi à mettre les rieurs de leur côté sur le plateau de Cartes sur table s’étaient retrouvés dehors. Mitterrand n’a par conséquent par la suite jamais eu besoin d’être soupçonné d’avoir graissé la patte à des rédactions de télévision pour avoir une couverture reluisante.

Et pourtant, les sourires sarcastiques des journalistes précités étaient bien innocents à côté des accusations à peine voilées de meurtre proférées par les journalistes de Reshet B ou de la première chaîne israélienne contre Netanyahou, en pleine campagne électorale pour la quatorzième Knesset, lorsque la citation biblique «Tu as assassiné et tu as aussi hérité», était débitée à longueur d’antenne. Et ce n’est pas qu’un visage déconfit qui a marqué les journalistes qui ont osé dans un premier temps afficher le visage de Pérès à la fermeture des urnes, en 96, et faire encore la fête jusqu’à l’heure fatidique du lendemain à cinq heures du matin, quand sur Réchet Beth, le journaliste s’est écrié sans aucune retenue : «Ce n’est pas possible! Netanyahou ne peut pas avoir remporté l’élection!» Les journalistes avaient fait leurs valises mais, par extraordinaire, ils n’ont pas été décollés de sièges qui n’appartenaient ni à eux, ni à leur famille. Ils ont depuis repris du poil de la bête, et il est regrettable que Netanyahou ne se soit pas inspiré du modèle français qui l’a précédé d’une décennie et demie.

A contrario, si Mitterrand avait fait comme Netanyahou, il est permis de supposer que non seulement il ne se serait pas fait élire une seconde fois, mais qu’il aurait certainement dû démissionner dans les quelques mois consécutifs à son accession au pouvoir.

© Yéochoua Sultan pour Europe Israël News







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  • 5 thoughts on “Affaire 4000 : si Netanyahou avait suivi l’exemple de Mitterrand dans son changement…

    1. Jg

      Les journaleux Israeliens ont encore un pied et leur cervelle en europe , or nous sommes au milieu d un continent hostile .
      Je pense que ce petit monde de privilegies devrait enfin retourner  » chez eux  » en france , a berlin !

    2. Esther

      Il est premier ministre depuis longtemps Netanyahu utilise le systeme plus qu’aucun auparavant et refuse d amorecer un processus pour cesser ses pratique de mafia.

    3. Robert Davis

      Le rôle MALEFIQUE de la presse de gauche n’est pas une donnée éternelle : il est vrai qu’elle est puissante et soutient l’invasion musulmane dans le monde entier mais elle peut être combattue. C’est seulement une affaire de longue haleine: il faut la dénoncer jour après jour, montrer qu’elle veut transformer les populations occidentales en esclaves de l’islam, qu’elle ment à longueur de journée et que finalement elle n’a aucun crédiblité. A ce moment elle tombera et la droite sera confortée dans sa politique d’indépendance des peuples.

    4. LeClairvoyant

      J’ignore tous les besoins d’argent de B; Netanyahou, mais je pense que depuis qu’il est en politique a dit gagner assez, pour ne pas en plus faire partie « d’une mafia ». Il y a des affabulateurs gauchistes qui aimeraient le faire tomber, au risque qui tombe aussi Israël dans les bras de ses ennemis.

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