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Churchill avocat pour la création d’un Etat juif. 1908-1944


Churchill avocat pour la création d’un Etat juif. 1908-1944

HISTOIRE

Pourtant en novembre 1944 il abandonne son soutien.

Winston Churchill, immense homme politique, fut au pouvoir ou dans l’opposition pendant les trente années qui séparent la déclaration de Balfour en 1917 sur la création d’un « foyer juif » en Palestine et la proclamation de l’Etat d’Israël en 1948. Son profil est d’autant plus intéressant que malgré quelques écarts antisémites, il est jusqu’en novembre 1944 un soutien indéfectible de la cause sioniste. L’analyse de ses déclarations directes et claires et ses échecs répétés reflètent bien l’évolution de l’attitude des contemporains. Elle fournit un excellent contexte pour mieux comprendre les comportements du public anglais pendant cette période tragique.

Comme de nombreux grands hommes d’Etat, Churchill est un visionnaire. Déjà en janvier 1908, sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, il écrit : « Jérusalem doit être le but final. Quand cela arrivera n’est que vaine prophétie ; mais que cela arrive un jour, c’est une des rares certitudes du futur. Et l’établissement d’un Etat juif puissant et libre, un pont entre l’Europe et l’Afrique, constituera non seulement un immense avantage pour l’Empire britannique, mais sera une étape importante pour un monde harmonieux des nations ».[1]

Des années plus tard il précise dans un article : « … Il pourrait bien arriver que, pendant notre vie encore, un Etat juif soit créé sur les rives du Jourdain, sous la protection de la Couronne britannique. Un Etat de trois à quatre millions de Juifs ». Lyrique, il termine son article en appelant à la construction « aussi rapidement que possible d’un centre juif national » en Palestine. Un centre qui pour lui « ne serait pas seulement un refuge pour les opprimés et les malheureux de l’Europe centrale, mais aussi un symbole de l’unité juive et le temple de la gloire juive ».[2]

En 1920, ministre de la guerre, il se laisse emporter par sa profonde aversion envers le bolchevisme « dominé par les Juifs ». « Il semble bien, écrit-il, que cette race surprenante soit en train de produire un autre système de morale et de philosophie, aussi malveillant que le christianisme est bienveillant, système qui, s’il n’est pas arrêté, détruira irrévocablement tout ce que le christianisme a rendu possible ». Dans une violente attitude antisémite trop classique à l’époque, il ajoute : « On dirait que l’évangile du Christ comme celui de l’antéchrist proviennent de ce même groupe de personnes; et cette race mystique et mystérieuse a été choisie pour cette manifestation suprême du divin et du diabolique ».[3]

Malgré cette diatribe inadmissible, la réponse de Churchill en mars 1921 aux leaders arabes qui protestent contre l’immigration juive en Palestine reste dans la ligne de son engagement. Il soutient sans réserve la politique sioniste lorsqu’il leur déclare « qu’il est manifestement juste que les Juifs, qui sont dispersés partout dans le monde, puissent avoir un « foyer national » où quelques-uns puissent être de nouveau réunis. Et où ailleurs est-ce possible que dans la terre de Palestine à laquelle ils ont été profondément et intimement associés pendant 3 000 ans ? Nous pensons que ce serait bon pour le monde, bon pour les Juifs et bon pour l’Empire britannique ».[4]

Bon pour les Arabes ? Churchill esquive. On remarque qu’il ne parle plus d’Etat juif mais d’un « foyer juif, » un terme équivoque. La distinction n’échappe pas au Cabinet impérial. Il est questionné sur ce qu’il entend par un « foyer national juif. » Cela signifie-t-il de donner aux Juifs le « contrôle du gouvernement ? » Churchill répond : « Si, au cours des années, ils deviennent majoritaires dans le pays, ils prendraient naturellement le pouvoir ».[5] Les Arabes enregistrent le message. Ils se battront continuellement contre l’arrivée de Juifs en Palestine afin d’éviter la constitution d’une telle majorité.

Fidèle à sa politique sioniste, Churchill s’élève contre le Livre blanc de mai 1939 qui limite sévèrement l’immigration juive en Palestine et prévoit la constitution d’un Etat à majorité arabe. II attaque le Premier ministre Neville Chamberlain au cours d’une séance des Communes. « Cette garantie d’un toit pour les réfugiés, d’un asile, vise non seulement les Juifs de Palestine, mais ceux vivant au dehors, cette gigantesque masse de Juifs malheureux, dispersés, persécutés, errants, dont l’unique désir, intense, immuable, invincible, a toujours été d’avoir une patrie. (…) C’est la promesse que nous leur avons faite et c’est cette promesse qu’on nous demande aujourd’hui de trahir ».[6]

Le 17 décembre 1939, au cours d’une rencontre avec Chaim Weizmann,  celui-ci dit à Churchill : « Vous avez été à la naissance de cette entreprise, j’espère que vous veillerez à ce qu’elle s’accomplisse ». Churchill demande à Weizmann ce qu’il entend par là : « Un Etat de trois ou quatre millions de Juifs en Palestine » et Churchill répond : « Je suis parfaitement d’accord avec cela ».[7]

Pendant la guerre, en 1941, dans une communication interne, Churchill confirme dans des termes sans ambiguïtés son soutien inconditionnel à la cause sioniste. « Si l’Angleterre et les Etats-Unis sont victorieux, la création d’un grand Etat juif, habité par des millions de Juifs, sera l’un des thèmes les plus importants de la discussion de la Conférence de la paix. Le parti libéral et le parti du travail ne seront jamais d’accord avec la solution pro-arabe qui est soutenue par l’administration britannique et je ne le serai pas davantage aussi longtemps que je serai dans la vie publique ».[8]

Entre temps Churchill condamne énergiquement à plusieurs reprises les « impitoyables exécutions d’innocents » par les nazis. Une seule fois il nomme les Juifs. Dans un message envoyé à l’archevêque de Canterbury qui préside, le 20 octobre 1942, une manifestation contre la politique délibérée d’extermination, Churchill parle des Juifs. Il dénonce  « les cruautés systématiques » auxquelles sont soumis les Juifs par le régime nazi qui constituent « une tache indélébile sur ceux qui les organisent et les exécutent ».[9]

Churchill maintient son soutien sans faille au Sionisme. Le 27 juin 1943 Sir Edward Spears rapporte : « Hier soir le Premier ministre exposa en termes empathiques sa politique sioniste. Il dit qu’il s’était formé une opinion que rien ne changerait. Il avait l’intention de s’attacher à ce qu’un Etat juif soit constitué (…) Il ne servait à rien d’argumenter avec lui sur ce sujet ».[10]

En juillet 1944, à la suite de nombreuses interventions de l’Agence juive, Churchill lance le coup d’envoi de la mise sur pied d’une brigade juive. « J’aime l’idée, dit-il, que les Juifs s’attaquent aux meurtriers de leurs compatriotes et je pense que les Etats-Unis en seront très satisfaits. (…) Ils veulent se battre sous les couleurs de leur drapeau, (…) et je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas se faire ».[11] Finalement, une Brigade juive forte de 5 000 Juifs de Palestine combattra en 1945 en Italie.

Le 6 novembre 1944 Lord Moyne, ministre résident au Moyen Orient, un ami de Churchill, est assassiné par des terroristes du groupe Stern. C’est la rupture totale et définitive malgré la condamnation formelle de David Ben Gourion, le président de l’Agence juive.[12] Churchill cesse de soutenir la cause sioniste. Le 17 novembre il déclare à la Chambre des Communes : « Si nos rêves concernant le sionisme doivent se terminer dans la fumée des pistolets d’assassins, si nos efforts pour son futur ne résultent que dans un nouveau groupe de gangsters dignes des nazis, alors comme moi-même bien des gens devront reconsidérer la position que nous avons si constamment maintenue dans le passé ».[13]Pourtant, quelques jours auparavant, Churchill avait promis à Chaim Weizmann, le leader sioniste qui sera le premier président d’Israël, une bonne partition de la Palestine et l’immigration après la guerre de 100 000 Juifs par an pendant quinze années.[14] Les conséquences de la cassure provoquée par l’assassinat de Moyne sont décisives.

Churchill prend ses distances. Il écrit au Colonial Office le 6 juillet 1945 : « Je ne constate pas le plus petit avantage pour la Grande-Bretagne qui ait découlé de cette tâche pénible et ingrate (exécution du Mandat reçu en 1920 de la Société des Nations). Quelqu’un d’autre devrait maintenant prendre la suite ». Churchill pense aux Etats-Unis. Le 1er août, quelques jours avant de remettre les pouvoirs aux travaillistes, il franchit une étape supplémentaire. Au cours d’un débat aux Communes, il déclare : « Il est parfaitement clair que la guerre juive dirigée contre les Britanniques en Palestine, si elle continue, nous dégagera automatiquement de toutes nos obligations de persévérer et détruira tout désir d’effort dans les coeurs britanniques ». Le message est clair, même si les USA ne prennent pas le relais, les Britanniques partiront si le terrorisme ne cesse pas.

Dans la même intervention, Churchill surprend. Bien que très informé, il ne s’est pas rendu compte de l’immensité de la Shoah. « Je dois dire que lorsque la guerre se termina, je n’avais aucune idée des horribles massacres qui prirent place ; des millions et millions qui ont été abattus. Cela s’imposa à nous graduellement après la fin des combats ». Il pense qu’il est inimaginable de croire « qu’il y a assez de place en Palestine pour les grandes masses qui désirent partir d’Europe ». Il ajoute un commentaire qui soulève la réprobation unanime des Sionistes : « Mais si un si grand nombre a été tué et massacré, il doit y avoir pas mal de place pour les survivants, il doit y avoir des héritages et des propriétés auxquels ils peuvent prétendre ».[15] Pour lui il devient inutile qu’ils aillent tous en Palestine. Une façon peu orthodoxe de résoudre le problème de la confrontation entre Juifs et Arabes.

C’est encore Churchill, maintenant dans l’opposition, qui le 1er août 1946 met en route aux Communes le processus du retrait britannique de la Palestine. « Je pense que le gouvernement devrait dire que si les Etats Unis ne veulent pas venir partager le fardeau de la cause sioniste (…) nous devons maintenant dénoncer notre mandat, le remettre à l’ONU et annoncer que nous évacuerons la Palestine à un moment restant à préciser ».[16] C’est clair, direct, abrupt et prémonitoire. Le style de l’homme. Le retrait ainsi annoncé va permettre aux Sionistes de réaliser dans la douleur et le sang leur rêve d’un Etat juif, l’Etat d’Israël.

© André Charguéraud pour Europe Israël News

 [1] GILBERT Martin. Exile and Return :The Struggle for a Jewish Homeland, Lippincott, Philadelphia,1978, p. 69.

[2] IBID. p. 128. Illustrated Sunday Herald du 8 février 1920,

[3]ALMOG  Shmuel, Nationalism, and Antisemitism in Modern Europe  1815-1945,Pergamon Press, London, 1990, p. 92.

[4] GILBERT, op. cit. p. 133.

[5] IBID, p. 135.

[6] MARRUS Michael R. Les Exclus, Les Réfugiés européens au XX siècle, Calmann-Levy, Paris, 1985, p. 275.

[7] WASSERSTEIN Bernard, Britain and the Jews of Europe , 1939-1945, Université de Brandeis, Oxford, 1979, p. 31.

[8] IBID.  p. 32.

[9] PENKOWER Monty Noam, The Jews were Expandable : Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urbana,1983, p.75.

[10] WASSERSTEIN. Op. Cit. P. 32.

[11] IBID. p. 286.

[12] Agence juive: organisation qui représente les Juifs de Palestine auprès de l’Angleterre, la puissance mandatrice du territoire.

[13] OVENDALE Ritchie, Britain, the United States and the End of the Palestinian Mandat. 1942-1948, Suffolk, 1989, p.32.

[14] PENKOWER, op.Cit. p. 199.

[15] GILBERT. op.cit. p. 290.

[16] OVENDALE, Op.cit. p. 153.







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  • 9 thoughts on “Churchill avocat pour la création d’un Etat juif. 1908-1944

    1. Laurence Salmon

      Chur Chili va falloir le mettre aux oubliete si il avait bombarder les rails de chemin de fer avec les alliés la Shoah n aurait pas existé
      C mon opinion !

    2. capucine

      le problème c’est qu’il n’a pas bombardé les rails qui menaient dans vers camps , mais il n’était pas au courant que les juifs partaient vers les camps de la mort !

    3. Ivan Traminiev

      1) Avec quels avions? Avec les quadrimoteurs on avait de la chance qund les bombes tombaient à 500 mètres de la cible et les avions d’attaque au sol n’avaient pas le rayon d’action

      2) Et la chasse allemande? Bombarder des voies ferrées ça se fait de jour. Sans escorte de chasseurs les bombardiers de jour subissaient 25% de pertes. 4 missions et plus de bombardiers. Ce n’est qu’à la fin de 1943 que les Alliés ont eu un chasseur capable d’atteindre Berlin et ils n’ont jamais eu de chasseur capable d’atteindre Auschwitz

      3) Réparer des voies ferrées c’est facile et pas cher. On peut essayer de détruire des ponts mais c’est très difficile

      4) Pendant que les bombardiers sont occupés à détruire les voies ferrées menant aux camps ils ne sont pas en train de ramollir le Mur de l’Atlantique ni d’empêcher l’industrie allemande produire des chars et des avions à tour de bras pour arrêter les Soviétiques. A votre avis qu’est-ce qui arrive si le débarquement échoue et que l’Allemagne réussit à forcer le match nul ou tout au moins à prolonger la guerre jusqu’en 1946 ou 47 voire au delà?

      Bref ne vous laissez pas prendre par ce que disent les bobos et la gauche

    4. Laurence Salmon

      Si Capucine les alliés le savait des le début des déportations et ne voulaient pas se mettre à dos l URSS

    5. Laurence Salmon

      Et une fois l URSS rentrer avec les alliés pourquoi n ont ils toujours pas bombardes les chemins de fer ???
      Il faut que vous sacHier que Roosevelt était antisémite de la 1ere heure

    6. michel boissonneault

      Capucine … c’est prouver que les alliées était informer de cette triste situation mais l’antisémite de rooooosvelt refusait de bombarder les rails pour ralentir la machination diabolique des camps de la mort ….. le Président Américain haissait les Juifs ( fait connu et reconnu ) et si les japonais avait attaquer Pearl Arbor en 1946 alors TOUT les Juifs d’Europe aurait été exterminer car tant que les Américains était pas attaquer …. ils ne rentrait pas en guerre

    7. Raphael

      L’ article est ecrit par un amateur d’ histoire mais surement pas par un historien. Or Churchill revient au pouvoir le 10 mai 1940 , une fois chassé Neville Chamberlain. Et que fait Churchill durant toute la guerre , sinon continuer d’ appliquer la politique du  » Livre Blanc  » du même Chamberlain qui empêche , y compris par la force les juifs d’ entrer en Eretz Israel . Donc Churchill jouait sur deux tableaux , en continuant d’ apaiser les arabes et en interdisant aux juifs de se refugier en Eretz mais aussi en demandant aux juifs de soutenir l’ effort de guerre des Alliés . Au total a peine 20,000 juifs ont réussi durant la guerre a forcer le blocus britannique . Et Churchill savait tres bien que les juifs etaient pris entre l’ enclume ( du livre blanc ) et le marteau ( les nazis ) . Donc malgré son lyrisme pro-juif Churchill a la continuation du Livre Blanc de Chamberlain, les juifs etaient coincés , privés de choix, et quasi impuissants . Ce n’ est qu’ apres la guerre , que l’ empire britannique affaibli , et churchill chassé du pouvoir par les travaillistes , la grande-bretagne dut repasser le probléme aux USA. Quant aux bombardements des chambres a gaz, il a été refusé par Roosevelt et son sous-secretaire a la guerre John Mc Cloy , sous le pretexte qu’il fallait concentrer toutes les sorties aeriennes sur l’ appareil militaire et industriel nazi mais pas sur les camps d’ extermination qui n’ etaient pas – selon FDR et Mc Cloy – un objectif militaire . Ainsi l’ aviation britannique a pu bombarder a 10 ( dix ) reprises – en decollant du sud de l’ Italie – en septembre 1944 les usines de caoutchouc de Buna-Monowitz a 3 ( trois ) km seulement d’ Auschwitz. Or des novembre 43 , les allies USA-GB avait depuis l’ Italie les bases aeriennes pour atteindre le sud de la Pologne .Les avions B-17 et B-24 ( 2100 miles d’autonomie de vol ) pouvaient bombarder Buna-Monowitz mais pas Auschwitz ( a 3 km ) .Quant a la soi-disant ignorance du massacre des juifs par les nazis, cela devient ridicule de l’ affirmer . Anthony Eden ministre des Affaires etrangeres de churchill avait mis en garde les assassins et leurs complices des novembre 42. Churchill lui aussi avait annoncé que les nazis seraient punis apres guerre pour leurs crimes. Donc tout ceux au pouvoir chez lees Alliés savaient . De meme FDR aux USA savait mais quand il reçut jan Karski a Washington ( le representant de la resistance polonaise qui avait été interné dans deux camps d’ extermination , avait pris des photos et s’ etait echappé ) il le questionna sur le sort des chevaux de l’ armée polonaise et lui coupa la parole quand Karski osa parler des juifs. Lire le livre de David Wyman  » the abandonment of the jews « . Au final il ya eu collusion silencieuse entre les nazis et le plus haut echelon des alliés pour laisser les juifs a leur sort .

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