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Qui est l’ennemi ? par Jean-Paul Fhima


Qui est l’ennemi ? par Jean-Paul Fhima

Le dimanche 20 août vers 22 heures, un homme de 51 ans, connu pour faits de violence, fonçait avec son véhicule sur des policiers dans le 18ème arrondissement de Paris. Obligé de s’arrêter net dans sa course, le forcené est alors sorti de sa voiture et a crié « Allah Akbar » avant d’être appréhendé. L‘enquête n’a pas retenu la qualification d’attentat terroriste et l‘auteur a été interné. Dans la presse, on pouvait lire peu après : « Les attaques de déséquilibrés criant que  »Dieu est grand » se sont multipliées depuis 6 mois » (France Soir, 14 septembre).

Lennemi qui fait la guerre à la France serait, dit-on, plus dément que soldat. Doit-on le soigner ? Ou pouvons-nous en guérir ?

«  All I want is Al-Qamar »

Ce même soir du 20 août, la circulation reprit vite normalement. « Circulez, semblait-on dire, il n’y a rien à voir ». Mais l’incident de la course folle échauffa les esprit de quelques jeunes qui, profitant de l’effervescence et de l’émoi causés par le  »fait divers », électrisèrent quelque peu le quartier alentour.

Peu avant minuit, le mur d’une des rues adjacentes de ce même quartier, vierge de tout graffiti une heure auparavant, portait les toutes nouvelles et énigmatiques inscriptions suivantes : « All I want is Al Qamar ».

Dès le lendemain, les passants, interloqués ou indifférents, pouvaient difficilement ne pas voir l’inscription écrite distinctement en majuscules noires sur le fond blanc du mur. Ni dessins ni couleurs ni symboles n’accompagnaient les mots qui gisaient là, à la vue de tous, comme un avertissement. « Qui est ce  »Je » ? » pouvait-on se demander. Un plaisantin qui s’initie au street art ou un apprenti révolutionnaire qui prend le pavé ? Que veut dire  »Al Qamar » ? L’espoir d’un autre monde ou un appel inquiétant, une tentative d’intimidation ?

Il fallut attendre quinze longs jours avant que les salariés d’une petite entreprise de bâtiment qui jouxte le mur en question effacent eux-mêmes ladite inscription, à leur retour de vacances. La mairie de Paris, sollicitée pourtant dès le lendemain des faits, n’avait pas cru bon de se charger elle-même de la besogne.

Al-Qamar veut dire  »la lune » en arabe, titre de la sourate 54 du Coran, composée de 55 versets. En voici des extraits : « L’heure est proche (verset 1), les mécréants diront :  »voilà un jour difficile » (8) ; nous avons envoyé contre eux un vent violent et glacial, en un jour néfaste et interminable (19); comment furent Mon châtiment et Mes avertissements? (21) ; surveille-les donc et sois patient (27) ; Nous lâchâmes sur eux un seul cri, et voilà qu’ils furent réduits à l’état de paille d’étable (31) ; au petit matin, un châtiment persistant les surprit (38) ; L’Heure, plutôt, sera leur rendez-vous, et l’Heure sera plus terrible et plus amère (46) ; le jour où on les traînera dans le feu sur leurs visages, (on leur dira) : «goûtez au contact de Saqar [la chaleur brûlante de l’enfer]» (48) ; en effet, nous avons fait périr des peuples semblables à vous. Y a-t-il quelqu’un pour s’en souvenir ? (51).

Ainsi, cette sourate invite les non-musulmans à se convertir, avant l’heure (funeste) du châtiment qui est proche. Rien de moins que ce sinistre programme, sur le pauvre mur innocent d’une rue de Paris. L’inscription du 20 août avait donc bien de quoi faire frémir.

D’autant que cette imprécation, à moitié écrite en anglais pour être comprise de tous (voisin blasé, étranger de passage, touriste égaré), siégeait au pied de mon immeuble. Ainsi, pensais-je, l’ennemi rôde le soir venu dans les parages, bientôt peut-être il viendra me chercher. Ces mots anonymes, et pourtant si familiers, semblaient sonner le glas, ou le tocsin, selon la façon de les lire. Le glas, pour les  »progressistes enragés » qui ne voient rien à redire à cette oraison funèbre ; le tocsin, pour les hussards noirs de la République et les grenadiers décatis de la vieille garde qui ne peuvent se résoudre à se taire, ou à disparaître.

L’ennemi connaît bien celui qu’il veut détruire. Le combat qu’il livre est une guerre sans merci. Mais nous peinons à le voir et à comprendre ce qu’il cherche. Les graffiti d’un mur peuvent bien s’effacer, nous faisons semblant de regarder ailleurs. La guerre, nous n’en voulons pas.

Réflexions sur la guerre 

Julien Freund, futur professeur de sociologie à l’université de Strasbourg, soutenait sa thèse en 1965 devant un jury prestigieux. Entré en résistance dans les mouvements Libération puis Combat, il avait participé aux maquis de la Drôme. La guerre, il la connaissait bien. Se battre, il savait ce que cela veut dire. A une question qu’on lui posa au cours de cette soutenance, il fit donc une réponse nourrie de sa propre expérience de l’ennemi. Une réponse qui resta célèbre : « vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes ».

« On n’a plus qu’à se suicider !» lui fit-on remarquer avec ironie. Justement, pensa probablement Freund : ne pas voir l’ennemi, ne pas pouvoir, ou vouloir le reconnaître, c’est immanquablement une mort sur ordonnance, et une irrémédiable faute politique.

Cet ennemi, aux multiples visages, est le corollaire encombrant de toutes les démocraties, régimes réputés les moins pires, mais les plus faibles. Il veut la guerre, alors il l’a fait. Une guerre … des armes bien sûr, mais aussi des mots, des peurs, des forces matérielles et spirituelles. Une guerre totale pour une nouvelle forme de totalitarisme qui est un projet et un programme de destruction puis, après la nuit et le brouillard, de renaissance.

Ne pas voir l’ennemi, c’est lui donner une chance de survivre.

« La difficulté réside dans le fait que l’ennemi est aujourd’hui plus diffus, plus retors. Il se masque, déguise ses intentions, mais n’est ni irréel ni désincarné » (Pierre-André Taguieff). L’appeler par son nom relèverait presque de l’exploit. N’est-ce pas monsieur le président ?

Le 29 août dernier, à la suite des attentats de Barcelone et Cambrils, Emmanuel Macron désignait enfin l’ennemi : « Oui j’ose le dire (…) la lutte contre le terrorisme islamiste doit être la première de nos priorités. (…) Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam. L’angélisme n’est pas de mise à cet égard ».

Combien de fois depuis, a-t-il prononcé de nouveau ces mêmes mots ? Zéro. Malgré les occasions multiples d’en marteler le diagnostic après les autres attentats qui ont suivi.

Carl Schmitt, « penseur de l’ennemi », était juriste, philosophe, mais aussi proche du nazisme et  »expert en totalitarisme » qu’il connaissait de l’intérieur mieux que personne. « L’ennemi est l’autre, difficilement cernable, (…) absent d’un champ lexical normal ou habituel ». La première tâche de l’État, écrit-il, est de « se défendre contre l’ennemi qui veut sa destruction, (…) [car] la possibilité de la dictature s’oppose aux fragilités de la démocratie. (…) La conflictualité, niée par les démocraties libérales, est indispensable en politique » (Libération, 3 août 2016).

Pour Clauzewitz, toute guerre est un « acte de violence », dotée d’un caractère particulier et original. Que faire ? Comment réagir ? Faut-il s’opposer à la volonté de l’ennemi pour l’empêcher de nuire, comment dans ce cas surmonter ses propres incertitudes et hésitations ? Comment répondre à un conflit qu’on n’a pas soi-même ni déclenché ni voulu ? Où commence le réflexe naturel de défense et de survie ? Clauzewitz le rappelle avec élégance : « Une guerre n’est pas un phénomène opaque, elle peut être éclairée sous trois angles : politique (pourquoi combat-on ?), stratégique (comment combat-on ?), social (qui combat ?) ». 

Dans la pensée de Franz Rosenzweig, connaître l’ennemi est une mise en disposition tactique, sans quoi il n’y a pas de victoire. La guerre est perdue. Tout dépend du rapport que les hommes entretiennent avec l’espace précise-t-il. La manière dont on engage le combat avec l’ennemi dépend de la conception que l’on a de son propre territoire identifié à la vie même de la nation.

Les intellectuels n’ont jamais aucun mal à se convertir à une autre religion.

Pour Raymond Aron, l’ennemi est la figure mythique du révolutionnaire, celui qui sort des lignes et se dresse contre l’ordre établi.

Les intellectuels marxisants de gauche soutiennent et encensent l’ennemi. Idolâtres, ils en aiment le symbole universel du faible qui  »sort de l’histoire » et prend soudain son destin en main. Au point que ces mêmes intellectuels bien pensants en perdent tout discernement, « impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu’ils soient commis au nom des bonnes doctrines.» (L’Opium des intellectuels, 1955). Ils n’ont aucun mal à se convertir à une nouvelle religion. « La mort de Dieu laisse un vide dans l’âme humaine (…). Seuls les intellectuels sont capables d’inventer, peut être même de prêcher, un substitut des dogmes anciens ». 

La guerre toutefois, la France a choisi de la faire, à sa façon.

La France en guerre et la guerre de France

L’engagement de l’armée française sur les fronts étrangers au Mali (opération Barkhane), Irak-Syrie (opération Chammal), Somalie, Centrafrique (opération Sangaris), golfe de Guinée et Liban, est la guerre contre l’ennemi que la France assume avec, sur le terrain, un total d’environ 6500 soldats.

La hausse prévue de plus de 5% du budget de la défense pour 2018 (sur un global de 34.4 milliards d’euros), entérine une réalité que beaucoup font encore semblant de ne pas voir : faire face sur le théâtre des Opex (opérations extérieures), mais aussi et surtout relever le défi du danger qui menace la France (opération Sentinelle). Les moyens humains vont être renforcés pour atteindre un budget record de 50 milliards d’euros d’ici 2025. L’effort porte déjà sur le renseignement et la cyberdéfense, ainsi que sur la protection des sites sensibles (comme les dépôts de carburants et de munitions).

Mais la France en guerre qui s’assume, hésite encore à mener une guerre de France qui s’enracine sur le territoire national.

Cette guerre qui ne dit pas son nom est livrée contre le « terrorisme », terme générique plus justement appelé, selon les moments et les personnes,   »djihadisme »,  »islam radical » ou plus simplement  »islamisme ». Les tentatives désespérées des uns ou des autres pour en minimiser la face cachée en disent beaucoup sur une ambiguïté politique et médiatique durablement entretenue.

Julien Aubert, député LR du Vaucluse, mettait les pieds dans le plat au lendemain de l’attentat de Nice. Accusant « une classe politique incapable d’endiguer le fléau [malgré]  la liste des atrocités [qui] s’allonge, il regrettait avec force une passivité et une ‘’apathie qui règne ‘’ alors que « nos ennemis nous lardent. (…) Nier la guerre, c’est refuser de voir le monde tel qu’il est devenu parce que nous n’en voulons pas » (Valeurs Actuelles, 21 juillet 2016). Nous sommes en guerre contre Daesh, c’est-à-dire contre l’État islamique donc contre un État musulman, expliquait-il, « alors qu’une partie de notre population se réclame de cette religion ; voilà le sujet douloureux. »

Ainsi, désigner l’adversaire c’est «  nous positionner par rapport à  un groupe social démographique [devenu] important ». La faiblesse politique consiste donc à « protéger l’Islam en en donnant une version édulcorée et expurgée, et notamment en niant le fait qu’il puisse être autre chose dans sa pratique qu’une religion de coexistence pacifique. » Comprendre l’avenir, disait-il enfin, c’est accepter de regarder cet adversaire en face.

Évoquer simplement cette guerre, désigner nommément cet ennemi, est-ce devenu de nos jours un ‘’défi osé ‘’ qui reste celui des mots ?

Que penser du communiqué laconique de l’Élysée et du silence de Matignon à propos de la mort au combat le 23 septembre dernier, de l’adjudant-chef Stéphane Grenier ? Tué dans la zone irako-syrienne par l’État islamique, dans des conditions qui restent floues, ce valeureux soldat, ancien de Bosnie-Herzégovine et habitué aux fronts moyen-orientaux, plusieurs fois distingué pour son professionnalisme et son courage, n’a eu le droit qu’à un hommage officiel discret, avec la seule présence de la ministre des Armées, Florence Parly.

Que penser de l’absence d’un seul membre du gouvernement aux obsèques, jeudi 5 octobre 2017, de Mauranne et Laura, deux cousines sauvagement assassinées à Marseille aux cris de « Allah est grand » par un Tunisien de 29 ans, Ahmed Hanachi ?

Monsieur le président, est-ce si difficile de se battre contre l’ennemi ?

Comment convaincre les Français de faire la guerre quand on hésite soi-même à en parler ? Sans oublier toutefois de demander à tous d’accepter la  »fatalité » du danger. Sans oublier non plus de bien se garder, dit-on, de céder soi-même à la violence ou à un quelconque sentiment de discrimination ou de haine. Nous autres, démocrates et humanistes, sommes bien au-dessus de cela.

Notre sagesse pense-t-on, nous protège de nous-mêmes. Au lieu de nous défendre contre les autres.

« Vous n’aurez pas ma haine » hurlent très fort dans la presse, à la télévision et ailleurs, certains conjoints (heureusement peu nombreux) des victimes d’attentats : le journaliste Michel Leiris qui a perdu sa femme dans la boucherie immonde du Bataclan ; Etienne Cardiles, compagnon du policier Xavier Jugelé abattu froidement d’une balle dans la tête par Karim Cheurfi, le soir du 20 avril 2017 sur les Champs-Élysées.

En acceptant de ne comprendre ni la guerre qu’on leur fait, ni l’ennemi qui la livre, ces proches, meurtris mais curieusement christiques, ne portent-ils sur eux l’habit du martyr qui souffre mais ne demande pas de châtiment ? Tous les Français doivent-ils leur ressembler? Doit-on accepter le sacrifice pour expurger un crime imaginaire qui aurait été commis ? Au nom de quoi, ou de qui, doit-on s’excuser de vivre pour accepter de mourir ?

Le combat contre l’islam politique est avant tout culturel nous dit Gabriel Martinez-Gros. « A quoi sert l’arsenal sécuritaire, écrit-il, qu’il soit policier, militaire ou juridique, si l’on n’a pas la force morale de s’en servir, ou si l’on s’interdit la lucidité de voir le réel tel qu’il est ». Il y a une faiblesse coupable de l’État reconnaît l’historien dans son essai, Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix (Paris, 2016). Le « désarmement idéologique de l’État » explique-t-il, est dû à l’ultra-pacifisme aveugle qui refuse la violence, à l’excuse sociéto-moralisatrice qui victimise les criminels, et à la culpabilisation de nos sociétés occidentales invitées à réfléchir sur les fautes du passé. Ce discours public de ressentiment obligatoire et quasi martyrologique est incapable de lutter contre l’ennemi islamiste infiniment supérieur en propagande, et en haine. 

L‘utopie multiculturaliste et mondialiste de nos pays ramollis par l’idéologie des bonnes intentions, prévient Karl Popper « conduit les sociétés occidentales à tolérer sur leur sol l’intolérance au nom de la tolérance » (La société ouverte et ses ennemis, Paris 1979).

C’est qu’il existe un complexe européen d’infériorité historique qui voit dans le passé colonial et les  »crimes du passé » comme le titrait encore récemment la revue Orient XXI ( « Nos crimes en Afrique », XXI-n°39, juillet 2017),  une source de mal et de contre-modèle honteux qui force à racheter la faute originelle par une autoflagellation permanente. Un mea-culpabilisme s’est répandu dans les esprits : « Le méchant, ce n’est pas l’autre, c’est moi. Je suis responsable du mal qu’il me fait. Après tout, je l’ai bien mérité ! »

Ce n’est plus la guerre qui devient une fatalité, mais l’impuissance qui est la nôtre, face à elle.

Face à l’islamisme barbare qui massacre les innocents, que faut-il faire ? A-t-on le droit de critiquer l’islam dont cette barbarie se réclame ? Peut-on de nos jours vouloir la mort, la sienne propre et celle des autres, par simple croyance religieuse ?

 Comment dépasser cette difficulté de définir l’ennemi pour le combattre ? Est-il donc plus important de ne pas passer pour islamophobe que de se battre contre l’ennemi ? La moindre critique de l’islam passe pour du racisme. Mais le vrai crime, l’antiracisme ne veut pas le voir.

On évalue l’ennemi selon la menace existentielle qu’il représente. Or, nous dit Alexandre Del Valle dans son excellent essai (Les vrais ennemis de l’Occident, Paris 2016), la nature de la menace islamiste est asymétrique car il s’agit d’un ennemi  »non conventionnel » qui n’est pas un État constitué ni une armée au sens classique du terme. Cet ennemi est inédit dans ses réseaux, son organisation, sa propagande, ses méthodes. Le projet politique de conquête et d’asservissement dont fait preuve aujourd’hui l’islamisme politique repose sur la légitimité spirituelle d’une religion : l’islam. Pas facile dans ces conditions d’identifier et de nommer l’ennemi. « L’islam n’a rien à voir avec cela nous dit-on, les terroristes ne sont pas de vrais musulmans ». Mais que faire quand le Coran est brandi comme le Petit Livre rouge ?

Que faire quand des textes, dits sacrés par les uns qui disposent bien sûr de la liberté confessionnelle, sont lus à la lettre par les autres qui y voient un slogan emblématique de ralliement, une incitation explicite aux discriminations, un appel incantatoire à la violence et à la haine ? Par exemple, la sourate 60 du Coran, dite  »le butin » justifie par la foi le recours à la guerre « contre les ennemis d’Allah ».

Cette violence est fondée sur une lecture  »orthodoxe de l’islam » et « sur un discours cohérent dont ne disposent pas les autres groupes violents » (Del Valle, opus cit. p. 191).

L’islamisme est un totalitarisme

« Personne ne nous dit jamais où il est, le vrai islam. (…) En Arabie saoudite? En Iran? Dans les théocraties soft d’Afrique du Nord qui persécutent les buveurs d’alcool et les homosexuels, qui violent les droits des femmes et la liberté de culte et de conscience?  (…) L’islamisme possède l’ensemble des caractéristiques structurelles des fascismes » (Zineb El Rhazoui, Figarovox, 11 novembre 2016).

Pour Alexandre Del Valle, la menace totalitaire de l’islamisme tire sa force d’une incontestable légitimité théologique et canonique : la lecture littérale du Coran, des hadiths de la Sunna, de la Sîrah (vie de Mahomet), et du Fiqh (application et interprétation de la Charia). La jurisprudence sunnite classique qualifie le non-musulman à la fois d’ennemi politique et d’adversaire religieux (Del Valle, ibid, p. 215 à 219). Tout martyr de la foi (Coran, IX, 52 ; LVIII, 19) est « le bras armé de Dieu » (VIII, 17). La guerre est donc partie intégrante de l’islam (chapitres 8,9,47,48, 59 du Coran). La vie du prophète Mahomet est un récit de guerre (Maghâzi).

L’imam est celui qui partage le butin, fruit du djihad, selon le principe du fay (redistribution des biens volés aux non-musulmans). Ainsi, dépouiller l’infidèle (ou mécréant) est un acte de foi : « quel meilleur encouragement pour les  »islamo-délinquants » recrutés par Daesh ou Al-Qaïda en Occident ou ailleurs. (…) L’État islamique ne fait que dire le droit musulman classique, jamais remis en question depuis le Xe siècle et enseigné tant dans les pays musulmans sunnites que dans les centres islamiques européens» (Del valle, ibid, p. 225 puis p. 231).

L’islamisme est inspiré à la fois du national-socialisme nazi et de l’idéologie révolutionnaire du communisme.

L’arme stratégique de la terreur y est identiquement utilisée aux mêmes fins d’instaurer un pouvoir  »monopolistique » communément appelé  »islamo-fascisme » . Il y a de toute évidence « l’apport stratégique des influences révolutionnaires-marxistes » (Del Valle, opus cit. P305)

L’islamisme vise, en somme, à un nouveau coup d’État bolchevique. Profondément anti-occidental et anti-capitaliste, son rejet systématique du libéralisme et du culte de l’individu (si cher à nos sociétés consuméristes), transforme potentiellement les musulmans en un nouveau prolétariat mondial  »qui veut prendre sa revanche ».

L’islamo-gauchisme n’est pas un mythe, ni une invention purement théorique. Il s’inscrit dans la continuité logique et funeste d’une extrême gauche et d’une gauche devenue extrême, l’une et l’autre à bout de souffle mais ne renonçant jamais à changer le cours de l’histoire. Quitte à en faire table rase, selon la bonne vieille méthode nihiliste.

Le philosophe Pascal Bruckner dénonce la complicité de certains groupes de gauche à l’égard de l’islamisme radical. Cette gauche « des nouveaux collabo » à la recherche d’un prolétariat de substitution, sont par exemple le Bondy blog, ou le site Médiapart ». Enfin, poursuit-il, excuser le terrorisme, comme le fait de manière incompréhensible le pape lui-même, est une position consternante, et surtout contre-productive car la meilleure façon de renforcer la violence, c’est de ne pas la dénoncer (i24news, 24 septembre 2017, émission  »Elie sans interdit »).

Du national-socialisme, on connaît d’autre part, les liens incontestables entre les Arabes et Hitler, liens dont la figure tristement célèbre reste celle du Grand Mufti de Jérusalem, Amine al-Husseini. On connaît moins la réelle admiration d’Hitler lui-même pour les solutions radicales de l’islam, en particulier à l’égard des Juifs.

D’ailleurs, certains adeptes antisionistes n’appellent-ils pas ouvertement aujourd’hui encore à  »terminer le travail » contre le peuple d’Israël ?

On connaît enfin la dangereuse « banalisation des thèses négationnistes en terre arabo-islamique » (‘Del Valle, opus cit. p. 292). Les grands classiques de la haine anti-juive comme Le Protocole des Sages de Sion et Mein Kampf y sont toujours des best sellers. On sait qu’ils font aussi partie des lectures favorites de l’UOIF en France.

L’ennemi n’est pas seulement celui qui tient l’arme et tue. L’ennemi est aussi celui qui le pousse à le faire. Les barbus de la gauche bien-pensante sont les complices de la barbarie.

De même, la volonté de déshumaniser l’Autre pour mieux le détruire, en commençant par l’identifier aux  »singes et aux porcs »,  est un moyen redoutablement efficace pour recourir, sans cas de conscience, à cette barbarie.

Le fanatisme sanguinaire de l’islamisme radical provoque « un effet de contagion et d’identification » (Del Valle, p. 201) auprès de musulmans de tous ages et conditions, auto-endoctrinés, qui n’hésitent plus à passer à l’acte. Les attaques au couteau, à la voiture bélier, à mains nues et même à l’acide, se multiplient en Europe, y compris en France.

Les fichés S et autres criminels de droit commun ont fait place à n’importe quel ‘volontaire à la démence » qui peut surgir au prochain coin de rue. Outre les attentats de masse, comme à Nice le 14 juillet 2016 (86 morts, 450 blessés), ou celui de Berlin (19 décembre 2016, 12 morts, 48 blessés), de Londres (le 22 mars 2017, 8 morts, une cinquantaine de blessés), de Stockholm (le 7 avril 2017, 5 morts, une quinzaine de blessés), de Barcelone et de Cambrils (13 morts, une centaine de blessés), les attentats islamistes low cost ne manquent pas, chacun en a des dizaines en tête.

Qualifiés le plus souvent de déséquilibrés, occasionnellement de terroristes, les djihadistes professionnels et amateurs ne sont plus islamistes dans la bouche de celui-ci ou de cette autre, que par déduction inaudible au détour malencontreux d’une phrase de passage ou d’une évocation abstraite. Le silence des journalistes et des élus tue. Impuissante et muette, l’opinion publique laisse faire.

Vous n’aurez pas ma haine ?

Alors, vous aurez ma vie !

L’impunité ouvre la voie à une défaite morale sans précédent. « C’est la non-violence absolue des majorités qui ouvre la voie à la violence des minorités » (Gabriel Martinez-Gros, opus cit.).

Dans la société française aujourd’hui, on ne peut nier qu’une certaine fascination s’exerce à l’égard de ces criminels sans (autre) foi ni loi (que la leur) qui passeraient presque pour des héros. Quelle ne fut pas mon horreur un jour en salle des profs, d’entendre une de mes collègues de français souhaiter étudier en classe la « dimension romantique » des djihadistes en Europe ! Est-ce désormais dans la poubelle qu’il faut retrouver les poèmes de Novalis et les récits de Chateaubriand ?

Inconnu, étrange, incompréhensible, l’ennemi intrigue, et même fascine.

Que penser de la pièce de Mohamed Kacimi jouée à Avignon le 11 juillet dernier intitulée ’’Moi, la mort, je l’aime, comme vous aimez la vie’’ ? « J’ai conçu la pièce comme une fouille archéologique » se justifie l’auteur. Car, dit-il, « La figure de Merah cristallise à elle seule toute les haines et les épouvantes de la société française: Arabe-musulman-algérien-beur-délinquant-racaille-tueur d’enfants juifs, assassin de soldats ». (L’Express, 22 juillet 2017). Ainsi, la ‘’faute originelle’’ qui expliquerait l’acte criminel et barbare proviendrait de la société française elle-même, des peurs et des rejets qu’elle produit. Rappelons, (est-ce un hasard ?) que le même auteur excusait les propos anti-Charlie hebdo des lycéens de banlieue en prétextant « la triste vérité d’une génération de gamins largués, marginalisés, méprisés qui ne croient plus rien de ce qu’on leur dit et qui crachent comme ils peuvent sur une République qui ne les reconnait pas.» (Figaro, 30 janvier 2015). Nausée.

La radicalisation assassine de ces enfants mal aimés qui se vengent ne serait donc qu’une regrettable maladie sociétale dont la seule issue serait l’introspection nécessaire … de la part des assassinés eux-mêmes, comme de leurs proches et leurs familles invités à se repentir dans le recueillement et l’amour du prochain au milieu des bougies, des prières et des pleurs.

Le pire, c’est que le processus mortifère de l’impuissance et du ressentiment fonctionne à plein régime : « Vous n’aurez pas ma haine » est la formule magique qui guérit les blessures et fait tomber les armes.

Céline Pina écrivait dans son blog : « Les associations proches des Frères musulmans, comme Lallab et Coexist, pourront continuer à faire de la propagande dans les écoles, (…) des colloques d’islamistes [continueront la] diffusion de leur propagande, on ne fermera toujours pas les mosquées salafistes, [les hommes refuseront ] de serrer la main aux femmes ou de conduire un bus [après elles]. » (article du 2 octobre 2017).

Ces derniers jours, deux salles de prières musulmanes à Sartrouville (Yvelines) et à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), ont fermé leurs portes à la demande de l’État pour « apologie du terrorisme ». 17 lieux de culte musulman ont fait l’objet de fermeture administrative temporaire. Moins de la moitié était encore fermée fin septembre. La loi de la sécurité intérieure prévoit (chapitre VII, Art. L227-1) que ces mêmes mosquées qui diffusent une idéologie de haine ne pourront être fermées au-delà de six mois … maximum.

« Ainsi, les 147 mosquées dites tablighi (c’est à dire dédiées à la ré-islamisation internationale) et les 120 mosquées salafistes pourront rester ouvertes, de même que les 200 mosquées de l’UOIF » (Observatoire de l’islamisation, 4 octobre 2017, Assemblée Nationale, loi de sécurité intérieure).

Qui est l’ennemi ? L’autre, qui me déteste et me tue ? Ou moi-même qui l’ignore, et parfois lui souris ? Vous n’aurez pas ma haine ? Alors, vous aurez ma vie.

Jean-Paul Fhima







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  • One thought on “Qui est l’ennemi ? par Jean-Paul Fhima

    1. Laurence Salmon

      au singe au porc , à la sale pute , sale juive , à la violente , à la terroriste , à la voleuse , à la chienne etc ….

      vous en voulez encore ???

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