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Procès Merah: témoignage d’un témoin oculaire et compassion du bout des lèvres d’Abdelkader Merah


Procès Merah: témoignage d’un témoin oculaire et compassion du bout des lèvres d’Abdelkader Merah

Devant Yacov S., bénévole à l’école Ozar Hatorah, et son récit glaçant de la tuerie de l’école juive, Abdelkader Merah exprime pour la première fois de la tristesse et des regrets.

Une toile de silence a recouvert la salle d’audience, soudain muette, figée. Il y a quelques instants, un énième incident avait eu lieu entre Eric Dupond-Moretti et Franck Zientara, le président du tribunal, autour de la déposition d’un expert informatique. L’avocat star qui défend Abdelkader Merah vitupérait de plus belle : « Mais laissez-moi parler, laissez-moi parler ! », on ne savait même plus pourquoi le ton était monté, qui engueulait qui et pourquoi. Il y a eu tant d’esclandres depuis le début du procès qu’on a arrêté de les compter. Sauf que cette fois, il était impossible de ne pas voir le fils de Latifa Ibn Ziaten se lever, partir de la salle, en disant très fort : « Spectacle ! »

Le silence s’est fait et on a compris, en voyant s’avancer à la barre Yacov S., kippa sur la tête, que ce n’était plus le moment des éclats et du grand cirque des escarmouches entre avocats. Tel un boxeur quittant le ring, Dupond-Moretti s’est d’ailleurs esquivé pendant la déposition du rescapé de la tuerie, comme pour lui laisser la place : le bénévole de l’école Ozar Hatorah, resté silencieux sur le banc des parties civiles pendant ces dix jours de procès, avait la lourde tâche de raconter le massacre de l’école juive, lui sur qui Mohamed Merah a également tiré, le manquant de quelques centimètres.

Econome en paroles, Yacov S. s’arrête souvent, réfléchit, cherche le mot juste, et ces longs silences qui s’étirent, où planent le sourire de Jonathan Sandler et de ses deux fils,ou celui rayonnant de la petite Myriam Monsonego, sont comme une boule compacte d’émotion contenue, tendue, sur le fil.

« Il était 7h55 quand je suis arrivé à l’école pour la prière. J’étais dans la camionnette qu’on m’avait prêtée, j’ai vu Jonathan Sandler avec ses fils, je l’ai salué, et puis j’ai vu l’homme casqué devant lui. Jonathan Sandler s’agitait, il faisait des mouvements circulaires, je ne comprenais pas ce qui se passait.

Et puis je vois l’homme sortir un revolver, il tire sur ‘Rav’ Sandler, puis sur son fils à droite, puis sur son autre fils derrière, et puis, deux mètres après, je le vois tirer sur la fille du directeur, la petite Myriam Monsonego. Ensuite, il tire en l’air. Puis, je le vois continuer à tirer sur des corps par terre. »

La voix est blanche, elle ne défaille pas. Elle décrit la stupéfaction devant le tireur :

« Je ressentais la haine, palpable. Ce n’était pas des tirs au hasard, c’était comme une exécution. C’était précis, net. »

Les silences se font néanmoins plus pesants quand Yacov S. évoque ce sentiment de culpabilité qui le taraude : « J’aurais peut-être dû réagir, faire quelque chose, les sauver. »

« Les chaussons de danse sont tombés »

Yacov S. a revécu tellement de fois la scène. Alors quand les avocats des parties civiles lui posent les questions, avec une voix très douce, comme s’ils avaient peur de le casser, il répond. L’horaire, d’abord. C’est à 8 heures que les élèves arrivent, pour la prière. Myriam Monsonégo, Gabriel et Arieh Sandler n’étaient pas écoliers à Ozar Hatorah, qui est un collège-lycée, mais à Gan Rachi, une autre école primaire du quartier. « Myriam, elle attendait juste qu’on la conduise à l’école. Quelques minutes. » Une avocate de la famille Monsonégo lui demande de revenir encore, plus précisément, sur les derniers instants de la petite.

« Myriam a voulu fuir, elle a trébuché sur son cartable, et dans le cartable, il y avait son tutu et ses chaussons de danse, c’est cela ?
– Elle a commencé à courir, le cartable est tombé, il s’est ouvert, les chaussons de danse sont tombés, elle s’est penchée pour ramasser, je crois, et puis il l’a rattrapée, et il a tiré, à bout portant. »

Yacov revient aussi longuement sur « Rav » Sandler. « Rav », ce mot affectueux de respect : « On l’appelait Rav Sandler, car c’est quelqu’un qui aimait transmettre, son savoir, sa religion, son amour. C’est une famille qui était pleine d’amour. »

Aujourd’hui, autour de l’école Ozar Hatorah, rappelle un avocat, il y a un mur d’enceinte qui a été surélevé et aussi des fils barbelés.

« J’ai été choqué de voir les barbelés. Je sais que l’école est obligée de faire ça, pour la sécurité, mais, oui, ça me choque qu’on soit obligés d’enfermer nos enfants. On avait fait un voyage en Pologne avec les classes de première. On avait vu les camps. Et forcément, quand j’ai vu les fils barbelés… Je me suis dit, ‘ça y est, ça recommence’. »

L’avocat des parties civiles insiste sur un détail, le fait qu’au départ, en voyant Jonathan Sandler alpagué par l’homme au casque, Yacov S. se dit que Sandler « doit se faire insulter, un truc habituel de ce genre ».

« Ça veut dire que c’est habituel, les insultes ?
– C’est courant. Quand j’ai vu Jonathan Sandler face à l’homme, je me suis dit que c’était ça, quelqu’un qui venait le chercher, l’insulter, Jonathan Sandler faisait des gestes, il argumentait contre l’homme, il réagissait comme j’aurais réagi.
– Mais ça veut dire que les insultes, les injures, les menaces, c’est habituel ? En gros, ce qui était inhabituel ce matin là, c’était le sang, c’est cela ?
– Oui, maître. »

Une autre avocate s’interroge :

« Mais vous qui êtes croyant, qu’est-ce que vous éprouvez face à cette horreur, et cette haine ?

Le silence de Yacov S. se fait alors interminable. Assourdissant.

« C’est difficile de répondre. Très difficile. Je dirais, en tant que croyant, qu’il ne peut y avoir de haine. Il n’y a que de l’incompréhension. »

Les regrets d’Abdelkader Merah « de croyant à croyant »

Dans le box des accusés, Abdelkader Merah a tout écouté. Attentivement.

Un avocat l’interpelle.

« Maintenant que vous avez écouté le récit de ce qui s’est passé, j’ai une seule question : ressentez vous de la honte par rapport aux actes de votre frère ? »

Dans le box, Abdelkader Merah s’éclaircit la gorge, ôte ses lunettes, il est mal à l’aise, dit même qu’il est « ému ».

« J’ai du mal à m’exprimer à cause de l’émotion. Quand j’ai écouté Monsieur S., j’avais le cœur serré. Oui, je ressens de la tristesse. Et ça je ne le dis ni aux juges ni aux journalistes de la salle. Non, je le dis à Monsieur S. qui est un homme pieux. Je lui dis de croyant à croyant, parce qu’on croit au même prophète, on est finalement aussi des frères de religion qu’on soit juifs, chrétiens ou musulmans. Je suis triste qu’ils se soient entretués. »

« Entretués » ? A croire qu’Abdelkader Merah oublie qu’il n’y a pas eu de tirs de part et d’autre, mais bien un seul tueur.

L’avocat insiste :

« Pardon, mais votre tristesse, elle ne m’intéresse pas, je vous demande si vous avez honte ?
– J’ai de la tristesse, des regrets et de la honte. Oui, je condamne les actes de mon frère. On a des sentiments quand un animal est tué, alors quand il s’agit d’êtres humains, bien sûr, qu’on ne peut que ressentir cette souffrance. »

Olivier Morice, avocat des parties civiles, qui l’avait apostrophé la semaine dernière en lui reprochant de « ne pas avoir eu un seul mot sur les victimes », enchaîne :

« Vous vous rendez compte que c’est la première fois que vous exprimez une once de regret ? Alors que jamais vous n’avez dit quoi que ce soit de ce genre pendant la procédure ? Qu’est-ce qui vous a fait évoluer ?
– En prison, j’ai lu les livres des victimes, d’Albert Chennouf, ou Latifa Ibn Ziaten. Je suis triste, je compatis pour eux. Quand je les vois là, les frères d’Imad Ibn Ziaten, les sœurs de Legouad, j’essaie de leur montrer que je comprends, juste avec le regard. Quand je vois Madame Ibn Ziaten ou Madame Legouad, c’est comme ma mère. Madame Legouad, elle est toute fatiguée, j’invoque Allah pour qu’il la protège. »

Dans la salle, il n’y a ni la famille Legouad ni la famille Ibn Ziaten pour réagir.

Naïma Rudloff, avocate générale, se lève. Elle est ulcérée par l’insistance qu’a eue Abdelkader Merah à parler d’une affaire « de croyant à croyant ».

« Vous êtes ici dans un tribunal. Il n’y a pas de liens de croyant à croyant, de frère de religion à frère de religion. Vous êtes ici car le lien qu’on vous impute, ce n’est ni le lien de sang ni le lien de religion, mais un lien juridique : la complicité avec votre frère. »

Elle se tourne alors vers Yacov S. Oh, elle ne veut pas vraiment lui redemander d’autres précisions. Elle a juste envie de lui faire savoir quelque chose :

« Monsieur S., vous avez conscience que votre arrivée en camion a distrait le tueur ? Si vous n’aviez pas été là, s’il n’avait pas tiré sur vous, heureusement il vous a raté, il serait rentré dans l’école, et là, il y avait 200 élèves rassemblés. Monsieur S., il faut en être conscient : votre présence a empêché un massacre. »

Il ne répond rien. Et on se dit que ce procès hanté par les fantômes et les absents, qui semble parfois acrobatique, puisque l’homme qu’on voudrait voir à la barre est mort, a au moins cette vertu-là : tenter de réparer les vivants.

Source: Nvelobs





Journaliste franco-israélien spécialisé dans la psychologie et la communication politique depuis 2003.



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  • 6 thoughts on “Procès Merah: témoignage d’un témoin oculaire et compassion du bout des lèvres d’Abdelkader Merah

    1. Rhodendron

      Désolée, il faut passer de l’incompréhension passive à la haine active.
      Il me semble, mais je ne peux pas être juge de cette attitude, je n’en ai pas le droit car je ne suis pas juive, il me semble donc que beaucoup de juifs très croyants amenés dans les camps avec leur famille se sont soumis dans l’incompréhension. Certes , d’autres se sont révoltés mais finalement trop tard.
      Il n’y a a rien à comprendre dans la haine raciste ou religieuse. Il me semble que l’attitude de la majorité des Israëliens est la bonne : faire front, se battre, rendre les coups et ne pas plier. Quand je parle de haine active à opposer à la haine raciste, je veux dire ceci : »tu veux ma mort, tu me tues  » alors je te condamne sans appel car tu es passé à l’acte » Puisque tu as décidé de t »exclure toi-même de genre humain et que tes raisons sont totalement inacceptables, j’ai de la haine à ton égard car on ne peut que haïr le Mal  » au nom de l’Humanité.

    2. Wars

      Je dis toujours la vérité aucune pression ne peux être dite contre moi si je blesse je m’en fou elle sera dite lucwars

    3. Armand Maruani

      Dupont Moretti a pris la place de Jacques Verges avec plus de talent .

      C’est lui qui a conseillé au frère de Merdah le criminel de faire amende honorable . Son seul but est de  » limiter la casse  » pour son client .

      Devant ses juges Abdelkader Merdah est prêt à vendre son âme .

      Décidément la lâcheté et le crime sont dans l’ADN de cette famille

    4. tavor

      mamie jihad … à les écouter ça la rendrait presque sympathique la pauvre …
      On fait une tribune beaucoup trop importante à des monstres mais on oublie trop vite les victimes tout en victimisant les coupables : voilà la réalité en France ! et cela n’ira pas en s’arrangeant malheureusement.

    5. Pinhas

      En effet tavor . Et pourquoi pas mamie nova pendant qu’ils y sont !

      Cette saloperie de chauve souris vampire devrait être empalée afin qu’elle ne suce plus la cervelle des cons .

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