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En dix ans le Hamas a fait de Gaza un mini califat digne de l’Etat islamique


En dix ans le Hamas a fait de Gaza un mini califat digne de l’Etat islamique

 Dix ans après son coup de force, le mouvement islamiste est plus que jamais isolé sur la scène internationale. Il continue à régner en maître sur son territoire et y impose sa vision intégriste de l’islam.

Le 15 juin 2007, la Force exécutive, milice créée par le Hamas, mène un violent coup d’État contre le Fatah. Dès lors, le mouvement islamiste palestinien prend les rênes à Gaza, réitère sa volonté de détruire l’État d’Israël et refuse d’abandonner la lutte armée. En conséquence, la communauté internationale lui impose une quarantaine diplomatique. La chute des Frères musulmans en Égypte, dont le Hamas est une émanation historique, et le divorce avec le régime de Damas ont renforcé son isolement sur la scène internationale.

La toute récente décision prise par l’Arabie saoudite et ses alliés de rompre leurs relations diplomatiques avec Doha ne peut que fragiliser davantage le Hamas. Le riche émirat gazier est le plus grand bailleur de fonds des Frères musulmans parmi les pays du Moyen-Orient et d’Europe. Il n’a jamais caché sa préférence pour les islamistes palestiniens, au grand dam de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne.

Une évolution tactique et sémantique du Hamas

Pour sortir de son isolement international, le Hamas a adopté, en mai dernier, un document intitulé “Des principes généraux et de la politique”. Ce texte évoque du bout des lèvres un « État palestinien dans les frontières de 1967 », passe sous silence le rattachement historique du mouvement à la confrérie des Frères musulmans et gomme les références à l’antisémitisme apocalyptique qui saturent sa charte fondatrice de 1988.

Une lecture attentive des 42 articles du nouveau manifeste ne laisse cependant planer aucun doute sur la réalité de l’évolution du Hamas. Elle est essentiellement tactique et sémantique. Les mentions de la « lutte armée » et du « djihad » contre l’État juif y demeurent. Israël y est notamment qualifié d’« entité illégitime et illégale ». Sur le fond, le Hamas ne renonce donc pas à ses positions maximalistes. Sa stratégie demeure inchangée : la destruction de l’État d’Israël et l’instauration en lieu et place d’un État islamique. L’adoption de ce document obéit en fait à un double objectif : le Hamas entend rompre son isolement diplomatique et s’imposer sur la scène politique palestinienne aux dépens du Fatah en adoptant une posture “pragmatique”. Cette manoeuvre n’a pas convaincu les Occidentaux qui ont récemment maintenu le Hamas sur la liste des organisations terroristes. Mais elle s’adresse en réalité principalement à l’Égypte voisine.

En cessant de revendiquer officiellement son appartenance à la confrérie dont il est pourtant issu, le Hamas espère en effet desserrer l’étau du blocus que l’Égypte impose à la bande de Gaza conjointement avec Israël. Ce virage tactique pourrait cependant ne pas suffire. Le Caire accuse régulièrement le Hamas d’apporter un soutien logistique, financier et militaire à l’organisation djihadiste Wilayat Sinaï (“Province du Sinaï”). Cette dernière a fait allégeance à l’État islamique en novembre 2014. Elle commet régulièrement des attaques contre les soldats égyptiens et cible tout particulièrement la minorité chrétienne. Elle a revendiqué plusieurs attentats contre des églises coptes qui ont fait 45 morts dans le nord du pays en avril dernier, dont de nombreux enfants. Or de hauts responsables de la branche militaire du Hamas ont formé, entraîné et fourni des armes aux djihadistes de la Wilayat Sinaï. Par ailleurs, des centaines d’entre eux ont été soignés à Gaza.

Régime autoritaire et islamisation

Cette coopération clandestine a aggravé les tensions avec Le Caire, dont les forces armées détruisent à intervalles réguliers les tunnels utilisés par le Hamas pour faire passer des combattants et des armes entre l’Égypte et l’enclave côtière. La destruction de ces tunnels a obligé l’organisation à revoir sa stratégie. Le président égyptien ne lui fera cependant aucun cadeau. Il exige l’arrêt total de la fourniture d’armes à la Wilayat Sinaï et des garanties sur la sécurisation de la frontière égypto-gazaouie en échange d’un allégement du blocus.

Sur le front intérieur, la réconciliation est au point mort. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a récemment entamé un bras de fer avec le Hamas. Il a annoncé qu’il refuserait désormais de payer les factures d’électricité de la bande côtière. Ramallah accuse le Hamas de détourner à son profit les millions d’euros payés par les consommateurs gazaouis. Le Hamas reproche quant à lui à Ramallah de lever des taxes abusives sur les livraisons de fuel nécessaires au fonctionnement de la centrale électrique de Gaza. Les conséquences de cette crise énergétique sont graves et pèsent sur les hôpitaux, les services d’assainissement et d’eau potable. Ces luttes intestines entre les deux factions rivales palestiniennes prennent en otage la population et renforcent la division géographique, politique et idéologique entre Gaza et la Cisjordanie.

Sur son territoire, le Hamas a instauré un régime autoritaire de parti unique. La presse est bâillonnée, les activistes du Fatah pourchassés et la population civile soumise à une étroite surveillance. Depuis qu’il gouverne d’une main de fer l’enclave palestinienne, le Hamas a interdit la mixité dans tous les établissements scolaires. Cette séparation s’est étendue aux écoles privées, souvent chrétiennes. La police des moeurs veille. Elle traque sans relâche les “chevelures indécentes” et n’hésite pas à raser de force les jeunes hommes qui contreviendraient à la “loi islamique”. Le Hamas impose également un code vestimentaire strict en accord avec son interprétation rigoriste de la charia. Le port du hidjab pour les femmes est obligatoire à l’université, les lycéennes et les avocates doivent quant à elles porter le jilbab, une longue robe qui cache les formes du corps. Cette islamisation à marche forcée s’explique également par la pression sociale exercée par les groupes salafistes qui pullulent dans la bande de Gaza et avec lesquels le Hamas entretient des relations ambiguës. Ces groupes réclament une application encore plus extrémiste de la charia…

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Journaliste canadien indépendant. Spécialiste des questions sur l'islamisme, le terrorisme, la géopolitique, et sur le conflit Israélo-arabe.



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