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Israël ratera-t-il l’Alya des Juifs de France ? Par Shmuel Trigano


Israël ratera-t-il l’Alya des Juifs de France ? Par Shmuel Trigano

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L’Etat d’Israël est-il intéressé à une alya de France? Celle ci connaît une baisse significative après avoir connu une croissance rapide. Dans ce bilan, il ne faut pas négliger l’échec d’un tiers, semble-t-il, des olim qui retournent en France parfois dans des situations catastrophiques, après y avoir liquidé biens et logement. Les récits de leur échec circulent déjà parmi de potentiels candidats à l’alyia… Si l’on met à part les erreurs d’appréciation, imputables aux olim, sur la nature même de l’expérience que représente l’alyia, une véritable question reste néanmoins posée au gouvernement israélien et à un ministère de l’intégration qui pourrait être plus sensible à l’immigration ukrainienne et russe qu’à l’immigration française.

Car cette immigration a une spécifité notable. Ce n’est pas une immigration de détresse mais de classes moyennes venant d’un pays parmi les plus développés et cultivés du monde. C’est une immigration qui a derrière elle une brillante histoire intellectuelle, celle qu’a illustré l’Ecole de pensée juive de Paris, née au lendemain de la deuxième guerre mondiale. C’est une immigration majoritairement sépharade qui a la mémoire de l’échec d’Israël  à lui faire une place qui n’équivaudrait pas à une régression dans les années 1950-1960. C’est une immigration qui a une tradition très forte d’amour d’Israël, d’assomption du judaïsme, de la fierté d’être juif et convaincue de l’existence d’un peuple juif (sinon pourquoi pas Miami ou l’Australie?). C’est une immigration dont le modèle culturel est très différent du modèle anglo-saxon ou est-européen, tant au niveau politique que culturel.

Ces quelques caractéristiques soulignent combien erronée est la compréhension de cette aliya qui a cours dans les médias et les institutions israéliennes. Les Juifs de France ne fuient pas l’antisémitisme. Si tel était le cas pourquoi leur alyia aurait-elle considérablement diminué? Ils quittent la France parce que le modèle d’identité juive qui était le leur n’est plus porté par la société française, elle même en crise profonde tant sur le plan de l’autorité de l’Etat, du régime politique que de son identité. Ils quittent la France parce que longtemps le pouvoir d’Etat a dénié le danger qui les menace et les a abandonnés sur le terrain. Ils quittent la France parce que le sionisme et l’Etat d’Israël y sont devenus l’objet d’une déligitimation profonde, parce que l’idée même de « communauté  » est devenue contestable, parce qu’ils n’ont plus que le choix de redevenir des « Israélites »,  des Juifs cachés, parce que les Frères Musulmans sont devenus les interlocuteurs officiels de l’Etat. Parce qu’ils pensent spontanément qu’Israël est la patrie d’un peuple juif et que sa cause est plus que légitime face à ses ennemis, parce que leur histoire porte aussi un contentieux considérable avec un monde arabo-musulman d’où ils ont été chassés et où ils ont été spoliés massivement et dans l’indifférence mondiale, entre 1940 et 1970,

Si Israël ne veut pas perdre cette alyia, si importante pour lui déjà  sur le plan démographique, si très peu peuvent comprendre ce que serait son apport sur le plan du judaïsme et de la pensée et avant tout de l’existence collective, il faut que le gouvernement soit capable de mettre sur pied un plan global et national  pour l’intégrer et qu’elle ne reste pas dans les marges de la société israélienne.

Le principal problème, très concret, concerne l’appartenance des olim à la petite et moyenne bourgeoisies. Cette population est naturellemnt attirée par les zones géographiques qui sont celles de la classe moyenne israélienne, le Goush Dan, là où la crise du logement atteint des proportions considérables. Personne ne peut plus acheter dorénavant un appartement à des prix aussi prohibitifs, ni s’installer dans un système où il n’y a aucune défense des locataires, où chaque année votre propriétaire peut vous mettre à la porte ou augmenter de façon immodérée votre loyer. Ce sont des mœurs rudes pour des familles, des mœurs qui ne les encouragent pas à se former même. Une véritable jungle. C’est le problème qui agite aussi les jeunes couples israéliens, un problème grave pour un pays qui a pour vocation de développer sa population et d’accueillir l’immigration juive du monde entier. Le plus acablant c’est que l’opinion accuse les Juifs de Francede  provoquer cette augmentation folle du coût de l’immobilier.

Le deuxième problème relève des mœurs civiles: ouvrir un compte en banque est devenu une épreuve. Les banques sont devenues de véritables instances policières pratiquant un soupçon de principe envers les olim auxquels elles donnent le sentiment d’être des voleurs contre lesquels elles devraient se prémunir.

Le troisième problème concerne la vie professionnelle et économique. Les professions libérales ont le plus grand mal à se faire reconnaître une équivalence comme si la France était par rapport à Israël un pays arriéré à l’instar des pays de l’Est ou de l’Ethiopie, alors que c’est le corporatisme des professionnels israéliens qui est en jeu. Les critères de référence d’Israël sont anglo-saxons, mais il y a aussi d’autres cultures dans le monde qui ne sont en rien inférieures à celle des Etats-Unis. La question de l’avenir professionnel que le marché israélien du travail a à proposer à des jeunes sortant de l’université ou sans profession, en dehors du High Tech et des Call centers, constitue aussi un sérieux problème auquel un gouvernement à la hauteur de sa tâche devrait se confronter… Les difficultés de cette génération trouve aussi une expression parmi les Jeunes célibataires « laïcs »  israéliens, comme l’a montré le sondage de Massa Israël: 36% d’entre eux préféreraient quitter le pays.

Enfin il y a un problème « de luxe » par rapport à ces graves problèmes, celui de l’apport intellectuel juif du judaïsme français. Il est radicalement méconnu que ce soit à l’Université , dans l’intelligentsia, comme dans le domaine de la pensée juive. Aucun lieu ni institution, ni aucune chaire ne lui sont consacrées. Ses livres ne sont pas traduits. C’est une terrible perte intellectuelle pour le peuple juif et sa mémoire.

Il y a en France entre 450 000 et 500 000 Juifs. Si Israël est intéressé par eux, c’est maintenant ou jamais. Dans ce choix, le gouvernement engage aussi la crédibilté d’une société israélienne dont la vocation était le sionisme, encourageant l’alya et animée du souci de la restauration du peuple juif, de l’affirmation de sa présence au monde.

L’enjeu de l’alyia des Juifs de France rejoint l’enjeu décisif de l’avenir d’Israël et c’est à cet avenir qu’ils peuvent apporter une contribution existentielle dans ses dimensions sociales et intellectuelles.

Prof. Shmuel Trigano, professeur émérite de la Sorbonne, directeur de Dialogia

Max Benhamou et Shmuel Trigano ont récemment créé une association qui a pour but de créer un pont intellectuel entre l’alyia de France et la société et l’identité israélienne







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  • 8 thoughts on “Israël ratera-t-il l’Alya des Juifs de France ? Par Shmuel Trigano

    1. Hector

      Enfin un sujet qui pourfend un tabou bien trop profond dans la société israélienne.
      Les mentalités sont trop profondément ancrées dans des archaïsmes (israel en a comme toutes les sociétés, sauf que les autres sociétés savent le reconnaître) et les israéliens ( les discriminés comme ceux qui en profitent ) ne sont pas près à lutter pour les faire sauter. Il ne faudra pas moins de plusieurs générations pour espérer un changement donc en attendant, franchement, c’est le cœur désolé que j’affirme qu’un sépharade ( surtout s’il assume son origine et ses compétences) n’a rien à gagner à vivre en Israël. Il risque de souffrir une véritable dévalorisation de sa personne et bien entendu de ses possibilités économiques.

    2. abraham ifrah

      Le ministere de l integration tres largement infiltre par le loby Russe , obstructione volontairement la Alya Francaise , par une tactique simple de reglements internes defavorisants , ou encore plus simplement le grugement de droits existants .
      L agence Juive est infiltree par des groupes chretien internationaux . Dans un but d assimilation par le nombre elle favorise l imigration de non Juif et freine celle de Juifs authentiques origineres d Europe ou d Amerique .
      Les memes phenomenes se retrouvent dans de nombreuse administrations .
      La solution est dans le groupement des candidatures , l aide indispensable de traducteurs doublee d une tutele juridique .
      Il n y a pas de plus beau projet que la Alya , c est un epanouissement de tous les instants .
      Il faut instruire les Olims a la Tora d Israel car ce sy trouvent les fondements de notre reussite .

    3. Hector

      C’est ce que je dis, le lobby russef a bien plus de « poids » par préjugés que celui qui résulterait d’un lobby sepharade. C’est trop profond. Inutile de se le cacher

    4. Hector

      Il faut aussi reconnaître que les sépharades sont malheurseusement incapables de s’organiser pour défendre des intérêts communs, même si c’est au détriment de leurs enfants. Ils n’ont pas même pour la majorité conscience de cette discrimination. Ce manque de lucidité les distingue sans doute d’un lobby russe.

    5. Marc

      Pour ma part j’ai compris hélas depuis quelques années que l’alya pour moi n’est pas une solution.
      Pour un juif séfarade Francais réussir son alya implique deux atouts majeurs
      être très a l’aise financièrement pour faire face au problème du logement entre autre (et/ou) être jeune de manière a suivre un cursus scolaire et ainsi s’intégrer a la société Israélienne et bien sur et surtout faire son service militaire dans l’armée Israélienne.
      Je ne possède aucun de ces atouts, j’appartiens a la petite classe moyenne en cours de déclassement et je viens d’avoir 59 ans.
      Donc ma place est ici en France, j’espère ne pas avoir a me battre physiquement pour défendre mon identité juive mais si il le faut je suis prêt

    6. MK

      ISRAËL est devenu complètement prohibitif au niveau des prix de l’immobilier et de la vie courante.
      Je pensais vraiment faire mon Alyah, j’ai étudié 3 ans dans un OULPAN pour cela.
      Malheureusement je me suis faite voler 100 000 € entre-temps par un Juif de la Communauté que je fréquentais et malgré 4 condamnations à son actif, il refuse toujours de rembourser et s’est rendu insolvable.
      Bref, la chute de l’Euro de 20 % par rapport au Shekel, la baisse des prix de l’immobilier en FRANCE de 30 % plus cet argent que je me suis faite voler, et la multiplication des prix de l’immobilier par 3 en 10 ans en ISRAËL font que, malheureusement mon Alyah ne peut se faire.
      L’Amour d’ISRAËL, l’apprentissage de la langue et le Sionisme et la volonté de le faire ne sont plus les seules conditions pour faire son Alyah. Aujourd’hui, il faut en plus avoir de l’argent, voire beaucoup d’argent pour prétendre faire cet Alyah !
      Cela ne devrait pas exister. Tout Juif le désirant réellement devrait pouvoir faire son Alyah et ce quel que soit le montant qu’il a à son actif.
      Dommage, j’aimais bien ISRAËL !

    7. elisheva

      Le probleme est que les juifs de France sont de plus en plus decales par rapport a Israel et plus ils tardent a monter et plus ils auront de problemes.Le probleme du logement est a lui seul une barriere pour les juifs qui arrivent sans apport.Et le temps passe en France les conforte dans leur vision des choses.Le choc est terrible.Aujourd’hui meme j’ai du me confronter a une francaise idiote qui a fait une crise car dans la salle de bains il n’y a pas de prise electrique et comment va t elle faire ses brushings.Oui oui veridique. La mentalite d’assiste social est de plus en plus dure a s’effacer alors qu’on reste le plus en France au lieu de venir jeune.Pour moi ces juifs sont perdus a 50% pour Israel.Ils partiront pour le Canada,l’australie,la floride pensant que la bas c’est mieux qu’Israel.Oui oui j’en connais.Ajoutez a cela la plaie des mariages mixtes ou le non juif acceptera de partir n’importe ou SAUF en Israel car evidemment il leur est inconcevable de vivre dans un pays juif sans l’etre.J’en connais plusieurs dans ma famille meme. Ceux qui disent qu’ils preferent mourir en France plutot que refaire leur valise et tout abandonner,ceux qui se croient proteges par leurs fonctions ou leurs titres etc…Bref le type meme de l’hebreu qui a prefere mourir en Egypte plutot que de prendre son baluchon pour aller je ne sais ou.L’histoire est entrain de se repeter mais cette fois ci personne ne pourra dire »je ne savais pas que ca se terminerai comme ca »

    8. Elia

      Pour un français tout est devenu pratiquement plus cher qu’en France.
      Sans parler du prix de l’immobilier en spéculation continue depuis des années.

      Mais si vous êtes riche, rien ne vous empêche de faire votre aliah !
      Israël est devenu un pays de riches !

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