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L’Université musulmane de Saint-Denis veut doubler sa capacité d’accueil


L’Université musulmane de Saint-Denis veut doubler sa capacité d’accueil

Comme tous les pays musulmans, la France a elle aussi ses Universités islamiques.

 

Quelques étudiants discutent calmement dans le dédale de couloirs étroits. D’autres se concentrent sur leur copie, dans les salles de classe. Dans la minuscule bibliothèque tapissée d’ouvrages, c’est la même ambiance studieuse. Janvier est une période d’examens à l’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Saint-Denis.

Son nom ne le dit pas, mais l’établissement est l’un des principaux centres de formation musulmans privés en France, et dispense des cours de langue arabe et de théologie à des étudiants post-bac. Il est installé depuis 2001 dans les anciens locaux d’une entreprise de matériel photographique, boulevard de la Libération. Mais les bâtiments, situés entre la gare SNCF et la Seine, sont devenus trop étroits, à en croire Ahmed Jaballah, fondateur de l’Institut (et ancien président de l’Union des organisations islamiques de France).

En quinze ans, souligne-t-il, l’IESH est passé de 180 inscrits à près de 1 500, parmi lesquels de jeunes étudiants, mais aussi un public plus âgé d’imams, de responsables associatifs… La direction de l’établissement veut donc s’agrandir, avec un projet d’extension et de rénovation estimé à plus de 10 M€. D’après Ahmed Jaballah, le futur campus permettrait de doubler la capacité d’accueil. « Nous ne pouvons pas actuellement satisfaire la forte demande d’inscriptions car nous manquons de salles de cours et de bureaux. Notre salle de conférences est trop petite, tout comme notre bibliothèque qui rassemble 17 000 ouvrages », énumère le doyen.

Le projet prévoit la construction de deux nouveaux bâtiments. L’un dédié à l’enseignement, avec un auditorium et un amphithéâtre. Le second, plus petit, pourrait être loué pour des activités tertiaires (bureaux, librairie, salle de sport, centre médical…), et constituer une source de revenus pour l’association gérant l’IESH. Celle-ci indique aujourd’hui s’appuyer principalement sur les frais d’inscription pour couvrir ses dépenses de fonctionnement. Mais elle doit en appeler aux dons pour boucler son budget — une quarantaine de professeurs, salariés, vacataires ou bénévoles travaillent au sein de l’IESH. Mais elle semble optimiste sur sa capacité à financer les travaux à venir.

Aucune demande de permis de construire n’a encore été déposée, même si des discussions ont été amorcées dès 2011 avec les services techniques de la ville, « Des détails techniques restent à régler », indique l’IESH. La municipalité, qui a refusé de répondre à nos sollicitations, a toutefois indiqué ne pas s’opposer à la délivrance du permis de construire si le projet s’il respecte les règles d’urbanisme.

Dans l’immédiat, l’association a acquis un pavillon à La Courneuve, pour y loger quelques étudiants. A Saint-Denis, dans le meilleur des cas, les travaux pourraient démarrer fin 2018. Les premiers visuels laissent entrevoir des bâtiments tout en hauteur, censés pousser au cœur d’un quartier lui-même en pleine rénovation. Ahmed Jaballah défend l’idée d’un lieu « ouvert sur la société civile et son environnement social », « aux Musulmans comme aux non-Musulmans ».

« Je voulais en apprendre plus sur ma religion »Mehdi, 28 ans, étudiant en théologie

Saint-Denis, le 9 janvier. Mehdi, 28 ans, est étudiant en théologie à l’Institut européen des Sciences humaines.(LP/G.B.)

Il y a quelques années, Mehdi avait quitté le lycée sans décrocher le bac. Après avoir obtenu un diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU), le jeune Parisien s’est brièvement frotté à la philosophie sur les bancs de la fac… Mais, explique-t-il, il cherchait réponse à des questions « presque existentielles » : « Comment aider les Musulmans à vivre leur foi en accord avec leur citoyenneté ? Moi, je me sens Français, pas Marocain. Je voulais en apprendre plus sur ma religion, partir sur de bonnes bases, me poser les bonnes questions. » Voilà ce qui a conduit Mehdi, désormais âgé de 28 ans, à s’inscrire à l’IESH.

En deuxième année de théologie, il côtoie Chahinèze, jeune habitante de Gagny. A 21 ans, elle partage sa semaine entre Saint-Denis et Paris, où elle suit des cours d’arabe à l’Inalco (Institut des langues orientales, établissement public), « un peu plus de 40 heures par semaine ! » C’est, à en croire la direction de l’IESH, un parcours classique, celui du « double cursus » : des étudiants, inscrits dans les facs publiques, viennent ici pour apprendre l’arabe et, moins fréquemment, suivre des cours de théologie.

Ceux-ci attirent en général un public plus âgé : « des imams ou des enseignants qui n’ont jamais suivi de formation académique, des femmes au foyer qui suivent les cours du soir », indique Ahmed Jaballah. Ce dernier recense environ 1 500 inscrits au total, qui déboursent de 524 € à 1 480 € selon qu’ils suivent des cours le week-end ou un cursus « intensif ». « On accepte les non-Musulmans. L’an dernier, un prêtre catholique était inscrit en théologie. »

Comment fonctionne l’IESH ?

– Une « université musulmane » ? L’IESH est un établissement privé d’enseignement supérieur. Il n’a aucun lien avec l’université publique, ne touche pas d’argent de l’Etat, et ne peut prétendre délivrer de diplômes nationaux. La loi du 12 juillet 1875 offre à quiconque la possibilité d’ouvrir son établissement, à condition de le déclarer au Rectorat. Ce qu’a fait l’IESH en 2011, auprès du Rectorat de Créteil (auprès duquel il est enregistré sous un numéro d’immatriculation). Il a également dû attester du fait que son directeur des enseignements jouissait de ses droits civiques et n’avait pas été condamné par la justice.

– Que sait-on de ses enseignements ? Comme tout établissement privé supérieur, l’IESH définit librement le contenu de ses cours. La loi ne prévoit pas de contrôle systématique des enseignements, sauf si ceux-ci apparaissent contraires aux bonnes mœurs ou de nature à troubler l’ordre public.

– Qui sont ses dirigeants ? Le fondateur de l’IESH, Ahmed Jaballah, est membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il a même été le président de ce courant politique de l’islam, partie intégrante du Conseil français du culte musulman (CFCM), avec d’autres associations. « Il n’y a aucun lien de subordination entre l’Institut et l’UOIF », tient cependant à souligner Ahmed Jaballah. Didier Leschi, ex-préfet délégué pour l’Egalité des chances en Seine-Saint-Denis et auteur du livre « Misère de l’Islam », note que les cadres de l’UOIF, « très entreprenants », sont « à l’origine de la plupart des établissements privés musulmans existants en France ». Il cite notamment le lycée Averroes, à Lille, sous contrat avec l’Etat.

– D’où vient l’argent ? L’IESH dit fonctionner essentiellement grâce aux frais d’inscriptions de ses étudiants. Pour financer son extension, estimée à 10 M€, Ahmed Jaballah assure ne miser que sur les dons. Des plaquettes disponibles sur présentoirs dans les couloirs de l’IESH, invitent la communauté musulmane à verser son obole, de 10 à 2 200 € (le prix d’un m2). 900 000 € ont déjà été réunis.

Des bailleurs de fonds étrangers ont-ils contribué à cette somme ? C’est une évidence, selon M’Hamed Henniche, président de l’Union des associations musulmanes du 93 : « L’IESH est l’un des rares centres de formation des imams en France, avec la Mosquée de Paris. Les autres se sont arrêtés faute de moyens. L’IESH n’a pu poursuivre ses activités que grâce à l’aide de l’étranger, du Qatar ou du Koweït. » Mais Ahmed Jaballah dément fermement : « Nous n’avons pas reçu d’argent de l’étranger. Si un donateur peut aider le projet, nous ne sommes pas contre. Cela se fera en toute transparence et nous n’accepterons aucune condition. Et nous n’acceptons pas d’argent des Etats, parce qu’il y a toujours une intention derrière. »

G.B. avec F. NI.

 

 

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