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De la kippa à la nationalité israélienne, ou les deux belles gaffes de Madame Le Pen


De la kippa à la nationalité israélienne, ou les deux belles gaffes de Madame Le Pen

OPINION

Marine Le Pen excellerait-elle dans l’art de se fourrer dans le pétrin? Ou quelle différence y a-t-il entre deux engagements électoraux fracassants de cette grande dame de la politique française?

Aucune, serions-nous tentés de répondre. Car non seulement les sorties de la patronne du Front National les plus remarquées se sont attaquées à la communauté juive, mais elles relèvent par extraordinaire d’une motivation, dans les deux cas, démarrant fondamentalement d’une bonne intention.

Le schéma d’un apaisement recherché est simple. Puisque la classe politique en général craint par-dessus tout d’être accusée de faire du favoritisme envers quelque frange de la population que ce soit, surtout s’il s’agit des Juifs, et d’irriter l’ensemble des électeurs, dont notamment une ex-minorité reconnaissable par ses éléments aux nerfs à fleur de peau, peu civils et prêts à tout casser en devenant rapidement les éléments d’une guerre d’émeutes ou civile à sens unique, il convient de prendre les devants et de calmer les esprits.

Donc, pour avoir un maximum de chances de renvoyer l’image d’une personne pondérée, juste et équitable, il faut rassurer. En d’autres termes, on choisira un message qui dit à peu près ceci : «Non, nous n’avons rien contre l’islam ou ses excentricités, nous voulons simplement préserver notre paysage culturel, nos libertés… La preuve, les Juifs, bien que pacifiques, ne bénéficieront d’aucun privilège. Ils n’auront pas plus le droit de porter la kippa que vos épouses le safsari ou la panoplie afghane, ni de détenir la double nationalité française et israélienne.»

Si l’éventualité de l’interdiction de la kippa a été accueillie comme une douche froide, comme un affront essuyé par les Juifs en général, porteurs ou non de kippa, la dernière déclaration est une gaffe de taille. Pourtant, on aurait pu a priori donner raison à la potentielle première dame de France. Pourquoi seuls les citoyens musulmans devraient-ils renoncer à la nationalité de leur pays d’origine? On aurait pu penser qu’il ne s’agit pas d’une question de religion, d’autant que la France est connue pour sa tolérance, pour son respect des cultes en tous genres où elle ne voit qu’un simple attrait culturel, une inclination, tout comme vous pouvez aimer les échecs ou l’équitation, les soirées de bridge ou les récitals de musique classique.

Là où le bât blesse, C’est que cette affirmation considérant la possibilité d’une seconde nationalité des Juifs n’aurait pas fait tant de remous si elle avait inclus l’énumération d’une liste de nationalités, tunisienne, constantinoise, djerbienne, galicienne. La retenue eût été de mise. On se fût dit qu’elle n’a pas tort.

Mais là, elle l’a dit. Le non-dit qui se cache, toujours sous-jacent, a éclaté au grand jour : car tout le monde sait très bien que le Juif est étranger en Europe et partout ailleurs, puisqu’il vient d’Israël. La liste des autres nationalités du Juif de France se résume à un seul nom : Israël…

Et pourtant… Et si madame la candidate n’avait absolument pas eu cette intention? Et si elle se contentait tout simplement de suivre l’actualité des chiffres éloquents de l’alyah de France, et qu’il eût été hors-sujet de parler d’une autre seconde nationalité?

Si c’est le cas, ça tombe plutôt mal, car c’est compter sans les énormes a priori forgés pendant vingt siècles d’expulsions et de persécutions des Juifs sur le sol français. On peut citer au début de cette tradition Childebert 1er, fils du célèbre Clovis, roi des Francs, qui promulgue en 533 de l’ère vulgaire le premier décret connu. S’il n’est pas trop suivi dans les faits, un autre mérovingien, Dagobert, dont il est question dans certaine comptine populaire, les expulse en 633, après avoir vainement cherché à inciter les habitants de la rue de la Juiverie, à Paris, à trahir la foi de leurs pères.

Certes, le pays, plus réduit géographiquement qu’aujourd’hui, avant l’occupation de maintes autres contrées pour lesquelles aucune revendication régionale ne monte au créneau, n’oblige pas les Juifs à trop s’éloigner, et ils reprennent pied entre autres en Provence. Et, bien qu’une trêve se fût ensuivie, les Carolingiens ayant été plus reconnaissants, il va sans dire que l’association des Juifs à une nationalité reliée à leur altneuland, ancienne nouvelle patrie, anciennement palestinienne et aujourd’hui israélienne, remonte très très loin dans les consciences.

Et si, de surcroît, la candidate favorite, du moins dans les sondages, quoique la présidence puisse encore lui filer sous les doigts, est confrontée dans une émission à une animatrice nettement moins cultivée que peut l’être Mme Lepen, son interlocutrice médiatisée lui renvoie tel un miroir reformant la caricature de ses déclarations publiée pourtant dans une bonne intention.

«Puisque les Juifs – israélites ou israéliens quelle différence – sont de toute façon des étrangers et que tout le monde sait qu’en réalité ils viennent d’Israël, pensez-vous qu’il serait temps de les mettre au pied du mur?» lui dit presqu’en filigrane l’animatrice, lui renvoyant comme un boomerang sa déclaration en pleine figure. Le réveil est difficile à encaisser pour une aspirante présidente qui veut de toute évidence surtout ne pas être assimilée à la ligne de propagande du monde arabe qui a dépossédé de leurs biens et de leurs terres un bon million de Juifs, et où la vie est de toute façon à peu près invivable. La connivence et le clin d’œil de la poseuse de questions n’en deviennent que plus insupportables, accrocheuses comme une nasse, et un retrait stratégique s’impose.

«Mais non, bien sûr. Il n’est pas question de faire subir aux Juifs ce qu’ils ont subi de l’autre côté de la méditerranée, ou dans toutes sortes de pays totalitaires que je ne nommerai pas. Ils pourront rester, même si ça doit durer longtemps. Etc. etc. »

On peut légitimement se demander pourquoi une telle gaffe n’est pas sortie des rangs des politiciens considérés comme classiques. Tout simplement parce que, dans le cas de madame Le Pen, c’était le seul moyen de dissiper les malentendus qui planent quant à ses intentions vis-à-vis du public musulman. Les autres se sont déjà illustrés tant et plus en inaugurant en burnous maintes mosquées et écoles coraniques, ou en bénéficiant d’appels à voter lancés à la population par d’éminents imams.

Et s’il s’agissait de faire taire le Juif de France dont la nationalité française lui sert de tribune depuis Israël?

Il est vrai que la proposition de résiliation de la nationalité française, même masquée en demande de consentement à y renoncer soi-même par devoir civique et patriotique, risque de porter atteinte au principe de la légitimité des Français de l’étranger, et de mettre en péril le rôle du porte-parole des Français d’Israël, paradoxe insupportable pour plus d’un observateur. Comment, les Juifs, qui n’avaient jamais eu le droit à la liberté d’expression en tant que communauté sinon par une représentation centrale sous contrôle élue par une toute petite élite, sans jamais bénéficier de la moindre représentation parlementaire ou politique, viennent nous dire nos quatre vérités au cœur même de l’Assemblée, en nous disant ce qu’ils pensent de nos capitulations face au radicalisme islamiste, en passant par un vote via Israël?

Autre problème : les Français à la retraite à Netanya ou Jérusalem. Non seulement ils souffrent de l’effondrement de l’Europe et doivent se serrer la ceinture un peu plus chaque jour – puisque d’un euro à 5.8 Nis, qui couvrait le logement, les courses et les sorties, ils arrivent à un euro qui ne vaut plus que 3.9 Nis – mais ils devraient aussi renoncer à leur nationalité, donc peut-être à leur pécule divisé par deux, après trente-sept ou quarante ans d’un travail honnête.

Alors, pour qui faut-il voter? Le Pen, Fillon, autre?  Un dilemme où on se sent en attente entre le marteau et l’enclume. Le marteau d’une dépossession des Juifs de leurs biens et de leur nationalité, car il faudra bien leur taper dessus pour lutter équitablement contre l’islamisation ; ou l’enclume de l’islamisme rampant qui profite de l’effondrement des frontières tant voulue par les humanistes et autres chansonniers des années 60/70, pour faire de Paris et Nice Beyrouth ou Bagdad.

Ou alors, on s’inspirera en France du modèle israélien : une opération Rempart où les territoires occupés sous la férule des terroristes et autres brûleurs de policiers seront réinvestis, désarmés dans la mesure du possible, et où une logistique sans relâche de surveillance et de prévention suivra. On aura alors de nouveau l’impression, affermie artificiellement et médicalement, qu’il est doux de vivre dans le multiculturalisme.

Et on ne sera plus dans la parabole du zoo de Pérès, où le tigre vit en paix avec un agneau remplacé toutes les quelques heures, mais dans l’histoire inverse, celle d’une forte population islamiste passant pour pacifiée car les terroristes y seront arrêtés par des forces spéciales toutes les quelques heures. Et, si par malheur, certains groupes terroristes parvenaient à frapper, on reparlera alors d’une marginalité excessive dont la bonne morale nous interdit de faire un amalgame.

Sûr que madame le Pen gagnerait à s’entourer de conseillers qui voient un peu plus loin que le bout de leur nez.

© Yéochoua Sultan pour Europe Israël News







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  • 3 thoughts on “De la kippa à la nationalité israélienne, ou les deux belles gaffes de Madame Le Pen

    1. Ste_Georges

      Bonjour. Etant juif de nationalité Française je ne trouve pas que Marine Le Pen aurait fait des gaffes concernant la kippa ou la nationalité israélienne. Elle reste cohérente avec son programme.
      En effet, en voulant élargir la loi de 2004 sur le port ostensible de symboles religieux dans l’espace publique, elle ne peut être cohérente et crédible si elle aurait affirmé que seuls les musulmans seraient visés par cette extension de la loi. Cela afin de préserver les Chrétiens et les Juifs voire afin d’éviter la rédaction de papiers comme je viens de lire.
      De même la Nationalité Israélienne, où est le problème ? Son programme prévoit la suppression de la double Nationalité aux extras européens. Donc oui en effet un Algérien, Marocain, Libanais (…), ayant la double nationalité devra choisir.
      Mais allons plus loin concernant ces questions. Est-ce Marine Le Pen qui a parlé des Israéliens ou Mme Salamé ? Quel était le but de Mme Salamé ? Ne tombez pas dans les pièges médiatiques.

    2. cc

      Ste Georges ; Votre commentaire est tout à fait correct. Les gaffes ont été commises par Lea Salamé et, pour une professionnelle des médias, cela est impardonnable.

    3. Hervé

      C’est en effet Léa Salamé qui a fait ce parallèle douteux entre les juifs et la nationalité israélienne, en insistant lourdement sur la perte de celle-ci par les juifs français.
      Certes, Marine Le Pen aurait pu rappeler que les juifs français étaient français, , sans double nationalité, mais on ne peut pas lui reprocher cela devant l’agressivité manifestée par ces journalistes, elle n’a pas eu le réflexe qu’aurait eu n’importe quel juif français.
      Je ne comprend pas qu’il n’y ait pas eu de réactions plus vives dans les médias de la pat de la communauté juive sur cette interview de Salamé, ne serait-ce que lui rappeler un simple fait : les juifs français sont français !
      Pour ce qui concerne la kipa, elle a parfaitement raison : sauf les rabins, qui ne sont d’ailleurs pas concernés en tant que religieux par cette règle, qui peut-être gêné dans la communauté alors que le problème posé est celui de l’islam intégriste et conquérant en’ France ? Sauf à vouloir faire le lit’de cette religion en n’acceptant pas de porter une casquette ou un chapeau dans la rue par-dessus la kipa (comme cela se faisait’il n’y a pas si longtemps d’ailleurs …)

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