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Une absence TRÈS présente Jérusalem dans la tradition islamique : source du conflit et espoir de paix


Une absence TRÈS présente Jérusalem dans la tradition islamique : source du conflit et espoir de paix

L’islam s’est construit dans le refus du caractère juif de Jérusalem et dans la sacralisation de l’arabité, selon le chercheur Eliézer Cherki.

Pour Eliézer Cherki, orientaliste auprès du Ministère israélien de la Justice, le refus du caractère juif de Jérusalem est devenu un mythe fondateur de l’islam et conforter les musulmans dans ce refus en prônant sa partition conduit a les reléguer  dans l’enfermement de la négation de l’autre contraire a leurs intérêts et a celui de la paix.

Une absence TRÈS présente Jérusalem dans la tradition islamique :

Eliézer Cherki

Parler de Jérusalem dans l’Islam – et en parler aux musulmans – c’est pour Israël reprendre avec l’Islam un dialogue interrompu depuis près de 1400 ans, depuis la rupture de Mahomet avec les Juifs. En effet, par la suite, pendant la longue période de domination territoriale et religieuse de l’Islam, les Juifs furent interdits de parole. C’est une des règles les plus strictes de la dhimma : interdiction aux dhimmis de discuter de l’Islam, interdiction même de lire le Coran, et interdiction aux Musulmans de discuter de religion avec les Juifs. Les longues « disputations » médiévales entre Chrétiens et Juifs sur la signification du texte biblique n’existèrent pratiquement pas en terre d’Islam.

En ce sens, les règles de la dhimma eurent d’abord pour finalité de faire taire l’adversaire, d’empêcher définitivement la reprise de la contestation, au moins publique, de l’Islam.

Sommés par Mahomet de reconnaître l’authenticité de sa mission prophétique et de se soumettre à son interprétation de la tradition biblique, les Juifs d’Arabie lui avaient en effet opposé, après de vives discussions, une forme de non possumus. Ce “refus d’obtempérer” entraîna d’abord les invectives les plus vives à leur égard, et ces controverses, dont le Coran fait largement écho (1) , s’achevèrent finalement par l’expulsion et le massacre des trois tribus juives de Médine. Le meurtre étant plus que jamais, selon un mot de Bernard Shaw, la forme ultime de la censure.

Pourtant ce dialogue, même véhément, était à l’origine porteur d’espoir pour les tribus arabes elles-mêmes, et son interruption fut sans doute une tragédie qui a marqué très profondément le monde de l’Islam. Je tenterai de montrer que la reprise de ce dialogue est rendue possible aujourd’hui par la renaissance de l’Etat d’Israël et le retour des Banû-Isrâîl sur “la terre qu’Allah leur avait destinée” (Q:V, 24). Je voudrais également montrer que la crise profonde que traverse aujourd’hui le monde de l’Islam et les convulsions consécutives à cette crise sont intimement liées à cette rupture très ancienne entre Mahomet et le peuple d’Israël, rupture dont le signe emblématique est Jérusalem, qui reste pourtant le lieu de l’émergence nécessaire de la paix et la réconciliation.

Jérusalem donc, aujourd’hui au cœur du conflit, pierre d’achoppement semble-t-il de tout accord possible avec l’Islam. Pourtant, une étude attentive du Coran, soulève d’abord un étonnement. Comment se fait-il que le nom même de Jérusalem n’apparaisse nulle part formellement dans le Coran, sous aucun de ses noms ? Ni al-Quds, ni Bait al-Maqdis, ni bien sûr Urûshalîm, ni même Ilya, Aelia Capitolina – la Jérusalem romaine puis byzantine, bien connue des Arabes puis conquise par eux en 638 –, aucun de ces noms n’apparaît dans les 6219 versets du Coran.

Il faut préciser cet étonnement. Le Coran est en effet profondément marqué par les récits bibliques : Abraham, Isaac, Ismaël et Jacob, l’histoire de Joseph, l’esclavage à Pharaon, la sortie d’Egypte et son cortège de miracles, les plaies d’Egypte, Moïse et Aaron, la nuée céleste et la manne, le don de la Tora au Mont Sinaï, l’entrée en Terre promise, le roi David et les Psaumes et le roi Salomon, tout cela et bien d’autres récits encore sont maintes fois évoqués et rappelés, souvent de façon fort détaillée, dans le Coran. Plus encore, au moins dans la première partie de son apostolat, dans la période mecquoise entre 610 et 622, et au début de la période médinoise, après l’Hégire, Mahomet parle du peuple d’Israël avec admiration et même vénération. Israël, le peuple de l’alliance que Allah a choisi et mis « au dessus des mondes» (fawqa-l-‘âlamîn, Q:II,116) : « Certes Nous avons élu les Fils d’Israël, en pleine connaissance, sur le monde et Nous leur avons fourni des signes où se trouve une épreuve évidente » (Q: XLIV, 31-32).

Ce peuple dont Il a fait des rois et des prophètes (mulûk wa-anbiyâ ) ? les prophètes, c’est-à-dire la Révélation, et les rois, c’est-à-dire la lignée davidique porteuse de messianité ? Israël à qui Il a donné «ce qu’Il n’a donné à nul autre au monde» (V, 24) : la Terre sainte (al-ard al-muqaddasa) avec ses « contrées orientales et occidentales » (VII, 133), Terre vers laquelle «Il ramènera ce peuple à la fin des temps » (XVII, 106).

Certes, tous ces rappels de l’histoire des enfants d’Israël, de l’alliance avec Dieu et des bienfaits dont Il les a comblés, sont dans le Coran destinés à inciter les Juifs à reconnaître la qualité prophétique de Mahomet, ce nouveau prophète qui n’est venu que pour confirmer les enseignements de la Tora et des prophètes (2).

Il reste qu’il est incompréhensible que, dans une telle imprégnation biblique, le nom de Jérusalem soit totalement occulté.

L’occultation de Jérusalem

Jérusalem, la cité de David, lieu du temple de Salomon, la cité de justice, lieu de la présence divine et de la révélation prophétique, citée des centaines de fois dans la Bible et des dizaines de fois dans le livre des Psaumes (3), est inexplicablement absente de tout le texte coranique (4).

Bien sûr, si nous posons aujourd’hui cette question à un musulman : « Où Jérusalem est-elle citée dans le Coran ? », la réponse fusera immanquablement : « dans le premier verset de la 17e sourate qui évoque la montée au ciel de Mahomet sur un animal fantastique, le « bouraq », à partir de la mosquée d’Al Aqça

« sub’hana-l-ladhi asra bi’abdihi laylan mina-l-masjidi-l-’harâmi ila-l-masjidi-al-aqça-l-ladhi bârakna ‘haulahu… » « Gloire à Celui qui a transporté Son serviteur, la nuit, de la Mosquée Sacrée à la Mosquée très éloignée autour de laquelle nous avons mis notre bénédiction, afin de lui faire voir certains de Nos signes. Il est l’Audient, le Clairvoyant. »

Selon la lecture de ce verset aujourd’hui admise par presque tous les musulmans, la « mosquée sacrée », « al-masjid-al-‘harâm » serait la Ka’âba à la Mecque, et « la mosquée très éloignée » serait la mosquée d’Al Aqça à Jérusalem. Il y aurait eu donc deux voyages, un voyage horizontal de la Mecque à Jérusalem, que l’on appelle l’isrâ et un voyage vertical – le mi’râj – de Jérusalem au septième ciel où, dans une élévation mystique, Mahomet aurait rencontré différents personnages bibliques (5) . Le problème est que cette interprétation selon laquelle l’isrâ et le mi’râj se seraient produits à Jérusalem est une interprétation fort tardive : ni les premiers transmetteurs de tradition comme Bukhârî, ni les premiers commentateurs du Coran, en particulier un personnage aussi considérable que Tabarî, ne font mention de cette interprétation. Pour eux, la mosquée la plus éloignée – al-masjid-al-aqça – n’est pas Jérusalem, mais la mosquée céleste, et toute cette élévation mystique de Mahomet se serait produite en songe depuis la Mecque.

Qui plus est, la coupole du rocher, ce bâtiment bleu à la coupole dorée, qui pour les musulmans aujourd’hui symbolise le lieu du mi’râj a été construite en 691 par le calife omméyade Abd-al-Malik ben-Marwan. Or, lors de la construction de la mosquée, a été placée à l’intérieur du tympan de la coupole une inscription en mosaïque longue de 240 mètres, composée de versets du Coran. Cette inscription en mosaïque existe jusqu’à ce jour, et l’on peut y constater ce fait surprenant que ce fameux verset 1 de la sourate XVII, qui évoque le mi’râj, l’élévation au ciel de Mahomet, n’y figure pas, ce qui confirme qu’en 691, lors de la construction de la coupole du rocher, le mirâj n’était pas lié à Jérusalem. Si tel avait été le cas en effet, il s’imposait absolument de citer ce verset qui est la référence unique du mi’râj. Le verset 1 de la sourate XVII, l’isrâ et le mi’râj, ne concernait donc pas, du vivant de Mahomet et dans les années qui suivirent sa mort, la ville de Jérusalem. Ce n’est que plus tard que fut établi ce lien entre le mi’râj et Jérusalem.

La clef de l’énigme

Nous revenons donc à la case de départ : Jérusalem n’est pas citée dans le Coran.

Et ceci est une interrogation, peut-être même une énigme. Mais il existe une clé
à cette énigme, clé qui révèle peut-être le drame qui se cache derrière cette
occultation. Il y a en effet un passage très curieux et très important du Coran qui
certes ne cite pas nommément Jérusalem, mais s’y rapporte directement, et
cela selon l’opinion unanime de toutes les traditions musulmanes et de tous les
commentaires traditionnels du Coran. Il s’agit des versets 142 à 151 de la sourate
II qui traite du changement de la qibla, l’orientation de la prière.

Nous savons en effet que les musulmans du monde entier prient cinq fois par jour en se prosternant vers la Mecque. Cette direction de la prière est appelée qibla et elle est capitale dans l’orientation spatiale de l’islam. Une mauvaise orientation de la prière est dirimante, et une mosquée n’est rien d’autre qu’un espace circonscrit – non nécessairement bâti – orienté vers la Mecque par un repère, généralement une niche appellée mir’hâb qui, telle une flèche, indique la direction de la prière (6).

Pourquoi l’orientation de la prière est-elle si importante ? C’est qu’elle crée une sorte de champ magnétique qui oriente l’ensemble des prières de la planète vers le point focal de la Mecque. La Mecque est le lieu le plus sacré sur terre, c’est le lieu de la révélation coranique, c’est là que la première fois Mahomet a entendu l’ange Gabriel s’adresser à lui, lui disant « iqrâ bismi rabbika ! », « prêche au nom de ton Dieu qui créa l’homme d’une adhérence… et lui enseigna ce qu’il ignorait » (Q:XCVI). Or, s’il existe une “percée” dans le ciel par où la parole du Créateur peut descendre jusqu’à sa créature, c’est par là même que la parole des créatures – la prière – peut monter jusqu’au Créateur. C’est le thème de la porte du ciel (en hébreu : cha’ar hachamayim) et de l’échelle de Jacob qui relie le ciel et la terre et par où les anges montent et descendent (7).

Or, ces versets du Coran et avec eux toute la tradition islamique nous rapporte que la Mecque n’était pas la première qibla de l’Islam. Pendant dix-sept mois après son arrivée à Médine en 622, Mahomet et la première communauté musulmane se tournaient vers Jérusalem pour prier. Selon certaines traditions, c’était le cas même depuis le début de son apostolat à la Mecque. La Mecque étant située au sud de Médine, Mahomet s’arrangeait pour prier au sud de la ka’aba et orientait sa prière vers le nord, de sorte qu’il priait à la fois vers la ka’aba et vers Jérusalem. Etant arrivé à Médine, il fallut choisir : vers le sud – la ka’aba–, ou vers le nord – Jérusalem. Pendant dix-sept mois, ce fut Jérusalem qui prévalut, jusqu’à la décision proprement révolutionnaire du changement d’orientation de la qibla vers la Mecque, changement qui fut confirmé, ou induit, par décret divin.

L’explication traditionnelle des musulmans à cette volte-face divine est que

la véritable qibla a toujours été la Mecque et que l’injonction de prier vers Jérusalem était une concession provisoire faite aux Juifs, une sorte de perche tendue pour leur permette plus facilement l’intégration à l’Islam. Les Juifs ayant refusé de se convertir et de reconnaître l’authenticité prophétique de Mahomet, cette concession devenait inutile, et il convenait donc que la communauté des croyants, la oumma, retrouvât la véritable qibla, l’orientation vers la Mecque.

Il semble bien que ce changement ne se fit pas sans peine, et qu’il y a peut-être tout autre chose derrière cela : ce sont les versets mêmes qui parlent de ce bouleversement qui éveilleront notre attention (Coran II, v. 142 et suivants (8)) :

« Les faibles d’esprit parmi les gens vont dire : « Qui les a détournés de la direction (qibla) vers laquelle ils s’orientaient auparavant? » – Dis : « C’est à Allah qu’appartiennent le Levant et le Couchant. Il guide qui Il veut vers un droit chemin ». Et aussi : Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous. Et Nous n’avions établi la direction vers laquelle tu te tournais que pour savoir qui suit le Messager (Mu’hammad) et qui s’en retourne sur ses talons. C’était un changement difficile [kabîra], mais pas pour ceux qu’Allah guide. Et ce n’est pas Allah qui vous fera perdre [la récompense de] votre foi, car Allah, certes est Compatissant et Miséricordieux pour les hommes. Certes nous te voyons tourner le visage en tous sens dans le ciel. Nous te faisons donc orienter vers une direction qui te plaît [tardhaha]. Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages. Certes, ceux à qui le livre a été donné savent bien que c’est la vérité venue de leur Seigneur. Et Allah n’est pas inattentif à ce qu’ils font.

Certes si tu apportais toutes les preuves à ceux à qui le Livre a été donné, ils ne suivront pas ta direction! Et tu ne suivras pas la leur; et entre eux, les uns ne suivent pas la direction des autres. Et si tu suivais leurs passions, après ce que tu as reçu de science, tu serais, certes, du nombre des injustes.

Ceux à qui nous avons donné le Livre, le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants. Or une partie d’entre eux cache la vérité, alors qu’ils la savent ! La vérité vient de ton Seigneur. Ne sois donc pas de ceux qui doutent. A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allah vous ramènera tous vers Lui, car Allah est, certes Omnipotent.

Et d’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. Oui voilà bien la vérité venant de ton Seigneur. Et Allah n’est pas inattentif à ce que vous faites. Et d’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. Et où que vous soyez, tournez-y vos visages, afin que les gens n’aient pas d’argument contre vous, sauf ceux d’entre eux qui sont de vrais injustes. Ne les craignez donc pas; mais craignez-Moi pour que Je parachève Mon bienfait à votre égard, et que vous soyez bien guidés ! Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas.

Souvenez-vous de Moi donc, Je vous récompenserai. Remerciez-Moi et ne soyez pas ingrats envers Moi ! »

Première constatation : le texte coranique évoque donc pour la première fois de l’avis de tous, de manière quasi explicite – sans pourtant la nommer – Jérusalem. Mais il l’évoque précisément pour la congédier. Jérusalem n’est pas la Qibla ; Jérusalem n’est pas le point focal du monde, le lieu vers lequel il faut se tourner. Ainsi, ce changement de Qibla n’est pas un détail, une « petite chose ». Il faut écouter attentivement ce texte capital du Coran, qui révèle à travers sa longueur même, ses retours et ses répétitions, la difficulté, le drame même que représente cette rupture d’avec Jérusalem et tout ce qu’elle symbolise. La question est d’emblée posée : « Qui les a détournés de la direction (qibla) vers laquelle ils s’orientaient auparavant? » Qui pose cette question? D’abord, bien sûr, les gens du Livre, ici les Juifs (et peut-être aussi les Chrétiens) « Certes si tu apportais toutes les preuves à ceux à qui le Livre a été donné, ils ne suivront pas ta direction (Qibla) ! Et tu ne suivras pas la leur ». Mais il est clair qu’il ne s’agit pas seulement d’eux. Ce changement est en effet une « grande chose» (kabîra) dit le texte. « Une chose difficile » dit notre traduction. « Pénible » disent les commentaires traditionnels, tel Al-Jalâlayn. Mais ceux qui s’en plaignent sont des « faibles d’esprit ». Et finalement, il faut se soumettre au décret divin: « C’est à Allah qu’appartiennent le Levant et le Couchant. Il guide qui Il veut vers un droit chemin ». De plus, les gens du Livre ne sont pas d’accord entre eux: « entre eux, les uns ne suivent pas la direction des autres ». Autrement dit, seuls les Juifs tiennent absolument à se tourner vers Jérusalem, pas les chrétiens. Mais voilà qu’est venu le temps de la rupture, non seulement avec Jérusalem, mais avec les enfants d’Israël, et tout ce qu’ils représentent : « ils ne suivront pas ta direction (Qibla) ! Et tu ne suivras pas la leur ». Surtout, ce texte porte témoignage du combat intérieur à Mahomet, du drame qui se joue en lui-même: « Certes nous te voyons tourner le visage en tous sens dans le ciel. Nous te faisons donc orienter vers une direction qui te plaît [tardhâha]. Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée » (9). La direction vers le sanctuaire de la Mecque, la Ka’aba, est ainsi la direction qui lui plaît, qu’il souhaite, “qu’il désire”. Et on peut se poser la question : qu’est-ce qui lui plaît tant dans ce temple de la Ka’aba, qui était à l’époque dont nous parlons, en 623-624, un temple païen, un lieu d’idolâtrie ? Surtout, qu’est-ce qui lui déplaît dans la direction de Jérusalem ?

Une explication

La réponse à cette question est suggérée par le verset 151 de notre passage : « Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas ». Il faut entendre l’insistance du texte arabe: « arsalna fîkum rasûlan minkum » « nous avons envoyé chez vous un messager de chez vous ». Comme on dit en arabe marocain: Dielna ! – “Celui-là est bien de chez nous ! »

Nous touchons là du doigt le cœur du problème. Pour Mahomet et ses disciples de l’Arabie, le message biblique, c’est très bien : un Dieu unique, créateur du monde, qui révèle sa loi à sa créature, récompense les justes et punit les méchants, comme en témoignent les récits de l’histoire des Banû-Israîl. Et cette histoire va donc être intégrée sous forme de récit ancien quasi mythique dans l’Islam, parmi d’autres récits et contes arabes cités dans le Coran, tels les récits de ‘Ad et Thamûd, ces peuples anciens de l’Arabie, disparus après avoir fauté. Voilà donc pour l’histoire. Par contre, la géographie biblique reste, elle, étrangère. Jérusalem, Hébron, Bethléhem, Sichem, les monts de Judée et les collines de la Samarie, tout cela ne dit rien, ne chante pas à l’oreille et au cœur de Mahomet et des tribus arabes bédouines (10).

Il convient ici de rappeler l’enracinement profond de Mahomet dans l’Arabie de l’époque. La Ka’aba est certes un temple idolâtre, mais c’est le lieu par excellence de l’ « arabité ». Il y avait, nous rapporte une tradition, 360 idoles dans la Ka’aba – une pour chaque jour de l’année lunaire – déposées par chacune des nombreuses tribus bédouines, qui certes se faisaient constamment la guerre entre elles, mais se retrouvaient et communiaient une fois par an, lors du pèlerinage, le ‘Hadj.

Mais il ne s’agit pas que de la Ka’aba et de la Mecque. Le Coran cite souvent d’autres hauts-lieux de l’Arabie, certes païens, mais chargés d’émotion, riches d’évocation : « As-Safa et al-Marwa [deux petites éminences pierreuses objet d’un culte païen près de la Mecque] sont parmi les choses sacrées » (Q: II, 153). Toute cette Arabie, avec ses dunes, ses oasis, ses pierres sacrées et ses caravanes, est un monde magique, évocateur, auquel Mahomet et ses disciples sont profondément attachés.

Il en est de même de la langue arabe, cette langue qui est la fierté des bédouins, celle dans laquelle ils rédigent ces fameux poèmes « anté-islamiques », ciselés dans une langue flamboyante et une prosodie rigoureuse, et dont justement les thèmes principaux sont la vie errante des nomades, leurs combats, leurs chameaux, leurs amours, poèmes qui évoquent longuement ces hauts-lieux dont la force poétique agit comme un philtre (11).

Mahomet lui-même, s’il refuse la qualité de poète qu’on veut lui attribuer, insiste lui-même sur cette arabité de la langue: …Et il est certes une révélation (tanzîl) du Seigneur des Mondes descendue [du ciel] par l’Esprit fidèle, sur ton cœur, pour que tu sois parmi les Avertisseurs. [C’est une Révélation] en langue arabe pure (« bilisânin ‘arabiyyin mubînin »).

Le choix de la Mecque contre Jérusalem, c’est donc d’abord le choix de l’Arabie et de son monde, et c’est dans ce contexte arabe bédouin que dorénavant va se déployer cette nouvelle religion monothéiste. Mais en tournant le dos au lieu d’ancrage de la tradition biblique, et en optant pour la tradition arabe, l’Islam va, volens nolens, adopter tout ce qui va avec, c’est-à-dire l’éthos bédouin de la djâhiliyya, « le temps de l’ignorance », du monde bédouin d’avant l’Islam, son système de valeurs et ses comportements, même s’il va tenter de les adoucir, de les purifier quelque peu.

Or cet éthos bédouin, qu’est-il ? D’abord la razzia (ghazu), la rapine érigée en mode de vie. C’est l’exaltation du lien tribal (la ‘açabiyya) poussé à l’extrême, au-delà de toute valeur de justice. Ce n’est pas seulement « right or wrong, my country » (en l’occurrence : ma tribu ) : il n’est d’autre bien que celui de la tribu et d’autre mal que ce qui lui est contraire. C’est l’exaltation d’une sensualité débridée, dans la passion comme dans la vengeance, d’où la pratique de la vendetta, cause d’enchaînement de violences aveugles et ininterrompues. C’est aussi la pratique de l’infanticide féminin, c’est-à-dire l’enterrement des filles nouvelles nées, lorsqu’elles étaient en surnombre dans la tribu, pratique combattue et interdite par l’Islam, mais dont il est restée la relation à la femme comme un objet servile. C’est aussi une vision binaire du monde, entre nomades et sédentaires : nomades, peuple supérieur, libre de toute contrainte, non asservi à la glèbe comme les sédentaires, qui se doivent de le servir et de le nourrir, d’où découle la pratique du pillage saisonnier et du rançonnement des populations agricoles des marges du désert.

C’est cet éthos bédouin qui porte en lui l’exaltation du nomadisme et le mépris pour l’effort bâtisseur de l’homme : à quoi bon s’investir soi-même dans le patient et ingrat effort de maîtrise du réel puisqu’il existe d’autres hommes dont la vocation est de vous servir et de vous nourrir, et puisque de toutes façons, tout est voué à s’effriter dans les sables du désert qui tôt ou tard recouvrira tout ?

C’est tout cela qui va être intégré en bloc dans l’Islam avec la rupture d’avec Jérusalem et les grandes retrouvailles d’avec l’arabité. Plus encore : d’un côté, l’Islam va certes tenter de modifier, adoucir, humaniser ou même interdire certaines pratiques de la djâhiliyya, mais en même temps, il va sacraliser tout ce qui en restera en lui donnant le cachet de l’absolu de la révélation divine (12).

Le prix moral de la rupture avec Jérusalem et avec la tradition des Banû Isrâîl sera donc considérable (13). A partir delà, l’Islam va déployer son rêve dans l’histoire par la foi et le glaive. Ce rêve, l’Islam l’a vécu d’abord dans le triomphalisme des conquêtes, puis dans le flamboiement de sa culture au Moyen-âge, enfin dans le déclin et la déréliction, tournant aujourd’hui au cauchemar de l’enfermement, de la violence, de la négation d’autrui et de la femme et ultimement, négation du réel lui-même, dont la conséquence tragique est la pauvreté, la misère matérielle et morale et la soumission au pouvoir des puissants.

Le sens du temps présent

C’est de ce cauchemar-là qu’il tente peut-être de se réveiller aujourd’hui, dans l’aspiration confuse à la dignité et dans le choc de la confrontation avec les réalités économiques et technologiques. Pourtant, il existe une autre rencontre avec le réel, celui de la rencontre avec Israël, surgi du passé le plus lointain, Israël, l’ancien des mondes d’avant l’Islam, celui de la plus haute antériorité, Israël refoulé dans l’imaginaire anté-islamique, nié dans sa vérité, et qui surgit soudain sur la scène de l’histoire dans ce que M. Daniel Sibony a dénommé « le retour du spectre ».

Le premier mouvement est celui du refus, de la dénégation, de la volonté de meurtre. Celui de la dénégation : les juifs n’ont rien à faire à Jérusalem, ils n’y ont jamais été, le temple était une mosquée, le Kotel le lieu où Muhammad a attaché sa monture fantastique, Al Bouraq, etc. Conforter les Musulmans dans leur refus de considérer le caractère juif de Jérusalem en prônant la partition de Jérusalem, c’est les reléguer dans l’enfermement de la négation de l’autre – l’autre étant en l’occurrence la source, la racine de leur foi. C’est les enfermer dans un discours de guerre.

Tout le monde sait que l’exigence de souveraineté palestinienne sur Jérusalem cache le refus de la reconnaissance du caractère juif de Jérusalem, car ce refus-là est devenu un mythe fondateur de l’Islam.

Or nous sommes, me semble-t-il, à un tournant historique. L’Islam n’a pu vivre ce long rêve de n’être venu que de lui-même, de n’être engendré que par lui-même, et que la tradition biblique était en fait une tradition coranique – et non le contraire – que parce que le principal témoin de cette usurpation – Israël – était absent de la scène de l’histoire.

Le choc du retour d’Israël ramène l’Islam au moment crucial du choix de la qibla : Jérusalem ou la Mecque. Mais aujourd’hui, Jérusalem est rebâtie et elle est la capitale d’un peuple vivant qui, aux confins de l’Orient et de l’Occident tente lentement, difficilement, de reprendre son projet ancestral d’une société réalisant sur terre l‘idéal de l’unité des valeurs (14).

C’est le moment d’une réconciliation possible. Israël peut redevenir le “gardien de son frère”, selon la remarquable expression d’Eliane Amado-LévyValensi, en l’aidant à concevoir un modèle de société qui lui permettre d’accéder à la modernité sans se couper de la transcendance. C’est aussi le moment où certains musulmans lucides et angoissés devant l’enchaînement suicidaire de la violence où s’enfonce l’Islam tentent de reprendre le problème à sa source et de relire leurs propres textes selon une lecture qui permette de renouer les fils de la trame qui reliaient Ismaël à Israël (15).

Les peuples arabes en rêve de liberté, mais anxieux de perdre leur âme en se fondant dans le modèle que leur propose l’Occident, pourront-ils reprendre dans la paix ce long dialogue essentiel, vital, commencé du temps de leur apôtre, avec les Banû Isrâîl , et brutalement tranché par la violence ? Cela dépend pour beaucoup de la volonté de l’Occident – et singulièrement des Juifs de Diaspora – de permettre une telle rencontre, ne serait-ce qu’en s’abstenant de nuire, en se libérant du fantasme mortel des “solutions imposées”… Cela dépend aussi, au-delà de tout, de la capacité d’Israël à être vraiment lui même.

notes

(1)Par exemple: Q: II, passim, en particulier: 38-39,77-79, 114-116, III, 93-94

(2) « Croyez à ce que j’ai révélé qui marque la véracité des messages que vous détenez » (« muçaddiqan lima ma’akum », « ne tenez point secrète la vérité alors que vous savez » Coran II, 38-41). « Vous savez » (« antum ta’lamûna »), les enfants d’Israël sont « ceux qui savent », les détenteurs de la révélation biblique, et c’est donc à eux qu’il convient de s’adresser pour avoir confirmation de l’authenticité d’une révélation prophétique.

(3) “Nos pieds s’arrêtent en tes portes, Jérusalem! Jérusalem, bâtie comme une ville où tout se rassemble dans l’unité…c’est là que sont établis les sièges de la justice, les sièges pour la famille de David…” (Ps.122, d’après la traduction d’André Chouraqui)

(4) Cela est d’autant plus surprenant que justement les Psaumes (zabûr) du roi David sont évoqués maintes fois et même cités littéralement dans le Coran : « Certes dans les Psaumes nous avons écrit que la terre, en hériteront nos serviteurs intègres » ( al arda yurithûha ’ibâdiya- ç-çâli’hûna ,Q: XXI, 105, ce qui est effectivement la traduction fidèle du passage des Psaumes : “Les justes hériteront de la terre”- tsadikim yirchou arets (Ps.XXXVII v.29)

(5) Adam au premier ciel, Jean et Jésus au second, Joseph au troisième, Idriss (Enoch) au quatrième, Aaron au cinquième, Moïse au sixième, enfin Abraham au septième. Tous ces personnages bibliques se prosternent devant Mahomet. Mahomet s’élève si haut qu’il entend le crissement des calames des anges qui écrivent les actions des hommes. C’est là qu’il recevra l’obligation de la prière réduite à cinq prières par jour, et quarante enseignements reçus directement de la bouche de Dieu, que l’on appelle « al ‘hadith al-qudsi », c’est-à-dire « la tradition de Jérusalem ». cf. à ce sujet: M.Gaudefroy-Demombynes, Mahomet, Coll. L’Evolution de l’humanité, Albin Michel, Paris, 1969, pp. 92-97.

(6) Il convient ici de rappeler la dimension spatiale et territoriale de l’Islam. L’Islam, la soumission à Allah, se déploie d’abord dans une dimension spatiale. L’expansion impériale de l’Islam, à travers ses conquêtes, est d’abord une expansion territoriale et politique qui vise à soumettre des territoires au pouvoir des musulmans, et assurer par cela l’extension du dâr al-islâm, la “maison de l’islam“.

(7) Cf. Genèse XXVIII,10-18. Notons que le mot mi’râj qui désigne la montée au ciel de Mahomet est un mot éthiopien signifiant « échelle ».

(8) “Le Saint Coran – Traduction en langue française du sens des versets – révisé et édité par la Pré- sidence Générale des Directions des Recherches Scientifiques Islamiques de l’Ifta, de la Prédication et de l’Orientation Religieuse”, Médine, Royaume d’Arabie Séoudite, année 1410 de l’Hégire (1989/1990)

(9) Cf. la remarque, sur ces versets, du commentateur musulman de cette traduction (op.cit.), qui est un peu une Vulgate du texte du Coran destinée à la communauté musulmane de France : « A la Mecque, avant l’Hégire, le Prophète s’orientait de telle sorte qu’il avait pour « Qibla » à la fois la Ka’aba et Jérusalem. Arrivé à Médine, il s’orienta vers Jérusalem. Au bout de quelques mois, il ressentit le désir de se tourner vers la Ka’aba. Allah a exaucé le souhait du Prophète. »

(10) Après la mort de Mahomet en 632, l’élan des conquêtes arabes, vont faire rencontrer les conqué- rants musulmans avec la géographie biblique : la Terre Sainte, Jérusalem, Bethléhem.etc. Or l’altérité de ces lieux se dressait devant les musulmans conquérants comme un défi à leur propre foi. Il ne pouvait y avoir d’autre foyer de vérité que celui de l’Islam dans sa vision monothéiste absolue. Cette vision prenant dès lors la forme d’une conquête planétaire et de la soumission des peuples conquis, l’Islam va donc entreprendre la soumission et l’intégration géographique des lieux de la révélation biblique

L’instrument de cette intégration à l’Islam sera le récit de l’isrâ et du mi’râj qui prendront alors leur forme géographique. Quoique rejetée, Jérusalem reste toujours en filigrane, la source de la révélation. C’est pourquoi l’élévation de Mahomet de la Mecque au ciel devait passer par Jérusalem. Comme le dit finement Z.Werblowski : « de la Mecque au ciel, il n’y a pas de vol direct, il faut passer par l’escale de Jérusalem » (Jérusalem dans la conscience juive, chrétienne et musulmane, Jérusalem 1979, p.3

Les traditions nous racontent alors qu‘effectivement ce voyage fantastique de la Mecque à Jérusalem ne fut pas “un vol direct“. Il y eut de nombreuses étapes à Hébron, à Bethléhem, etc. A chaque étape, Mahomet fait descendre sa monture et se prosterne deux fois. Par ce geste, il intègre chacun de ces lieux à l’Islam, le summum étant bien sûr Jérusalem. Ainsi, avec les conquêtes, Jérusalem retrouve sa place dans l’Islam, mais comme un espace soumis et intégré dans une relation de dépendance.

Toute l’ambigüité de la relation de l’Islam à Jérusalem, à la fois rejetée mais incontournable, répudiée mais indispensable, tire sa source de là. De là vient son nom emblématique, la devise traditionnelle de Jérusalem: Ûla al-qiblatayn wa-thâlith al-‘harâmayn,” la première des deux qibla et la troisième des deux villes saintes” : il n’y a que deux villes saintes, la Mecque et Médine, et Jérusalem est “la troisième des deux“, c’est-à-dire qu’elle a droit à un strapontin. Elle est aussi la “première des deux qibla“, et là l’ambigüité subsiste : première seulement en antériorité, mais aussi peut-être en priorité. Cette ambigüité se retrouve à travers l’histoire dans la relation à Jérusalem de toutes les dynasties musulmanes. Une tradition nous raconte que lors de la conquête de Jérusalem, en 636, un juif converti à l’Islam du nom de Ka’ab al-A’hbar tenta de persuader le conquérant ‘Omar de prier sur l’esplanade du temple (« l’esplanade des mosquées » dans la presse française) vers la Mecque en se positionnant au nord du site du temple, là où aujourd’hui est érigée la coupole du rocher. ‘Omar lui répond négativement : « j’ai compris ton intention : tu veux que nous nous prosternions dans la même foulée en même temps vers le lieu du Temple, comme le faisait Mahomet à la Mecque avant le changement de la qibla, mais ce changement s’est produit, et il n’est de qibla qu’exclusivement vers la Mecque. Aujourd’hui encore, les musulmans se prosternent uniquement dans l’espace défini au sud de la coupole du rocher en direction de la Mecque, en tournant le dos à la coupole du rocher, site du temple.

Arrivant en terre sainte, les conquérants arabes ne s’empressent pas de conquérir Jérusalem, qui tombera finalement en 636. Ils n’en font pas leur capitale, pas même une capitale régionale. La capitale de l’empire était à Damas, et ils bâtissent Ramlé comme capitale régionale. C’est ainsi que jamais à travers l’histoire, aucune des nombreuses dynasties musulmanes régnant sur Jérusalem n’en ont fait leur capitale: ni les Ommeyades, ni les Abbassides, ni les Ayyoubides, ni les Mameluks, ni les Ottomans. Jamais Jérusalem ne fut capitale.

Jérusalem ne redevint centrale aux yeux des musulmans que lorsque leur emprise sur cette ville sera mise en danger, par exemple à l’époque des croisades ; C’est alors que fleuriront les fameux fadâil alquds, les livres de louanges sur Jérusalem. Efflorescence provisoire, qui se dessèche bien vite comme les fleurs qui fleurissent dans le désert après la pluie, dès lors que Jérusalem est reconquise. Conquise, elle retombe alors dans l’oubli et la négligence. A l’époque du second calife abbasside Al-Mansour, un tremblement de terre détruisit une partie de la mosquée Al-Aqsa. Comme on lui demandait une aide financière pour la réparer, il ordonna d’arracher l’or et l’argent des portes de la Mosquée pour payer les frais de la reconstruction.

Au XIVe siècle, Ibn Taymiyya, un des grands juristes de l’Islam sunnite (et la référence des fondamentalistes islamistes d’aujourd’hui) met en garde contre toute relation excessive à l’égard de Jérusalem. Dans son livre des règles pour une visite à Jérusalem, il précise : interdiction de faire le vœu de venir prier à Jérusalem, de venir visiter les tombes des prophètes, de faire une déambulation autour de la coupole du rocher ou de la mosquée d’Al-Aqsa, de se prosterner en direction de la coupole du rocher, de joindre un petit pèlerinage à Jérusalem à un pèlerinage à la Mecque, etc… Et il précise : « celui qui agit ainsi est un impie et un apostat (kâfir murtad), et s’il refuse de se repentir, il doit être mis à mort. ». Sur tout ces sujets, cf. Notes and Studies on the History of the Holy Land under Islamic Rule, (en hébreu),Moshe Sharon ed., Yad Itzhak Ben-Zvi Publications, Jerusalem, 1979

L’exaltation du caractère arabe de Jérusalem n’a pour but que d’arracher Jérusalem des mains des juifs. “Récupérée“, elle sombre inéluctablement dans l’oubli et la désolation.

(11) Citons le début de la fameuse Qâçida d’Imrû-l-Qays, que tout enfant arabe apprend aujourd’hui à l’école : « Qifâ nabki min dhikra ‘habîbin wa-manzili … Arrêtez-vous et pleurons au souvenir d’un être aimé et d’un campement aux confins de la dune entre Dakhoul et ‘Hawmal » Que sont Dakhoul et ‘Hawmal ? On ne le sait plus. Des oasis peut-être. Mais leur force d’évocation reste intacte dans la magie de la langue.

(12) C’est ainsi par exemple que le pouvoir du chef, le shaykh, pouvoir important dans ce monde tribal, mais fortement tempéré dans la pratique par la consultation avec le conseil composé des grandes familles de la tribu, ce que l’on nomme la shûra, qui introduisait une dimension quasi démocratique de la pratique du pouvoir, va être remplacé par le pouvoir absolu de Mahomet, chef incontestable de la oumma, car investi de l’autorité de la révélation divine : “Ô vous qui croyez !, obéissez à Allah, obéissez à l’apôtre et à ceux d’entre vous détenant l’autorité ! (Q : IV, 62). Ce pouvoir absolu – reflet de l’absolu de la divinité – va se transmettre à ses successeurs, les califes, et deviendra une constante de la vie politique du monde de l’Islam. (cf. Bernard Lewis, Les limites de l’obéissance, in “Le langage politique de l’Islam”, Ed. Gallimard, 1988.

(13) En même temps, il faut considérer, dans une perspective historique, ce qui a rendu cette volteface possible. Dans son aspiration au royaume terrestre, à une réalisation politique de l’idéal divin, Mahomet n’a pu rencontrer de modèle vivant. Il existait certes, précisément, celui que représente Jérusalem, “la ville au nom duel”, Yéroushalayim, “où tout se rassemble dans l’unité” (Psaumes122). Mais cette ville, détruite depuis un demi-millénaire quand apparaît l’islam, avait été remplacée par Aelia Capitolina, la ville symbole de l’imperium romain, bien loin de celle “où sont établis les sièges de la justice, les sièges pour la famille de David”(ib.).Depuis sa destruction, Jérusalem restait vivante dans les cœurs et sur les lèvres de ses enfants exilés et son projet moral et politique continuait à s’élaborer dans le bruissement des maisons d’étude, mais elle n’était plus depuis longtemps une réalité politique vivante qui aurait pu servir de contre-modèle au modèle que bâtissait en son absence l’Islam naissant.

(14) C’est peut-être cela que la Déclaration de l’indépendance de l’Etat d’Israël désigne par le terme “Etat juif et démocratique”… 15. Ainsi le Sheikh ‘Abd-ul Hâdi Palazzi a dit à l’auteur de ces lignes, lors d’une rencontre à Jérusalem: “A propos du changement d’orientation de la prière, le Coran dit (en parlant des gens du Livre) : ils ne suivront pas ta direction et tu ne suivras pas la leur (II v. 145) cela signifie qu’il y a deux qiblas : La Mecque pour les Musulmans et Jérusalem pour les Juifs, et nous, Musulmans devons respecter cette injonction divine en aidant Israël à recouvrer sa Qibla…”

Eliézer Cherki







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  • 2 thoughts on “Une absence TRÈS présente Jérusalem dans la tradition islamique : source du conflit et espoir de paix

    1. G.Coll.

      L’islam n’existe que dans la visibilité matérialisée. Son texte étant absolu ! …toute réalité non musulman est blasphématoire !
      Israël ne signe rien de moins que la fausseté d’un die. absolu musulman.C’est un simple fait et un fait simple.
      De plus Israël est central sur les trois plans principes.
      Si on complète avec une évidence : l’islam est une religion de la puissance …

      Cela les rends hystériques et violents depuis déjà pas mal de temps !!!!

    2. LeClairvoyant

      Ils veulent tout et Israël comme la cerise sur le gâteau, mais ils vont se casser les dents, car l’ONU va Changer de cap, ou être refondée sur d’autres critères. .

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