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Quand les nazis exilés au Moyen Orient oeuvraient à la cause palestinienne


Quand les nazis exilés au Moyen Orient oeuvraient à la cause palestinienne

Pourquoi la propagande anti-israélienne et anti-juive des pays musulmans ressemble-t-elle tant à la propagande antisémite du IIIe Reich ? Parce que des milliers de nazis se sont réfugiés au Moyen Orient après 1945 où ils ont travaillé à la lutte contre Israël.

On sait […] que beaucoup de nazis trouvèrent refuge dans le monde arabe. A partir de 1953, l’Egypte en intégra quelque deux mille. Certains travaillaient dans le service secret de Nasser. Certains géraient des camps de concentration. D’autres s’impliquèrent dans la conception et la réalisation de fusées (1).

Parmi cette population, il y avait des spécialistes en propagande antisémite. Depuis l’Egypte, ils répandirent l’antisémitisme dans le monde arabe, ainsi que la doctrine de la négation de l’Holocauste. Ecrivant en 1967, l’historien Kurt Tauber a décrit la situation qui était celle de l’Egypte de Nasser :

«… En plus des dons de la Gestapo et de la SS, il y avait aussi un grand besoin d’autres aptitudes sur le Nil. On nous dit que d’anciennes recrues de Goebbels, initialement sous la supervision du défunt Johann von Leers, jouent un rôle important dans l’appareil de propagande antijuif et antisioniste de Nasser. A ce propos, nous entendons les noms de Werner Witschale, du Baron von Harder, de Hans Appler et de Franz Buensche. Mais un passé d’agent de la Gestapo, de la SS et des services d’espionnage n’empêche pas d’accéder à des carrières attractives au ministère égyptien de la propagande. Walter Bollmann, chef nazi des services d’espionnage en Grande-Bretagne avant la guerre, et plus tard, commandant SS, a servi dans la lutte contre la guérilla et les opérations antijuives en Ukraine ; Louis Heiden, officier SS qui fut transféré au bureau de presse égyptien durant la guerre, Franz Bartel, « vieux combattant » et officier dans la Gestapo ; Werner Birgel, officier SS de Leipzig ; Albert Thielemann, dirigeant SS en Bohème ; Erich Bunz, Major dans la SA et expert dans la question juive ; et le capitaine SS Wilhelm Boeckler, qui participa à la liquidation du Ghetto de Varsovie – sont tous réputés s’être occupés de propagande antijuive pour le compte de Nasser… » (2).

Matthias Küntzel a décrit un résultat majeur du projet égyptien de propagande :

« Cette pénétration des institutions égyptiennes d’après-guerre par une bande de faiseurs d’opinion d’obédience national-socialiste ne pouvait que contribuer […] au fait que, jusqu’à aujourd’hui, le public égyptien n’a guère pris conscience [de ce que l’on connaît des] crimes allemands contre les juifs. Durant près de cinquante ans, a prévalu dans les médias égyptiens le mensonge selon lequel, au XXe siècle, l’Holocauste n’a été rien d’autre qu’un prétexte constamment mis en avant pour justifier l’existence d’Israël… » (3).

Le numéro un des antisémites hitlériens : le cas de Johann von Leers (4).

Puisque la circulation des idées et les questions de continuité historique sont reconnues comme des sujets majeurs, le cas du professeur Johann von Leers (1902–1965) mérite une attention toute particulière. Il fut l’un des idéologues les plus importants du troisième Reich avant de travailler pour le Ministère égyptien de l’information.

En avril 1938, von Leers fut nommé professeur à l’université Friedrich-Schiller à Iéna. Il était spécialiste de « l’histoire juridique, économique et politique sur des bases raciales » (Rechts-, Wirtschafts- und politische Geschichte auf rassischer Grundlage). Il maîtrisait cinq langues : l’anglais, le français, l’espagnol, le hollandais, et le japonais (5). Dans sa jeunesse, il fut membre du mouvement nationaliste de la jeunesse Adler u. Falken (Aigles et Faucons), où il noua là des liens durables avec Heinrich Himmler. Il fut l’un des premiers membres du parti nazi. En 1929, il était devenu l’un des protégés de Goebbels (6).

Von Leers était un membre actif du Mouvement allemand de la Foi, sous le patronage de Himmler. Son objectif était de « libérer l’Allemagne de l’impérialisme judéo-chrétien » en créant, à sa place, une nouvelle religion païenne (7). Avec d’autres, il avait aussi été à l’origine d’un plan pour développer la race aryenne par la procréation. En compagnie d’un certain Friedrich Lamberty- Muck (8) qui prêchait la polygamie, il fut l’inspirateur du projet Lebensborn, activement mis en application par Himmler.

Von Leers était le spécialiste des affaires juives. Partisan déclaré du génocide, il fut l’un des propagandistes les plus radicaux de l’antisémitisme du Troisième Reich. Le philosophe juif, Emil Fackenheim, a expliqué que von Leers défendit une position selon laquelle « les États qui hébergent des JUIFS hébergent la peste, et le Reich a le devoir moral et le droit légal de conquérir ces pays parce qu’il doit aller jusqu’au bout de sa lutte sans merci pour éradiquer la peste. » (9).

Dans une communication personnelle avec Fackenheim, l’historien Erich Goldhagen expliquait « que, si la comparaison avec les bacilles était, bien sûr, banale chez les nazis, von Leers prenait une attitude originale en ne cachant pas derrière des euphémismes son appel au meurtre de masse. » Après sa mort, « sa veuve [Gesina Fischer née Schmaltz] qui partageait ses opinions, rentra en Allemagne, et mit les néo-nazis dans l’embarras en défendant ouvertement l’extermination des juifs par Hitler, au lieu de ranger le génocide parmi ses « erreurs » (10).

Von Leers possédait d’indéniables talents, qu’il a déployés pour asseoir les bases idéologiques de la collaboration du nazisme et de l’islam sur leur haine commune envers les juifs (11). Après la guerre, il a poursuivi son action en Égypte. Son travail fut considéré comme très positif, et a été pleinement soutenu.

Herf signale qu’en décembre 1942, von Leers a publié, dans Die Judenfrage, journal d’intellectuels antisémites, un article intitulé « Le judaïsme et l’islam face à face ». Comme le titre l’indique, l’auteur adoptait une perspective hégélienne, et présentait le judaïsme et l’islam en termes de thèse et d’antithèse. Cet essai mettait également en lumière le point de vue nazi obséquieux, que von Leers projetait sur le passé de l’islam, de même que l’intensité de sa haine du judaïsme et des juifs. Le passage suivant est extrait du texte original. L’auteur remercie le professeur Herf d’avoir mis à sa disposition ce document remarquable, dont il paraphrase ou cite directement des fragments:

« L’hostilité de Mahomet envers les juifs a eu une conséquence : les juifs d’Orient ont été totalement paralysés. Leur assise a été détruite. Le judaïsme oriental n’a pas réellement participé à l’extraordinaire montée en puissance du judaïsme [européen] au cours des deux derniers siècles. Repoussés dans la saleté des ruelles du mellah [dans les villes marocaines, c’est le quartier juif entouré de murs, analogue au ghetto européen] (12), les juifs ont mené là une vie misérable. Ils ont vécu sous une loi spéciale [celle d’une minorité protégée], qui contrairement à l’Europe ne leur permettait pas de pratiquer l’usure ni même le trafic de marchandises volées, les maintenant dans l’oppression et l’angoisse. Si le reste du monde avait adopté une politique semblable, nous n’aurions pas de question juive [Judenfrage]… En fait, en tant que religion, l’islam a rendu un service éternel [au monde] : il a empêché la conquête menaçante de l’Arabie par les juifs. Il a vaincu, grâce à une religion pure, le monstrueux enseignement de Jéhovah. C’est ce qui a ouvert à de nombreux peuples la voie vers une culture supérieure… » (13).

Pour sa part, lors de sa rencontre avec Hitler, le 21 novembre 1941, et dans ses émissions de radio, l’ancien mufti de Jérusalem, Haj Amin Al-Husseini, affirmait que les juifs étaient les ennemis communs de l’islam et de l’Allemagne nazie (14). L’ancien mufti fit de fréquents déplacements dans les Balkans pour y encourager les unités musulmanes SS. Les radios de l’Axe ont fidèlement rendu compte de ces visites. Au cours de son émission du 21 janvier 1944, il [Haj Amin] soulignait :

« Le Reich mène le combat contre les mêmes ennemis, ceux qui ont spolié les musulmans de leurs pays et anéanti leur foi religieuse, en Asie, en Afrique et Europe… Le national-socialisme allemand lutte contre les juifs partout dans le monde. Comme le dit le Coran: « Tu apprendras que les juifs sont les pires ennemis des musulmans ». Les principes de l’islam et du nazisme sont très proches, en particulier dans leur affirmation des valeurs du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du chef, dans l’idéal d’Ordre. Voila ce qui rapproche étroitement nos valeurs et facilite la coopération. Je suis heureux de voir, dans cette unité de musulmans SS, la mise en pratique indiscutable de nos deux visions du monde » (15).

Après la guerre, von Leers a habité incognito en Italie jusqu’en 1950, puis il a fui en Argentine, où il a travaillé comme rédacteur en chef du mensuel nazi, Der Weg. Il a établi dans ce pays des contacts étroits avec Adolf Eichmann. Après la chute de Perón en 1955, il est parti au Caire, où il a obtenu un poste au Ministère égyptien de l’information. Avec le soutien de l’ancien mufti, qui vivait, lui aussi, en Égypte, il se convertit à l’islam et prit pour noms Mustafa Ben Ali et Omer Amin Johann von Leers (16).

Von Leers a contribué financièrement à la publication d’une édition arabe des Protocoles des Sages de Sion. Il a redonné vie aux accusations de meurtres rituels, organisé la diffusion d’émissions de radio antisémites en plusieurs langues, encouragé les mouvements néo-nazis dans le monde entier, et entretenu une correspondance chaleureuse avec les premiers révisionnistes de l’Holocauste, dont Paul Rassinier (17). On a rapporté que von Leers aurait été le premier à imaginer l’idée d’une nationalité palestinienne autonome, dans le cadre de la guerre plus large contre Israël (18).

En plus de ses obligations professionnelles quotidiennes, Johann von Leers était actif au titre de « contact pour l’organisation des anciens membres des SS (ODESSA) en territoire arabe (19). » Et bien sûr, ce fut son vieil ami, Haj Amin Al-Husseini, qui lui trouva un poste de conseiller politique au Ministère égyptien de l’information (20). Dans son discours de bienvenue au Caire, l’ancien mufti déclara à l’adresse de von Leers : « Nous vous remercions de prendre part à la bataille contre les forces du Mal incarnées par les juifs du monde entier » (21).

Si la propagande anti-israélienne et antijuive actuelle des Arabes parait très proche de celle du Troisième Reich, ce n’est pas tout à fait par hasard.

 

 

 

Joël Fishmann * © JCPA

* Joël Fisman est membre du Centre de Jérusalem pour les Affaires Publiques (JCPA) et Président de la Fondation pour la Recherche sur la communauté juive de Hollande, à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il est l’auteur de « Dix ans après Oslo : La guerre populaire de l’OLP et la réponse inappropriée d’Israël », JCPA, Jerusalem Viewpoints No. 503, du 1er septembre 2003, et co-auteur, avec Efraim Karsh, de La guerre d’Oslo (Paris : Éditions de Passy, 2005). Les travaux de Joël Fishman portent sur la conduite de la guerre, et en particulier sur l’utilisation des médias et de la propagande.

 

 

Notes :

(1) Jennie Lebel, Haj Amin ve-Berlin [Haj Amin et Berlin] (Tel Aviv : par l’auteur, 1996), 210-13 [en hébreu]. Voir également Sanche de Gramont, « Nasser’s Hired Germans » [Les Allemands engagés par Nasser], Saturday Evening Post, 13-20 juillet 1963, 60-64.

(2) Kurt P. Tauber, Beyond Eagle and Swastika; German Nationalism since 1945 [Par delà l’aigle et la swastika; le nationalisme allemand depuis 1945] (Middletown, CT: Wesleyan University Press, 1967) II, 1115. L’auteur est redevable à Kevin Coogan pour cette référence.

(3) Matthias Küntzel, Jihad und Judenhass: Über den neuen antijuedischen Krieg [Le djihad et la haine des juifs : sur la nouvelle guerre antijuive] (Freiburg: Ça ira, 2002), 50-51 [en allemand].

(4) Description de Kurt P. Tauber, Beyond Eagle and Swastika [Par delà l’aigle et la swastika], II, 1269.

(5) Bundesarchiv-Findmittelinfo. Voir également Robert S. Wistrich, Who’s Who in Nazi Germany [Qui est qui dans l’Allemagne nazie] (Londres : Routledge, 1995), 153.

(6) Schaul Baumann, The German Movement of Faith and Its Founder Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962) [Le mouvement allemand de la foi et son fondateur, Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962)], dissertation doctorale, Université Hébraïque, 1998, 241, n. 49. Voir également Ulrich Nanko, Die Deutsche Glaubensbewegung: Eine historische und soziologische Untersuchung [Le mouvement allemand de la foi : recherche historique et sociologique] (Marburg: Diagonal, 1993), passim [en allemand].

(7) Karla Poewe, New Religions and the Nazis [Les nouvelles religions et les nazis] (New York et Londres : Routledge, 2006), 25.

(8) Schaul Baumann, Die Deutsche Glaubensbewegung und ihr Gruender Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962) [Le mouvement allemand de la foi et son fondateur, Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962)], Alma Lessing (Marburg : Diagonal-Verlag, 2005), 171, n. 358 [en allemand].

(9) Emil L. Fackenheim, To Mend the World: Foundations of Post-Holocaust Jewish Thought [Réparer le monde : Fondements d’une pensée juive après l’Holocauste] (Bloomington et Indianopolis : Indiana University Press, 1994), 184.

(10) Ibid., note de bas de page.

(11) Voir : Jeffrey Herf, « Convergence: The Classic Case, Nazi Germany, Anti-Semitism and Anti-Zionism during World War II » [Convergence : Le cas classique, l’Allemagne nazie, l’antisémitisme et l’antisionisme pendant la Deuxième Guerre mondiale], The Journal of Israeli History 25 : 1er mars 2006), 66-79. Dans ce texte, Herf a établi que c’était la politique officielle et « un élément d’un vaste effort stratégique », comme le montrent les directives à la presse et les textes eux-mêmes, « courtiser les Arabes pour qu’ils se joignent aux puissances de l’Axe » (p. 67). Il en a résulté « une convergence de l’antisémitisme et de l’antisionisme dans le régime nazi (p. 72).

(12) Wikipedia.

(13) “Judentum und Islam als Gegensaetze,” Die Judenfrage vol. 6, numéro 24 (15 décembre 1942) : 278. cité et commenté par Herf, The Jewish Enemy [L’ennemi juif], 181.

(14) Gerald Fleming, Hitler and the Final Solution [Hitler et la solution finale] (Berkeley : Publications de l’Université de Californie, 1984), 101-105. Ce chapitre décrit la visite de l’ex-Mufti à Hitler, le 21 novembre 1941, et contient le protocole de leur discussion.

(15) Maurice Pearlman, Mufti of Jerusalem: The Story of Haj Amin el Husseini [Le Mufti de Jérusalem : Histoire de Haj Amin El Husseini (Londres: Gollancz, 1947), 64.

(16) Lebel, Haj Amin, 212.

(17) Les amis de Rassinier.

(18) Wikipedia.

(19) Bundesarchiv-Findmittelinfo.

(20) Wistrich, Hitler’s Apocalypse [L’Apocalypse de Hitler], 176.

(21) Lewis, Semites and Anti-Semites [Sémites et Antisémites], 207.

 

 







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  • 2 thoughts on “Quand les nazis exilés au Moyen Orient oeuvraient à la cause palestinienne

    1. Julien732

      @ Justicien, clairement! Heureusement les Russes n’ont pas commis cette « erreur ». Car ce n’est pas par erreur que les occidentaux les ont laisser fuir ou récupéré mais par pur intérêt!… Toujours l’intérêt, chez l’occidental il semblerait que l’intérêt prime sur tout y compris sur la logique et la justice!

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