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Que nous apprend Auschwitz ? Par Nadia Lamm


Que nous apprend Auschwitz ?  Par Nadia Lamm

ANALYSE

En quoi consiste la morale ? non pas dans le fait de se mettre à la place de l’autre, car l’esprit occidental de catégorisation a, d’avance, clivé le genre humain en autres digne de ce nom, ceux qui appartiennent au même clan, à la même tribu, à la même nation, à la même race, à la même civilisation… que moi, les autres de l’altérité sereine car reconnue comme altérité humaine et les autres indignes de moi, de « nous » car inférieurs ou étrangers radicaux, ceux de ce que j’appelle l’ « autreté » selon un néologisme aussi hideux que la (non)pensée qu’il désigne.

Non-pensée qui vient de ce que je crois qu’il m’est loisible de tracer ce genre de frontière, soit de me prendre pour critère de ce que l’humanité a produit de mieux. Ainsi le racialisme républicain a tracé une frontière ambivalente entre le « nous » occidental et le « eux » africain et asiatique, en se faisant accroire qu’elle ne colonisait ces « eux » que pour mieux les élever à la dignité d’appartenir à ce même « nous » auquel elle s’enorgueillissait d’émarger. Eduquer des adultes – en l’occurrence considérés comme de grands enfants – c’est là toujours le fait du totalitarisme enseigne Hannah Arendt. Ainsi la IIIème République se croyait-elle capable de s’honorer du beau titre d’humaniste tout en colonisant et en exploitant. Ce qui n’a pas empêché certains – tels le Dr Schweitzer et d’autres – de véritablement respecter et aider les peuples d’Afrique et d’Asie, mais cela en vertu de sa foi protestante et non de l’humanisme républicain, couvrant de son universalisme proclamé, volé aux Humanistes et aux hommes des Lumières,  une entreprise impérialiste.

Plutôt, on peut dire que les vrais amis de ces peuples ont cherché à leur permettre d’accéder à l’indépendance en réussissant leur processus de décolonisation comme l’anticipait déjà Condorcet.

La morale consiste à voir un semblable essentiel, un égal en dignité et en droits dans chaque être humain, le plus abîmé par le mal, le malheur, la maladie, le handicap. La morale consiste à refuser de choisir entre autres dignes de l’altérité et autres indignes de l’autreté – dont l’aspect même, ou même les actes barbares, m’autoriseraient à lui dénier son lien à la commune appartenance. Encore une fois, Hannah Arendt signale que le vrai sens du crime contre l’humanité est précisément dans ce droit que je m’attribue de dire qui est digne ou pas d’appartenir à l’humanité (cf Eichmann à Jérusalem) et on voit que ce crime avait été perpétré par la IIIème République déjà !

Force est de constater que les philosophes non-Juifs, au contraire d’un Montaigne, et Kant en premier lieu, dans son Anthropologie du point de vue pragmatique, pour ne rien dire de Hegel et de Fichte – ce Kant qu’on tient pour le fondateur de la morale laïque – ont régulièrement et avec constance manqué la compréhension de la morale qui consiste à rejeter les critères qui, dans la pensée commune, permettent de mettre à part « hommes » et sous-hommes (on n’est alors pas loin des singes et des pous de terre) auxquels nous nous attribuons le droit de refuser la qualité d’hommes au sens pleinier.

L’éducation morale à l’Ecole n’enseigne jamais cela et pour cause : les adultes qui forment à cette discipline ne pensent pas à tirer la leçon d’Auschwitz, car aucun « grand philosophe » et surtout pas Heidegger ne l’a jamais tirée, sauf brièvement, Hannah Arendt. (voir aussi son entretien avec K. Jaspers « La philosophie n’est pas tout à fait innocente »). On ne découvre pas cela dans l’humanisme grec ou latin non plus et pour cause, il démarre avec la distinction Grecs-Barbares. Enfin on ne le trouve pas non plus dans une acceptation de type paulinien qui efface toutes les différences entre les hommes, car il ne s’agit pas de croire qu’il suffit, pour accepter autrui, de gommer tout ce qui me pose problème dans son comportement, sa culture ou sa religion.

Le chemin de la reconnaissance d’autrui peut aller de pair avec la reconnaissance de limites que je lui demande de respecter en se rapportant à moi ; le contraire est l’enfer pavé de bonnes intentions, c’est-à-dire celui d’une acceptation inconditionnelle qui finit par virer en refus tout aussi absolu. Accepter ne va pas sans le discernement de mes propres limites à un moment donné et sans la capacité adulte à créer, de part et d’autre un modus vivendi supportable pour tous. Tout autre type d’accueil reste du domaine de rêve éveillé, du simple narcissisme cherchant à se faire passer pour ouverture et tolérance mais qui n’est que paternalisme racialiste à l’envers ou culpabilité peinant à se comprendre comme telle. On ne fonde aucune relation saine sur la culpabilité massive de l’une des parties.

Il faut la confrontation sérieuse à l’expérience matricielle d’Auschwitz, l’approche des fours crématoires censés éteindre le feu spirituel de la Révélation du Sinaï dont ils constituent la réplique perverse et nihiliste pour envisager une éducation morale digne de ce nom au XXI ème siècle : A Auschwitz, en effet, les hommes triaient sélectionnaient  d’autres hommes renvoyés à l’autreté et objectivés en « Stücke », juste bons à brûler une fois leur graisse retirée. A travers l’assassinat des corps de ceux  qui avaient découvert une humanité plus haute, une humanité définie par l’espérance d’un possible auto-dépassement moral permanent, ceux qui se croyaient « les forts » et qui n’étaient que les sadiques hétéronomes, les pervers attardés, tentaient de se faire accroire que l’a-moralisme qui mettait les humains au même niveau que les ours, les lions et les loups en faisait une sur-humanité.

La solution juive à la question de l’énigme de la condition humaine, prise dans le paradoxe de sa capacité à penser l’infini tout en subissant la finitude, est tout autre : l’homme n’a pas à être une bête de proie pour atteindre l’acmé de son existence : il triomphe dans la maîtrise de ses pulsions archaïques. Le surhomme de Nietzsche, malgré quelques textes qui peuvent être recrutés par les Nazis, est l’homme doux, car unifié intérieurement. Nietzsche aime Montaigne.

Un être fort est juste avec lui-même et avec les autres. Il n’a besoin ni de s’effacer ni d’effacer les autres. Il est généreux, tel un prince, c’est-à-dire ne s’estime qu’à l’aune de son mérite (Descartes) et non de ses globules rouges, de la couleur de ses yeux ou de ses cheveux, ni de son rang social – toutes données biologiques et sociologiques – qui ne doivent rien à son mérite. La marque de l’homme c’est de n’être ni machine, ni animal mais force tranquille – déliée aurait dit Alain – parmi d’autres forces tranquilles qu’il aura aidé, dans la mesure de ses capacités, à se délier et ainsi à devenir libres, autant qu’il est en elles. C’est au fait de rendre à chacun ce qui lui est dû et d’élever, par là, le niveau général, qu’on reconnaît l’homme.

© Nadia Lamm pour Europe Israël News





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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  • 4 thoughts on “Que nous apprend Auschwitz ? Par Nadia Lamm

    1. Frank Giroux

      Vraiment intéressant votre texte.
      J’ai lu beaucoup de récits au sujet des camps d’exterminations nazis et pour ma part, ce que j’en ai tiré comme enseignement principal c’est ceci : ne jamais croire que le monde qui nous entoure est ou sera impartial et généreux ; ne jamais penser que de vivre selon des principes et des idéaux nobles va être reconnu et apprécié dans notre entourage ; ne jamais penser ou croire que tout le monde évolue en même temps.
      L’Expérience et l’Histoire nous démontre de façon irréfutable qu’il y a des choses en ce monde qui n’évolueront jamais. Après WWII et les camps d’extermination on a tous cru, qu’il fallait que ce qui s’était passé dans ces camps devait être raconté, être dit pour que jamais plus cela ne se reproduise.
      Et quel a été le résultat ? Un seul, CES CAMPS ONT SERVI DE MODELE à ceux qui ont été érigés par la suite, partout où il y a eu des conflits armés, guerres et guerres civiles(Polpot, MAO, Vietman, Corée, etc.).
      C’est beau vouloir être digne impartial et généreux, je comprends que l’on aspire à cet idéal mais cela me semble tellement utopique, futile et surtout très dangereux.
      Hier l’ennemi était le nazisme, aujourd’hui l’ennemi à abattre c’est l’arabo musulman. C’est l’envahisseur, le malade mental qui gangrène la planète toute entière. Ce sont les arabo musulmans qui nous menacent jour après jour, vicieusement, délibérément. Les maillons faibles de nos sociétés occidentales se laissent prendre tandis que les plus lâches d’entre nous font semblant de ne rien voir.
      MAIS SI NOUS NE LE VAINQUONS PAS AUJOURD’HUI, SI NOUS NE LE FORÇONS PAS À RESTER À SA PLACE – CE SONT NOS ENFANTS ET NOS PETITS-ENFANTS QUI EN PAIERONT LE PRIX, NOUS DEVRONS L’ÉLIMINER tôt ou tard. Plus ce sera tard plus il y aura de dommages collatéraux car c’est tout l’occident qui périra.
      Ensuite arrivera notre autre ennemi, celui qui approche à vitesse grand V ; le réchauffement climatique.
      L’occident doit vite réaliser que c’est tout le continent africain en entier se meurt. Par exemple, juste au sud de la Syrie, ils en sont à creuser dans une nappe phréatique vieille de 1000 ans pour avoir de l’eau potable, qu’en sera-t-il en 2050? C’est dans 34 ans, juste 34 ans et il y aura 9 milliard d’humain sur terre. L’Afrique est de + en + peuplée, la moyenne d’enfants par femme africaine et nord-africaine atteint presque 10. La terre ne pourra pas le supporter, cela est vérifiable et démontrable.
      Notre ennemi actuel veut s’installer chez nous justement parce qu’il sait que nous aurons encore des ressources naturelles – nous sommes organisés socialement, financièrement – et qu’ils pourront s’accaparer et s’approprier. Notre ennemi actuel n’a aucun scrupule aucun, à violer, voler, tuer, ils n’ont justement AUCUNE MORALE. Je n’invente rien, tous les jours, tous les jours il n’est question que d’eux. Les biens pensants croient que l’on doit tout partager (biens, argent, eau, terre et pouvoir) ce qu’ils ne réalisent vraiment pas, c’est que d’abord il n’y en aura pas pour tout le monde et que TOUJOURS IL Y EN AURA QUI VOUDRONT PRENDRE LE CONTRÔLE par la force. LES OCCIDENTAUX SONT TOUS EN DANGER.

      Mon idée est beaucoup plus pragmatique : Si tu peux, sois morale avec qui l’est, pour les autres prépare-toi au pire. On ne peut pas s’offrir le luxe d’être ‘’morale’’.

    2. lanah

      Je vous remercie de votre intérêt pour mon texte; je pense qu’il comporte aussi une nuance réaliste comme vous le dites, car j’y écris qu’il ne faut pas tout accepter naïvement des autres, quitte à les refuser en bloc par la suite. Il faut établir des modi vivendi supportables partout, ce qui suppose aussi d’être capable de dénoncer et de refuser en pratique les comportements immoraux , c’est-à-dire abusifs, des autres envers nous-mêmes. Cela devrait être le fait des politiques menées par nos responsables qui le sont de moins en moins. Mais le refus des comportements immoraux et des justifications pseudo-culturelles qui les accompagnent ne signifient pas que nous nous donnions le droit d’essentialiser et de déshumaniser ceux qui les accomplissent , sauf à leur donner raison lorsqu’ils préparent de nouveaux Auschwitz…

    3. Abraham BRAMI

      Que nous apprend Auschwitz ? CE LIEU FUNESTE NOUS APPREND A NE PAS OUBLIER ET a NOUS SOUVENIR !

      Souffrance indicible
      Gilbert Abraham BRAMI

      Alors, que nous vivions dans les ténèbres, dans les larmes, le sang et les clameurs d’épouvante. Entourez de nos morts, nous n’entendîmes que le vide de l’absence et le silence de l’indifférence. (De nos frères chrétiens et musulmans)
      Ce monstre déchaîné et terrifiant du paganisme primaire sorti tout droit de l’Apocalypse, que le christianisme avait lui-même consacré en jouant à l’apprenti sorcier.
      Le triomphe éphémère de la bête immonde impose l’image de la matière animale déchaînée dans l’homme, aboutissant à ce monstre du despotisme, qui foule tout à ses pieds et inflige à l’Humanité stupéfaite le règne du plus implacable destin par sa hideuse apothéose.
      Le silence assourdissant de l‘humanité face aux atrocités perpétrées par la bête ignominieuse pendant la plus grande tragédie de l’humanité ou l’Antéchrist sévissait où le monstre hideux du paganisme le plus bestiale avait resurgi du fond des abîmes pour faucher les âmes devant les portes du sanctuaire de Dieu.
      Ce n’est pas sur les tombes où près des ossements que nous avons retrouvé nos morts. Ils sont partis en volutes de fumée en compagnie de nuages blancs qui faisaient une danse macabre sous le ciel noir de l’obscurantisme. Ce n’est pas là qu’ils nous attendent, ils sont dans chacun de nous dans le souvenir de tous et de chacun. Si, il faut pardonner ; Il ne faut pas oublier. La mort des nôtres, est comme une blessure mal guérie. Elle saigne à chaque agression verbale ou physique produite par ce sous-monde ; Nous n’y pouvons rien. Nos mort nous ont nourris, non pas de haine, ni de rancœur, mais d’une énergie que rien ne pourra briser.

      Maintenant, dit le père à ses fils et filles de quoi auriez-vous peur ?

    4. Armand Maruani

      Ne jamais céder et leur montrer que nous n’avons pas peur d’eux quitte à nous battre jusqu’au bout .

      Et ils sont loin d’être les plus forts .

      Si nous sommes unis nous les écraserons sans aucun doute .

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