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«Le ralliement de Boko Haram est une victoire stratégique de Daech sur al-Qaïda»


«Le ralliement de Boko Haram est une victoire stratégique de Daech sur al-Qaïda»

Pour l’islamologue Mathieu Guidère, l’allégeance de Boko Haram à l’Etat islamique signe un pas de plus vers l’unification de l’internationale djihadiste : la restauration du califat panislamiste.

LE FIGARO. – Le groupe islamiste Boko Haram a annoncé samedi avoir prêté allégeance au groupe Etat islamique. Pourquoi une telle alliance?

MATHIEU GUIDERE*: Il faut savoir que Boko Haram hésitait depuis longtemps entre deux partenaires: al-Qaïda ou Daech. Dans les années 2010-2012, le groupe d’Abubakar Shekau s’était rapproché d’AQMI (al-Qaïda au Maghreb Islamique) qui était alors une organisation riche, avec pour objectif de devenir la filiale du groupe de Ben Laden dans la région.

Mais avec la montée en puissance de l’Etat islamique, Shekau avait félicité le calife autoproclamé al-Baghadi pour le rétablissement du califat en août dernier. Il avait lui-même proclamé son propre califat sur le modèle du califat de Sokoto [NDLR: califat qui s’étendait à cheval entre le Nigeria, le Cameroun et le Tchad actuels entre 1804 et 1903] dans la région. Les deux groupes islamistes possèdent le même fond idéologique: le projet panislamique d’une restauration du califat.

Cette allégeance signe-t-elle la victoire de Daech sur al-Qaïda?

En Afrique, seuls AQMI et les Shebabs restent liés à al-Qaïda. L’Etat islamique est en train de se substituer à al-Qaïda dans les faits, mais surtout dans l’idéologie. L’intervention de la coalition à l’été 2014 en Irak a polarisé l’attention sur l’Etat islamique alors naissant, ce qui lui a permis d’éclipser al-Qaïda par une véritable superstructure terroriste. A partir du moment où on a désigné Daech comme l’ennemi global de l’Occident, il était logique que tous les groupes islamistes du monde entier se rallient sous sa bannière.

L’intervention occidentale, suivie de décapitations médiatisées a été instrumentalisée par l’Etat islamique pour internationaliser le djihad et pour acquérir une notoriété mondiale. Il est arrivé le même phénomène en 2001 lorsque les Etats-Unis ont désigné al-Qaïda comme ennemi global.

Ce choix de privilégier l’Etat islamique à al-Qaïda est un choix stratégique. Alors qu’al-Qaïda a toujours privilégié le djihad déterritorialisé contre l’Occident, Daech avance le modèle d’un djihad territorialisé qui a pour objectif la création effective d’un Etat sur un périmètre précis. Alors que le combat d’al-Qaïda était nihiliste, sans projet politique précis (s’agissait-il de convertir le monde entier à l’islam? de multiplier les attentats pour semer le chaos et la vengeance?), le projet de Daech est plus clair: unifier les peuples musulmans sous la même bannière d’un califat islamique restauré sur le modèle du califat ottoman disparu en 1924.

Faut-il s’attendre à ce que les méthodes et les moyens de Boko Haram changent après ce rapprochement?

On peut déduire ce qui va arriver des précédents: l’allégeance des djihadistes du Sinaï et l’instauration de l’Etat islamique en Libye [NDLR: émirat de Derna). Les groupes qui se rallient à Daech acquièrent immédiatement une visibilité internationale accrue. Daech leur envoie des experts militaires et politiques qui leur enseignent une stratégie d’implantation territoriale, un contrôle politique et économique du territoire. En Libye par exemple, on a vu des groupes djihadistes, auparavant mineurs, prendre le contrôle des ports ou de puits de pétrole. On peut s’attendre également à ce que Boko Haram confessionnalise davantage ses massacres, en visant particulièrement les chrétiens, dans la stratégie prônée par Daech de «choc des civilisations». En tout cas, le groupe barbare et sanguinaire va sans doute se rationaliser et s’étendre territorialement.

Que signifie l’arrivée de l’Etat islamique en Afrique noire?

Aujourd’hui, tout le débat dans l’internationale djihadiste est de savoir si ce califat doit prendre la forme d’une «confédération» ou d’une «fédération» d’Etats islamiques. Mais ce qui est clair et indéniable, comme le montre l’extension de l’Etat islamique jusqu’à l’Afrique, c’est que le panarabisme a tout à fait cédé le pas à un panislamisme, qui par définition a des frontières indéfinies, car religieuses.

Que peuvent faire les Occidentaux?

La clé se situe dans les populations locales. Si elles adhèrent au projet unioniste djihadiste comme elles l’ont fait pendant la seconde moitié du XXe siècle pour le nationalisme panarabe, on ne pourra pas faire grand-chose. Suite à l’effondrement du nationalisme arabe (nassérien et baasiste) et à l’échec des printemps arabes, on est face à un vide idéologique, que le projet du califat vient remplir. Il est impératif que les régimes arabes se prononcent face à ce vide idéologique. Pour le moment, l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) qui compte 57 pays musulmans, ne s’est pas prononcé pour ou contre la restauration du califat.

* Mathieu Guidère est islamologue, il enseigne à l’université de Toulouse 2 où il est titulaire de la chaire d’islamologie et pensée arabe depuis 2011. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le monde arabe et l’islam dont le dernier Monde arabe – Monde musulman, collection (Éditions De Boeck, 2013).

VIDÉO – Le chef de Boko haram prête allégeance au groupe État islamique

Source





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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  • 2 thoughts on “«Le ralliement de Boko Haram est une victoire stratégique de Daech sur al-Qaïda»

    1. pactole

      Boko Haram a une tête de singe, le problème c’est que les singes sont des animaux attachants, mais pas lui, il doit être une nouvelle espèce ?

    2. Global

      Il serait peut-être utile, lorsqu’on cite le dénommé Mathieu Guidère, de savoir que :

      C’est un Arabe d’origine musulmane, né en Tunisie sous le nom Moez Kouider. Vécu dans des pays arabes jusqu’à ses 18 ans. Bardé certes de diplômes français, mais TOUS concernent l’Islam et la géopolitique arabe.
      Il fut entre autres précepteur du fils du prince du Qatar Al-Thani lors des études du jeune qatari à l’école militaire St. Cyr.

      A bien l’écouter ses sympathies sont claires ; même dans ce texte il laisse entendre que la montée d’Al-Qaeda et de Daech sont la conséquence des interventions occidentales manu militari. C’est dont, dit-il, l’Occident et notamment les USA qui en portent la responsabilité.

      Naturellement il occulte l’éventualité, pourtant évidente, que l’émergence de ces métastases cancéreuses de l’Islam est du fait de l’Islam lui-même et de la mythologie missionnaire et apocalyptique qu’il cultive.

      A écouter Moez Kuider, tout est toujours la faute des autres, jamais de l’Islam ni des musulmans ; discours islamiste symptomatique qui refuse l’autocritique, tant il est plus facile de battre sa coulpe sur a poitrine d’autrui.

      Europe-Israël devrait au moins signaler ces choses avant de balancer de textes pareils aux lecteurs.

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