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Auschwitz et Jérusalem – Par Shmuel Trigano


Auschwitz et Jérusalem – Par Shmuel Trigano

OPINION

L‘expérience de ce 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz  inspire le même questionnement que le 60ème. La compassion qui a envahi médias et discours politiques, le déplacement impressionnant à Auschwitz d’une quarantaine d’hommes d’Etat, un véritable culte à la mesure d’un continent tranchent sur le climat ambiant qui entoure les Juifs. L’Union Européenne célèbre la mémoire d’Auschwitz au moment où les Juifs s’en vont ou pensent à partir! Il y a là quelques chose qui ne tourne pas rond! Il y a 10 ans, j’avais fait la même remarque: une cérémonie encore plus prestigieuse s’était déroulée au moment même où une campagne acharnée contre Israël se déchainait dans les médias européens.

Contre toute apparence, il n’ y a pas ici de contradiction mais un vrai système dialectique que j’avais analysé dans Les frontières d’Auschwitz (Livre de Poche, 2005). Pour employer une image, je dirais que la visite à Auschwitz, la compassion (je pense sincère!) pour les victimes, va de pair avec le vote de reconnaissance pour la Palestine. Plus la compassion pour la Shoah s’approfondit, plus la cause de la Palestine progresse; plus Israël est condamné, plus la compassion se retourne contre lui et les Juifs et en général. J’ai défini ce syndrome comme « l’abaissement superlatif ». En fait un rapport de compensation s’établit: la compassion, et le sentiment de culpabilité envers les Juifs qui l’accompagne, s’épanchent sur les Palestiniens au nom du « Plus jamais çà ». Dans l’imaginaire occidental, en effet, on ne peut accepter l’idée ni même imaginer que les Juifs soient un peuple et un peuple légitime. C’est là le vieil héritage paulinien du christianisme qui fait de l’Israël « charnel », un peuple déchu. Et celà explique pourquoi les Occidentaux s’imaginent que l’Etat d’Israël n’existe qu’en compensation de la Shoah, pour trouver un lieu à ce peuple que l’Europe vouait à l’extermination. C’est là qu’entrent en scène les Palestiniens, peuple innocent que la faute de l’Europe a délogé de son pays pour y placer les Juifs (aucun rapport bien sûr pour les post-pauliniens entre les Juifs déchus et la Terre d’Israël et bien sûr Jérusalem!).

Ainsi la culpabilité envers les Juifs « se blanchit »-elle pour se sublimer en compassion pour les Palestiniens. Elle ne peut que se retourner alors contre Israël qui, par définition, les opprime et à qui on demande avec une urgence pathologique de « faire la paix », sous peine de se voir accuser de nazisme, de persécution, de cruauté, etc. A ce niveau, les Arabes ont bien perçu l’avantage qu’ils retireraient de l’Europe en se positionnant exactement sur ce terrain. Ainsi ont-ils forgé le mythe de la Nakba, transformant en un pseudo-génocide l’attaque des 5 pays arabes auxquels ils s’étaient joints pour exterminer le jeune Israël au moment même où il naissait. Edward Said, un de leurs doctrinaires, avait même forgé le slogan des « victimes des victimes », pour insinuer, toujours dans la compassion, que les victimes devenaient des bourreaux puisqu’elles engendraient d’autres victimes (innocentes). On connaît cette manipulation. Mais elle marche toujours et le »partenaire de paix » de la gauche israélienne enfonce le clou toujours plus fort.

Ceci dit, il y a une dimension nouvelle à la surexposition de cet anniveraire. On voit très bien pourquoi en France on le met en valeur. C’est qu’on espère ainsi contrecarrer l’antisémitisme, apitoyer et convaincre « les jeunes » de changer d’opinion sur les Juifs. Or, dans le principe même, celà a quelque chose d’accablant car c’est envoyer le message que la légitimité de l’existence juive et avant tout d’Israël est dans la condition de victime et pas celle de sujet de l’histoire. Ce n’est pas à Auschwitz qu’il faut aller chercher la raison d’être des Juifs mais à Jérusalem.

Et c’est Jérusalem qui porte la mémoire et la résurrection des victimes. C’est Jérusalem, c’est le fondement historique de l’Etat d’Israël qu’il faut transmettre aux « jeunes ». Ne reconnaître qu’Auschwitz, sans en tirer de leçon pour le peuple juif, c’est interdire la reconnaissance de Jérusalem. Et c’est bien ce qui se produit à tous les niveaux dans l’enseignement comme dans la politique internationale, autant que sur le plan national. « Français de confession juive », cette expression dans le discours, par ailleurs sympathique, de Hollande au Mémorial, le jour de la commémoration, sonne bizarrement car la Shoah détruisit les Juifs comme un peuple. C’est ce que nous ne devons pas oublier.

 Reproduction autorisée avec la mention suivante:

© Shmuel Trigano pour Europe Israël

* Publié dans Actualité Juive du 5 février 2015





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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