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Controverse sur Vichy: l’opinion de l’historien et rabbin Alain Michel (interview)


Controverse sur Vichy: l’opinion de l’historien et rabbin Alain Michel (interview)

Historien français et rabbin vivant en Israël, Alain Michel est l’auteur de Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français (préface de Richard Prasquier), dont les idées sont largement reprises par Eric Zemmour. Il plaide pour que s’ouvre un « débat historique » sur la question, jugeant que le l’historiographie de la Shoah est figée en France.

Eric Zemmour reprend vos idées au service d’un ouvrage très politique et idéologique – Le suicide français. N’est-ce pas gênant pour l’historien que vous êtes?
Je ne suis pas responsable de l’utilisation que l’on fait de ce que j’avance, à partir du moment où l’on ne déforme pas ce que j’écris. Le livre d’Eric Zemmour reprend ses idées, ses approches, et cela ne me concerne pas. Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. Je n’ai pas à censurer quelqu’un en raison de ses idées tant que cela reste globalement dans le consensus démocratique.

Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que « Pétain a sauvé 95% des juifs français »?
Non, ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France.

Existe-t-il une doxa paxtonienne (du nom de Robert Paxton, historien américain dont les recherches sur la France de Vichy font référence), comme le répète Eric Zemmour?
Oui, je pense qu’il a tout à fait raison de ce point de vue-là, malheureusement. Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France.

Les ouvrages de Leon Poliakov (Bréviaire de la haine : le IIIe Reich et les juifs) et Raul Hilberg (La destruction des juifs d’Europe), auxquels vous vous référencez, sont anciens, et ont été écrits sans qu’ils aient eu accès à l’ensemble de la recherche sur le sujet, ce que vous reproche Paxton notamment…
C’est une inexactitude totale. Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux.

Que répondez-vous à Robert Paxton, qui affirme que vous n’êtes pas un historien sérieux?
Un historien sérieux n’est pas là pour distribuer les bonnes et mauvaises notes aux autres chercheurs. Il doit amener des faits. Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.

Que voulez-vous dire?
Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.

Qu’implique un « réexamen du régime de Vichy », que vous appeliez de vos voeux dans votre livre?
Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.

Comment dire que Vichy a « protégé la majorité des juifs français », quand le statut des juifs de 1940 et 1941 les excluait de la plupart des professions et les condamnait à la misère, avec un statut de citoyen de seconde zone?
Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination.

Les enfants victimes de la rafle du Vel d’Hiv étaient, pour la plupart, nés en France et déclarés Français…
La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible.

Vous estimez que l’historiographie de la Shoah est figée, que voulez-vous dire?
Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer.

Source

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  • 18 thoughts on “Controverse sur Vichy: l’opinion de l’historien et rabbin Alain Michel (interview)

    1. Marie

      Pour un historien cela ne m’a semble pas sérieux .
      Le rabbin Michel me fait passer à certains juifs qui ont collaboré , par exemple le Docteur Drucker père de de notre présentateur Michel Drucker, chargé de trier ceux qui étaient juifs même non circoncis
      Pour moi le seul historien valable reste l’américaine Paxton et les statuts des juifs français ou étrangers, la rafle du vel’ d’hiv, les déportations massives de150000 juifs farcis et étrangers avec leurs enfants dont 90000 ont été gazés et brules, le port de l’étoile jaune pour tous les juifs même de hautes personnalités y compris des hauts gradés militaires, l’assassinat de Mandel, Zay, les procès de Blum. Mendes , l’abolition du décret Cremieux en 40 rétablit en43 par l’intervention de Roosevelt à Giraud ……………. Tout cela montre sans la moindre faille que Pétain et le gouvernement de Vichy mené par des socialistes comme Laval,Dofiot,Deat,Bousquet ,Mitterand Henriot………….y compris Robert Jospin père de Lionel Jospin ou Rebsamen père du ministre de Hollande : Rebsamen …… a persécuté et a déporte les juifs sans protéger les Francis juifs y compris les anciens combattants ou les juifs français depuis 1793
      Le rabbin Michel ment et n’est pas un véritable historien par manque de sérieux de ses recherches et de sa partialité pour des raisons incompréhensibles
      Ne parlons pas de Zemmour qui en s’inspirant de Michel écrit des contre vérités sur vichy (mais pas pour l’immigration arabe et noire)
      En résumé seul Paxton reste la référence

    2. orso

      Qu’on t ils tous à ouvrir ces problématiques aujourd’hui?C’est à se demander si certains juifs ne veulent pas donner du grain à moudre aux antisémites (qui n’en manquent pas).Je ne suis pas pour la censure de l’étude historique mais je crois qu’il y a un temps pour tout.Choisir aujourd’hui alors que l’antisémitisme fait rage en France et que les négationnistes de tous poils tentent de légitimer leur discours est au mieux idiot et au plus suicidaire.Quand Alain Michel prétend que l’étude de la Shoah est impossible en France ses propos sont immédiatement repris par Soral dans son site antisémite « Egalité et réconciliation » et porté au crédit de ses thèses négationnistes qui disent en gros la même chose mais pas dans le même but.D’un coté Alain Michel pinaille sans remettre en cause l’essentiel de l’autre Soral en déduit que la Shoah est un gros mensonge qu’il est urgent de dénoncer.On peut remercier Zemour et Alain michel de fournir aux antisémites des armes supplémentaires pour nous battre…On en avait vraiment besoin.

    3. Nemo

      Bien d’accord avec vous Orso !
      Ces individus n’ont aucune compétence d’historien et feraient mieux de réfléchir à 2 fois avant de l’ouvrir, et de s’occuper de leurs oignons.
      Les antisémites sont trop contents de les trouver pour alimenter leur révisionnisme et leur négationnisme !

    4. Ratfucker

      @Marie: Comme Alain Michel joue avec les %, vous jouez avec les nombres. Ce n’est pas admissible. Serge Klarsfeld a dénombré 76.000 Juifs déportés, dont la nationalité française est disputée, car les Alsaciens-Lorrains, majorité du Judaïsme français, étaient originaires de départements annexés par l’Allemagne, et privés par cela de leur citoyenneté. A quoi s’ajoutent 13.000 victimes des camps d’internement de Vichy, morts de maladies causées par la faim, et les otages fusillés en France par la Milice et la Gestapo (secondée par la Brigade Nord Africaine). 89.000 disparus sur une population de 300.000 Juifs vivant en France en 1939, cela représente 30%. Et si 70% ont survécu, c’est d’une part grâce à l’aide de la majorité des Français, même antisémites (ex: Mlle Brun, tutrice abusive des enfants Finaly, qui les avait converis de force), mais aussi grâce à la proverbiale inefficacité de la bureaucratie française, qui m’a sauvé la vie. L’administration française, en particulier la police, après avoir fait du zèle jusqu’à l’été 1942, a retourné sa veste lorsque les désastres de l’Allemagne à Stalingrad et El Alamein sont arrivés à la connaissance du public. Une autre explication est la faible organisation des institutions communautaires, dont se méfiaient les Juifs de France à juste titre; contrairement aux puissantes institutions communautaires hollandaises à qui l’état néerlandais délègue la gestion de toute la vie religieuse et sociale, en l’absence de laïcité, et qui sont tombées comme un fruit mûr dans les filets de la Gestapo.

    5. Laurence

      Messieurs et Madame Klarsfeld battez vous s’il vous plait ce sont DES FOUS DANGEREUX !!!!!!!!!!!!!

      ILS CHANGENT L’HISTOIRE !!!!!!!!!!!!!!!

    6. Marie

      M.rackfuker
      Vous vous moquez du monde vous , Michel ,Zemmour et cie
      76000+13000=89000 et je donne 90000 : vous trouvez une différence
      150000 sont déportés et 90000 sont morts et c’est l’entière responsabilité de Pétain et du gouvernement de vichy
      Quant aux autres juifs je vous mets au défi que 300000-150000=150000 ont été protégés par les chrétiens de France
      La plupart se sont débrouillées seuls ou se sont enfuis dans diverses pays ou se sont cachés dans les montagnes maquis: mais à part les 2500 justes aucun chrétien de France ne s’est soucié des juifs sauf pour récupérer les enfants comme les Finally pour les convertir très bonne stratégie chrétienne dont ils ont été le fer de lance de l’antijudaisme comme Pie 12 cet ignoble pape
      Zemmour , Michel et cie devraient relire les livres de véritables histioriens: ils ne sont pas crédibles et dangereux de dire de telles insanités des morts des français juifs et étrangers .c’est du pure crétinisme

    7. Pablo

      Pour clore cette polémique, je pense qu’une visite au Musée de la Déportation s’impose.
      Là, le nom des déportés de France, avec leurs origines exactes, y sont mentionnés .
      S’il est vrai qu’on trouve une majorité de Juifs étrangers, il n’en demeure pas moins qu’on y trouve des Français, soit d’origine métropolitaine, soit d’origine d’Afrique du Nord dont nombre d’entre eux avaient été Français de par le Décret Crémieux !
      Celà vient contredire totalement les affirmations péremptoires d’Eric Zemmour quant à la supposée bienveillance des autorités de Vichy à l’égard des Juifs français !

    8. Ayin Beothy

      je suis surprise de la violence des réactions envers Alain Michel.
      C’est un historien, au nom de quoi ses contradicteurs le contestent ?
      Et il demande juste qu’on le laisse travailler !

    9. Marie

      Mon cher Beuthy
      Êtes vous un béotien pour ne pas comprendre l’importance des affirmations de Michel et Zemmor sur la prétendue protection deVichy sur les français juifs
      Leurs affirmations vont q´ l’encontre des réalités vécues par les Jufs Francis et étrangers , nos frères morts par le gouvernent de vichy
      Les extrémiste de tout poil se délectent de ces prétendues affirmations de Zemmour et Miclel qui blanchissent les nazis français de vichy montrant ainsi que les juifs ont ainsi menti sur ces morts
      Bien entendu vous verrez les LePen et ses amis , les islamistes, les gauchistes montaient au créneau pour clamer ces prétendues inventions des lobbies juifs et demain les négationniste de la Shoah diront qu’elle n’a jamais existé
      Si vous aviez eu des membres de votre famille au vél d’hiv ou dans les camps les dizaines de camps en France de Drancy……….de Struthoff avant d’aller se faire exterminer dans les camps de la mort via les trains plombés de la SNCF ces collabos qui ont été aussi dénoncés auxUSA , vous comprendrez la légitime colère qui animent ceux qui ont pu s’en tirer par leurs propres moyens
      2500justes en France soit à peu près 10000 personnes sur une population de 50 millions de chrétien : c’est formidable cette protection!!!!!!!!!!!

    10. Nemo

      Extrait de la réponse de Serge Klarsfeld au sujet de cette polémique, publiée dans le Monde, le 18 octobre 2014 :

      « En 1940, il y avait en France près de 190 000 Juifs français et 130 000 Juifs étrangers. En octobre, leur statut aggravé de la main même de Pétain ainsi que la loi sur l’internement administratif des Juifs étrangers ont été une manifestation spontanée d’un antisémitisme profond de la part de Vichy entrant en concurrence avec les Allemands.
      Ciblés comme boucs émissaires de la défaite, dépossédés de leurs biens, transformés en parias alors que le gouvernement de Vichy n’ignorait pas que les Juifs internés mourraient de faim, de froid et de misère physiologique dans ses camps de la zone libre et ceux de la zone occupée.

      Le 11 juin 1942, après la mort de Reinhard Heydrich, les Allemands lancent la « solution finale » en Europe de l’Ouest : déporter des familles juives de France dans des centres d’extermination – 40 000 Juifs – à partir de la mi-juillet. Le 16 juin, René Bousquet, secrétaire général à la police, face aux chefs SS, accepte une première livraison en provenance de la zone libre – où il n’y a pas de soldats allemands – de 10 000 Juifs étrangers considérés comme apatrides. Le 25 juin, Theodor Dannecker, chef du service des affaires juives de la Gestapo, entame avec Jean Leguay, délégué de Réné Bousquet en zone occupée, la procédure d’arrestation en zone occupée du contingent souhaité par des rafles d’une ampleur inégalée, qui doivent être conduites par la police française. Dannecker attend de Leguay une proposition concrète pour l’arrestation à Paris et sa banlieue de 22 000 Juifs de 16 ans à 40 ans, dont 40 % de nationalité française.

      La police conduit les rafles

      Le 2 juillet, lors de sa rencontre avec les chefs SS, Bousquet déclare : « À la suite d’une intervention du Maréchal, Laval a proposé que ce ne soit pas la police française qui procède aux arrestations en zone occupée. C’est au contraire aux forces d’occupation qu’il voudrait laisser ce soin. Pour le territoire non occupé, Laval a proposé, en raison de l’intervention du maréchal, d’arrêter et de transférer pour le moment seulement les Juifs de nationalité étrangère. » Ce serait là sceller le sort de la rafle ; rafle impossible à mener par les forces de police allemandes. Bousquet accepte pourtant que la police française conduise les rafles sur tout le territoire et qu’elle livre le nombre de Juifs voulu par les Allemands. Selon le compte rendu de la réunion : « Bousquet a déclaré que du côté français on n’avait rien contre les arrestations de Juifs, c’est leur exécution par la police française qui est gênante à Paris. »

      Il n’y a pas eu de marchandage : la police de Bousquet est la seule alors à pouvoir se saisir des Juifs. S’il avait refusé d’engager sa police, ni les Juifs étrangers ni les Juifs français n’auraient été arrêtés. Refuser de faire arrêter des Juifs étrangers par la police française aurait été la meilleure protection des Juifs français. On aurait pu parler de marchandage, si l’exclusion des Juifs français avait été définitive et scellée par un accord écrit ou si le marchandage avait porté sur un nombre de Juifs bien réduit.

      La conclusion du 2 juillet a été entérinée par Pétain et Laval le 3 juillet au Conseil des Ministres. Le 4 juillet, « le Président Laval a proposé que, lors de l’évacuation des familles juives de zone non occupée, les enfants de moins de 16 ans soient emmenés eux aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l’intéresse pas ».

      C’est sans doute là la plus mauvaise action commise dans l’histoire de France : la livraison à l’ogre nazi de 3 000 enfants français, en majorité déportés vers Auschwitz dans des conditions matérielles et une détresse morale effroyables – sans leurs parents, déportés peu avant. Entre le 17 juillet et le 30 septembre, 3 300 Juifs arrêtés par des policiers français seront déportés. Fin 1942, plus de 42 000 Juifs auront été déportés, dont 6 500 Juifs français.

      Ce freinage de la coopération policière n’est pas dû à Vichy, mais à la pression exercée sur Vichy par les Églises et les Français à la suite des rafles et des livraisons en zone occupée de familles juives en provenance de la zone libre. Les documents le prouvent : le 2 septembre 1942, Laval a exprimé à Oberg que « les exigences que nous lui avions formulées concernant la question juive s’étaient heurtées à une résistance sans pareille de la part de l’Église… Eu égard à cette opposition du clergé, le Président Laval demande que, si possible, on ne lui signifie pas de nouvelles exigences sur la question juive. Il faudrait en particulier ne pas lui imposer a priori des nombres de Juifs à déporter. On avait exigé par exemple que soient livrés 50 000 Juifs pour 50 trains qui sont à notre disposition. Il nous prie de croire à son entière honnêteté quand il nous promet de régler la question juive, mais, dit-il, il n’en va pas de la livraison des Juifs comme de la marchandise dans un Prisunic… »

      (suite en accès payant sur le site du journal Le Monde).

    11. Ayin Beothy

      @Marie
      vous vous indignez (bcp) sans vraiment lire l’interview ci-dessus.

      Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que « Pétain a sauvé 95% des juifs français »?
      Non, ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France.

    12. Marie

      Une phrase importante de Paxton » en fin de compte les allemands s’emparèrent de tout ce qu’ils purent Français ou non »
      Où était donc cette protection des français juifs à partir de 1942 par vichy???

    13. Ayin Beothy

      Cela ne m’empêche pas de penser que le rôle de la police française fut essentiel, ds le sens négatif. Et celui qui comparait le sort des Juifs italiens à celui des Juifs français avait parfaitement raison.
      Mais votre ton vindicatif et injurieux est déplacé.

    14. Nemo

      Réponse de Paxton au sujet de cette polémique :

      « Vichy, une collaboration active et lamentable »

      Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière : au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi… Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune « préférence nationale » n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des « ressortissants étrangers de race juive ».

      Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers (qui n’étaient pas nécessairement citoyens français), ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

      Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

      Antisémitisme culturel français

      Les juifs assimilés comme Léon Blum furent les cibles d’un opprobre tout particulier. Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’antisémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

      Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la « solution finale » commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nombre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion. Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouvernement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police française assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

      En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas une issue positive. La France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte. L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

      Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de « reprendre » ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

      Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’importance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’insinue M. Zemmour ; il ressort avec évidence des archives allemandes. « Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel », écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, « l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française ».

      Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une critique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide humanitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

      (…) »

      Article paru dans Le Monde du 18 octobre.

    15. Robert Davis

      Ces débats d’historiens sont trés interessants mais si vous ne voulez pas que cela se reproduise,vous avez grand grand intérêt à faire pression sur le PM netanyahou pour qu’il chasse tous les arabes de Palestine Occidentale. L’espoir des arabes et de la gauche d’affaiblir à mort Israel disparu, l’antisémitisme et l’antisionisme agoniseront!

    16. Laurence

      Némo
      Vous avez raison de mettre ces propos de gens serieux et qui savent de quoi ils parlent en matière d’Histoire !!!!!!!!!!!!

    17. HENRIETTE Irène

      Il se trouve parmi nous des gens « bien intentionnés » qui reprochent aux Juifs de faire des films, des livres et de parler de la Shoah encore actuellement.

      N’oublions pas que pour la guerre 14/18, la télévision, les films, les écrits, les gens n’arrêtent pas d’en faire un sujet important. C’est important mais les manifestations ne cessent d’avoir lieu partout et avec grand luxe, des invités de marque de divers pays…….

      Les Juifs ont souffert d’une manière bien plus cruelle, et ce dans les années 40/45 et même déjà avant (en Allemagne où se préparait le génocide de ces pauvres gens). Pourquoi ne peuvent-ils pas en parler. Il y a des gens qui ont été malmenés par les parents avant 40 et qui vont encore en psychanalyse !

      J’ai trouvé les Juifs très très courageux. J’en ai connu dans les années 50 et pas une plainte. A leur retour des camps, – pour ceux qui en revenaient – ils ne pouvaient rien dire car on « ne les aurait pas crus »….

      On fête encore toujours le 11 novembre ! Nous devrions avoir un très grand respect pour ces Juifs qui étaient arrêtés dans tous les pays, surtout d’Europe, qui ont perdu des familiers, des amis, et même des bébés tués par ces tortionnaires allemands (un peu à la manière des Djihadistes, qui eux, sont ignorants, sans culture et sauvages). Il me semble très difficile de pardonner à des Allemands qui étaient très cultivés, intelligents, qui ont suivi comme des petits chiens ce monstre d’Hitler…. Et dire qu’il revit dans l’esprit de pas mal de gens, aussi tordus que lui…. cela fait peur.

      En fait, « Hitler n’est pas mort » car son esprit revient parmi de trop nombreux détraqués….

      Un Juif que j’appréciais beaucoup, seul rescapé d’Aushwitz m’a dit un jour « Mais où était donc Dieu lors de ces massacres ? ». Cet homme a vécu jusqu’à 84 ans environ, en donnant cours tous les jours (musique) . Quel courage. Y a-t-il parmi nous Européens beaucoup de personnes si courageuses ????

      Nous devrions avoir un très grand respect pour les Juifs, mais voilà, actuellement on ne sait plus même ce que ce mot veut dire. Le respect manque partout maintenant, et même de grands organismes, (UE, ONU) se permettent encore d’être antisémites, contre Israël. Les mémoires sont courtes et c’est plus que triste.

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