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Le guide d’un initié sur l’Histoire la plus importante sur Terre : Israël et les symboles (3/3)


Le guide d’un initié sur l’Histoire la plus importante sur Terre : Israël et les symboles (3/3)

Un ancien correspondant d’Associated Press, explique comment et pourquoi les journalistes se trompent invariablement sur Israël, et pourquoi c’est une question importante. (1ère partie ICI // 2ème partie ICI)

Il y a, en d’autres termes, de multiples façons de voir ce qui se passe ici. Jérusalem est à moins d’une journée de route d’Alep ou Bagdad, et il devrait être clair pour tout le monde que la paix est volatile au  Moyen-Orient, même dans les endroits où il n’y a pas de Juifs. Mais les journalistes, en général, n’arrivent pas à mettre le narratif d’Israël en relation avec quelque chose d’autre. Au lieu de décrire Israël comme l’un des villages attenants au volcan, ils décrivent Israël comme le volcan.

Le narratif d’Israël est construit comme s’il n’avait rien à voir avec les événements à proximité, car l’«Israël» du journalisme international n’existe pas dans le même univers géopolitique que l’Irak, la Syrie, ou l’Egypte. Le narratif d’Israël n’est pas un récit  sur les événements actuels. Il s’agit d’autre chose 

Le vieil écran blanc

Pendant des siècles, les Juifs apatrides ont joué le rôle de paratonnerre sur la mauvaise conscience de la population majoritaire. Ils étaient le symbole de ce qu’il ne fallait pas faire. Vouliez-vous montrer que la cupidité est un défaut ? Les Juifs étaient cupides. La lâcheté ? Les Juifs étaient lâches. Étiez-vous communiste? Les Juifs étaient capitalistes. Étiez-vous capitaliste? Dans ce cas, les Juifs étaient communistes. L’échec moral était le trait essentiel du Juif. C’était son rôle dans la tradition chrétienne, la seule raison pour laquelle la société européenne le connaissait ou s’y intéressait.

Comme beaucoup de Juifs ayant grandi à la fin du 20e siècle dans des villes occidentales conviviales, j’ai considéré que ces idées venaient des souvenirs tourmentés de mes grands-parents et je les ai rejetées. La chose que j’ai apprise, cet été, et je ne suis pas le seul – est que c’était stupide de ma part. Aujourd’hui, les occidentaux ont tendance à croire que les maux de l’époque sont le racisme, le colonialisme et le militarisme. L’unique pays juif au monde a fait moins de mal que la plupart des pays sur terre, et plus de bien – et malgré tout quand les gens ont recherché un pays qui symboliserait les péchés de notre nouveau monde de rêve, post-colonial, post-militariste, post-ethnique, c’est ce pays qu’ils ont choisi.

 

Lorsque les responsables de l’explication du monde au monde que sont les journalistes, couvrent la guerre des Juifs comme plus digne d’attention que toute autre, quand ils dépeignent les Juifs d’Israël comme évidemment, le camp du mal, quand ils omettent toutes les justifications possibles pour les actions des Juifs et qu’ils masquent le vrai visage de leurs ennemis, – ce qu’ils disent à leurs lecteurs – qu’ils le veuillent ou non – est que les Juifs sont les pires sur terre. Les Juifs sont le symbole des maux que les gens civilisés apprennent à un âge précoce à détester. La couverture de presse internationale est devenue un théâtre de la moralité mettant en scène le méchant familier.

Certains lecteurs pourraient se rappeler qu’en 2003, la Grande-Bretagne a participé à l’invasion de l’Irak, dont les retombées ont maintenant fait un nombre de victimes plus de trois fois supérieur à celui du conflit israélo-arabe; cependant, en Grande-Bretagne, les manifestants condamnent furieusement le militarisme juif.

 Des blancs de Londres et Paris dont les parents il n’y a pas longtemps avaient des noirs pour leur agiter l’éventail dans les salons de Rangoon ou Alger condamnent le « colonialisme » juif. Les américains qui vivent dans des endroits appelés « Manhattan » ou « Seattle » condamnent les Juifs pour avoir déplacé le peuple natif de Palestine. Des journalistes russes condamnent les tactiques militaires brutales d’Israël. Des journalistes belges condamnent le traitement par Israël des africains. Quand Israël a ouvert il y a quelques années, un service de transport par bus pour les travailleurs palestiniens de Cisjordanie occupée, les lecteurs américains pouvaient lire dans la presse qu’Israël pratiquait la « ségrégation dans les bus. » Et beaucoup de gens en Europe, et pas seulement en Allemagne, se plaisent à entendre que les juifs sont accusés de génocide.
[note du traducteur : « Cisjordanie occupée » est un abus de langage. La Cisjordanie n’existe que depuis 1950. C’est la Judée-Samarie annexée par la Jordanie en 1949 et reprise par Israël en 1967.] 


Vous n’avez pas besoin d’être professeur d’histoire, ou psychiatre, pour comprendre ce qui se passe. Après s’être remis en état contre toute attente dans un coin minuscule de la terre, les descendants de gens démunis qui ont été poussés hors d’Europe et du Moyen-Orient islamique  sont devenus ce que leurs grands-parents étaient – le grand réceptacle qui sert de crachoir au monde.Les Juifs d’Israël sont l’écran sur lequel il est devenu socialement acceptable de projeter les choses que vous détestez en vous-même et dans votre propre pays. Le vecteur de  cette projection psychologique est la presse internationale.


Qu’est-ce que ça fait que le monde se trompe sur le narratif d’Israël?

Parce qu’un écart s’est creusé ici entre la réalité des choses et la façon dont elles sont décrites, les opinions sont erronées et les politiques sont mauvaises et les observateurs sont régulièrement pris au dépourvu par les événements. Semblables choses ont eu lieu avant.Dans les années qui ont précédé l’effondrement du communisme soviétique en 1991, comme l’a écrit l’expert de la Russie Léon Aron, dans un essai de 2011 ‘Pour la Politique étrangère’, «pratiquement aucun expert occidental, érudit, fonctionnaire ou politicien ne prévoyait l’effondrement imminent de l’Union soviétique.»

L’empire pourrissait depuis des années et les signes étaient là, mais les gens qui étaient censés le voir et l’exposer, ont failli et quand la superpuissance a implosé tout le monde a été surpris.

 

Dans cette région, quelle que soit, l’issue, la prochaine décennie, aura autant à voir avec Israël que la Seconde Guerre mondiale a eu à faire avec l’Espagne.

« Et il y eut la guerre civile espagnole: « Très tôt, j’avais remarqué qu’aucun événement n’est jamais correctement rapporté dans un journal, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu des articles de presse sans rapport avec la réalité, pas même la relation qu’implique un mensonge ordinaire. … J’ai vu, en effet, l’histoire s’écrire non pas en termes de ce qui s’était passé, mais de ce qui aurait dû se passer selon diverses « lignes de parti. » » C’est ce que George Orwell, écrivait en 1942.

Orwell n’est pas descendu d’un avion en Catalogne, pour se mettre à côté d’un canon républicain, et  filmer lui-même tout en répétant avec confiance ce que tout le monde disait ou pour décrire ce que n’importe quel imbécile pouvait voir: des armes, des ruines, des corps.

 Il a regardé au-delà des fantasmes idéologiques de ses pairs et a su que ce qui était important n’était pas forcément visible. En Espagne, il l’a compris, ce n’était vraiment pas du tout le sort de l’Espagne qui se jouait, – il s’agissait d’un choc des systèmes totalitaires, allemands et russes. Il savait qu’il voyait une menace pour la civilisation européenne, et il l’a écrit et il avait raison.

Comprendre ce qui s’est passé à Gaza cet été, c’est comprendre le Hezbollah au Liban, la montée des djihadistes sunnites en Syrie et en Irak, et les longs tentacules de l’Iran.
Il faut pour cela comprendre pourquoi des pays comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite se sentent maintenant plus proches d’Israël que du Hamas. Surtout, cela nous oblige à comprendre ce qui est clair pour presque tout le monde au Moyen-Orient: La force ascendante dans notre partie du monde n’est pas la démocratie ou la modernité. Il s’agit plutôt d’une souche puissante de l’islam qui prend des formes différentes et parfois contradictoires, prête à utiliser une violence extrême dans sa revendication d’unir la région sous son contrôle et de se confronter à l’Occident. Ceux qui saisissent ce fait seront en mesure d’observer l’ensemble et de combler les pointillés.

Israël n’est pas une idée, un symbole du bien ou du mal, ou un moyen décisif de tester les opinions libérales à des dîners mondains. C’est un petit pays dans une partie effrayante du monde qui devient de plus en plus effrayante. On devrait en parler de manière aussi critique que n’importe quel autre endroit, et le comprendre dans son contexte et à son échelle. Israël n’est pas l’une des histoires les plus importantes au monde, ni même au Moyen-Orient. Dans cette région, quelle que soit, l’issue, la prochaine décennie, aura autant à voir avec Israël que la Seconde Guerre mondiale a eu à faire avec l’Espagne.

Israël est un petit point sur la carte – un tout petit centre d’attraction, mais qui se trouve être porteur d’une charge émotionnelle exceptionnelle.

Beaucoup d’Occidentaux préfèrent clairement le vieux confort de l’analyse des défaillances morales des Juifs, et le sentiment familier de supériorité qu’il leur apporte, plutôt que de faire face à une réalité triste et déroutante. Ils peuvent se convaincre que tout cela est le problème des Juifs, et même la faute des Juifs. Mais les journalistes se livrent à ces fantasmes au prix de leur crédibilité et celle de leur profession. Et, comme Orwell nous le dirait, le monde entretient des fantasmes à ses risques et périls.

Matti Friedman 
Tablet mag.com

Matti Friedman en tant que reporter est allé au Liban, au Maroc, en Egypte, à Moscou et Washington DC, et sur les scènes de conflits en Israël et au Caucase. Son premier livre, The Aleppo Codex, a obtenu le prix  Sami Rohr 2014 pour la Littérature juive, et son second, sur des fantassins Israéliens aux avant-postes de contrôle isolés au Liban, sera publié l’an prochain. Il vit à Jérusalem.

Pour lire l’ article en anglais

Israel : An Insider’s Guide to the Most Important Story on Earth (1/3)

Israel – An Insider’s Guide to the Most Important Story on Earth (2/3)

Israel : An Insider’s Guide to the Most Important Story on Earth (3/3)

 

Traduction Nancy VERDIER pour Europe-Israël

© Copyright Europe Israël – reproduction autorisée avec mention de la source et lien actif







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  • 8 thoughts on “Le guide d’un initié sur l’Histoire la plus importante sur Terre : Israël et les symboles (3/3)

    1. Greco

      Remarquable et tellement vrai. Le juif (et en l’occurrence israel aujourd’hui) a toujours dérangé. Des perses aux iraniens, des philistins aux allemands de Hitler, les chrétiens comme les musulmans ont cette haine du juif chevillée au corps. Et ça continue… Israel est et doit être le pays des juifs, tout fauteur de trouble doit être ejecté sans pitié. Est ce que les autres ont de la pitié pour les juifs?

    2. robert davis

      Excellent article mais qui ne suggère pas d’explication. Pourtant il doit y en avoir une : c’est la lâcheté qui est à la base du comportement humain ce que la « civilisation » peut nous cacher. Les nations ne tolèrent ni n’acceptent que les petits sauf s’ils sont rattachés à un grand groupe par exemple religieux soient l’EGAL des grands. A moins là aussi qu’ils ne soient capables de créér eux meme un grand groupe. Or les juifs n’aiment pas cette idée,ils veulent rester PETIT MAIS NON ISOLE…je ne suis pas sûr que ce soit vraiment possible longtemps à moins que la « matière noire »de la planète à l’instar de celle de l’univers,ne change. Je pense aux religions par ex.mais pas exclusivement.

    3. andre

      Excellente serie d’articles. Ajuourd’hui, nous avons appris, en surfant sur le Web, qu’un garcon de 12 ans, grièvement blesse en Syrie, avait reussi a passer en Israel, monte sur une ane, pour se faire hospitaliser. Nous avons lu également que le contingent philippin de l’ONU attaque en Syrie a largement du son sauvetage a Israel. Personne ne peut croire qu’un journaliste, quel qu’il soit, trouverait ces histoires « peu intéressantes ». Or, la seule nouvelle sur Israel donnee aujourd’hui par le Figaro concerne la mort d’un prisonnier palestinien. La conclusion qui s’impose est que quelqu’un donne des ordres: qui ? et moyennant quelles menaces ? Est-ce susceptible de changer? comment ?

    4. Avram

      Article très interessant, frappant par la finesse et l’analyse de son auteur, mais qui qui laisse un sentiment lourd de pessimisme.
      or Israel, certes, géographiquement petit, est, il faut le dire, un grand, un très grand pays, seule démocratie du moyen orient et dont certains dit ‘grandes républiques occidentales devraient s’inspirer’, malgré une économie de guerre depuis 70 ans, à la pointe de nombreuses technologies, de recherches scientifiques et médicales, quel pays au monde peut se targuer d’avoir autant d’intelectuels, de prix nobels, qu’Israel et sa diaspora.
      Israel peut régler en un tour de main,Hamas, Hesbollah et autres IL
      Israel,  »petit pays’ va fournir la Jordanie en énergie »
      Israel va éfendre une partie du monde arabe, voir une partie de l’occident contre la menace islamique, y a t’il un islam modéré contre un islam radical, je ne le crois pas,il y a l’islam tout court, et les ‘modérés’ qui se rapprochent aujourd’hiu d’Israel, seront l’ ennemi de demain, tout le monde le sait.
      Alors moins de pessimisme, aujourd’hui, ce qui manque à Israel c’est un groupe de dirigeants forts, sans concession, le reste suivra et Israel sera sinon craint, sera respecté.
      Ce qui devait être un foyer juif est devenu une puissante nation, à dire haut et fort.

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