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Raymond Ibrahim : Comment la taqiyya modifie pour l’islam les règles de la guerre


Raymond Ibrahim : Comment la taqiyya modifie pour l’islam les règles de la guerre

La taqiyya (tromperie permise par l’islam) inclut le mensonge aux infidèle d’une manière générale, tant en paroles qu’en actes.  La taqiyya est très présente dans la politique islamique, et particulièrement à l’époque moderne. Raymond Ibrahim explique cette doctrine, que les Occidentaux ont tout intérêt à connaître pour vaincre le djihadisme.

Raymond Ibrahim est directeur associé du Middle East Forum.

Taquia

Aussi posté sur Bivouac-Id et Muslims Against Sharia

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Vaincre le terrorisme djihadiste
Aux yeux des non-musulmans, l’islam doit apparaître comme une religion paradoxale. D’un côté, on le dépeint sans cesse comme la religion de paix ; de l’autre, ses adeptes sont responsables de la majorité des attaques terroristes dans le monde. Les apologistes de l’islam mettent en avant qu’il s’agit d’une religion fondée sur des critères éthiques élevés ; d’autres insistent sur le fait que c’est une religion de la loi. La dualité des notions de vérité et de mensonge pour l’islam révèle mieux sa nature paradoxale : alors que le Coran interdit à un croyant de tromper d’autres croyants – puisque « certainement Allah ne guide pas celui qui est outrancier et imposteur » [1] – la tromperie à l’égard des non-musulmans, ce qu’on appelle généralement en arabe la taqiyya, est elle aussi préconisée par le Coran et relève de la catégorie juridique des choses permises aux musulmans.

En fait, la tromperie, qui trouve son fondement dans la doctrine de l’islam, est souvent décrite comme égale – voire supérieure – à d’autres vertus militaires universelles comme le courage, la bravoure ou le sens du sacrifice.

La taqiyya s’utilise essentiellement dans deux cas. Le plus connu est la situation où il s’agit de masquer son identité religieuse quand on craint une persécution. C’est l’usage historique de la taqiyya dans les communautés chiites, partout et chaque fois que leurs rivaux sunnites étaient plus nombreux et par conséquent les menaçaient. À l’inverse, les musulmans sunnites, loin de souffrir de persécutions, et chaque fois qu’ils en ont eu la possibilité, ont déclenché le djihad contre le royaume de la mécréance ; et c’est là qu’ils ont déployé la taqiyya – non pas en tant que manœuvre de dissimulation mais en tant que tromperie active. En fait, la tromperie, qui trouve son fondement dans la doctrine de l’islam, est souvent décrite comme égale – voire supérieure – à d’autres vertus militaires universelles comme le courage, la bravoure ou le sens du sacrifice.

Pourtant, si les musulmans sont exhortés à être dignes de confiance, comment la tromperie peut-elle non seulement exister mais même être agréable à Allah ? Qu’est-ce exactement que la taqiyya ? Comment est-elle justifiée par les savants et ceux qui y recourent ? Comment s’inscrit-elle dans une vision plus large du code éthique de l’islam, en particulier en ce qui concerne les relations avec les non-musulmans ? Plus concrètement, en quoi la doctrine de la taqiyya pénètre-t-elle toutes les interactions entre musulmans et non-musulmans ?

La doctrine de la taqiyya

Selon la charia … le mensonge est non seulement permis dans certaines situations mais il peut être considéré comme obligatoire dans certaines autres. Selon la charia – l’ensemble des règles de droit qui définissent la manière dont le musulman doit se comporter dans toutes les circonstances – le mensonge est non seulement permis dans certaines situations mais il peut être considéré comme obligatoire dans certaines autres. Contrairement à la tradition chrétienne des origines, par exemple, les musulmans qui ont été forcés de choisir entre renier l’islam ou être persécutés avaient le droit de mentir et de feindre l’apostasie. D’autres juristes ont décrété que les musulmans ont le devoir de mentir pour se protéger [2], cette prescription se fondant sur les versets coraniques qui interdisent aux musulmans d’être les instruments de leur propre mort [3].

Telle est la définition classique de la doctrine de la taqiyya. Fondée sur un mot arabe évoquant la peur, la taqiyya a longtemps été comprise, et en particulier par les universitaires occidentaux, comme une attitude à laquelle recourir dans les temps de persécution religieuse, et c’est pour l’essentiel dans ce sens qu’elle a été utilisée par les groupes chiites minoritaires vivant au sein de majorités sunnites hostiles [4]. La taqiyya permettait aux chiites de masquer constamment aux sunnites leur appartenance religieuse, non seulement par la clandestinité, en cachant leur propre croyance, mais également de manière active en priant et se comportant comme des sunnites.

Cependant, l’un des quelques livres consacrés au sujet, At-Taqiyya fi’l-Islam (La dissimulation dans l’islam), montre très clairement que la taqiyya n’est pas limitée à la dissimulation des chiites menacés de persécution. Écrit par Sami Mukaram, ancien professeur d’études islamiques à l’université américaine de Beyrouth et auteur de quelque vingt-cinq livres sur l’islam, cet ouvrage met clairement en évidence l’ubiquité et le large domaine d’application de la taqiyya :

La taqiyya revêt dans l’islam une importance fondamentale. Pratiquement toutes les sectes islamiques en admettent le principe et la pratiquent…. On peut aller jusqu’à dire que la pratique de la taqiyya est très majoritaire dans l’islam, et que les quelques sectes qui ne la pratiquent pas s’écartent de ce courant majoritaire… La taqiyya est très présente dans la politique islamique, et particulièrement à l’époque moderne [5].

La taqiyya n’est donc pas, comme on le croit souvent, un phénomène limité au chiisme. Bien entendu, en tant que groupe minoritaire dispersé parmi leurs ennemis sunnites, les chiites ont historiquement eu davantage de raisons de se dissimuler. À l’inverse, l’islam sunnite a rapidement dominé de vastes empires qui s’étendaient de l’Espagne à la Chine. De ce fait, ses adeptes n’avaient de compte à rendre à personne, ils n’avaient à s’excuser de rien, et ils n’avaient pas à se cacher des infidèles mécréants (parmi les rares exceptions figurent l’Espagne et le Portugal pendant la Reconquista, époque où les sunnites ont effectivement dissimulé leur identité religieuse [6]). Pourtant, l’ironie des choses fait que les sunnites vivant en Occident se trouvent aujourd’hui dans la situation du chiisme. Ils sont la minorité entourée de ses ennemis traditionnels – les infidèles chrétiens – même s’il est rare que ceux-ci, contrairement à leurs prédécesseurs de la Reconquista, passent aux actes ou même reconnaissent cette inimitié historique. En bref, les sunnites vivent aujourd’hui la situation générale qui a amené la taqiyya à faire partie intégrante du chiisme, mais sans la menace physique qui avait imposé cette attitude.

Formulation de la taqiyyaLe verset 3:28 du Coran est souvent considéré comme le principal de ceux qui préconisent la dissimulation envers les non-musulmans : « Que les croyants [les musulmans] ne prennent point pour alliés des infidèles [les non musulmans] plutôt que des croyants. Ceux qui le feraient ne doivent rien espérer de la part d’Allah, à moins que vous n’ayez à craindre quelque chose de leur côté »  [7].

Muhammad ibn Jarir at-Tabari (décédé en 923), auteur d’un commentaire classique du Coran qui fait autorité, explique ce verset 3:28 de la manière suivante :

Si vous [les musulmans] vous trouvez sous leur [les non-musulmans] autorité et que vous craignez pour vous, comportez-vous loyalement avec eux en paroles tout en gardant en vous de l’animosité contre eux… [sachez que] Allah a interdit aux croyants l’amitié ou l’intimité avec les infidèles plutôt qu’avec d’autres croyants – sauf quand les infidèles sont placés au-dessus d’eux [en termes d’autorité]. Si c’était le cas, qu’ils agissent amicalement envers eux tout en préservant leur religion [8].

« Sourions à la face de certaines personnes alors que notre cœur les maudit »Sur ce même verset 3:28 du Coran, Ibn Kathir (décédé en 1373), une autre autorité de premier plan sur le Coran, écrit : « Quiconque, en quelque lieu et en quelque temps que ce soit, craint… qu’il lui soit fait du mal [par des non-musulmans] a le droit de se protéger par son attitude extérieure ». À l’appui de cette interprétation, il cite un proche compagnon de Mahomet, Abu Darda, qui disait : « Sourions à la face de certaines personnes alors que notre cœur les maudit ». Pour un autre compagnon, simplement connu sous le nom de Al-Hasan, « pratiquer la taqiyya est admissible jusqu’au jour du Jugement [c’est à dire éternellement] »  [9].

D’autres savants de premier plan, comme Abu’Abdullah al-Qurtubi (1214-73) et Muhyi’d-Din ibn al-Arabi (1165-1240), ont étendu la taqiyya aux actions. Autrement dit, les musulmans ont le droit de se comporter comme des infidèles et même pire – par exemple en se prosternant devant des idoles ou des croix et en les adorant, en faisant de faux témoignages et même en révélant à l’ennemi infidèle les faiblesses de leurs frères musulmans – tant qu’ils ne vont pas jusqu’à vraiment tuer un musulman : « La taqiyya, même pratiquée hors de toute contrainte, ne conduit pas à un état d’infidélité – même si elle conduit à un péché méritant le feu de l’enfer »  [10].

La tromperie dans les exploits militaires de MahometMahomet – « le plus parfait des hommes » … – autorisait le mensonge dans trois situations : pour mettre fin à une querelle entre deux parties, pour apaiser sa femme, et à la guerre.

Mahomet – « le plus parfait des hommes », dont l’exemple doit être suivi dans le moindre détail – avait quant au mensonge une attitude opportuniste. Il est bien connu, par exemple, qu’il autorisait le mensonge dans trois situations : pour mettre fin à une querelle entre deux parties, pour apaiser sa femme, et à la guerre  [11]. Selon un manuel de droit arabe consacré au djihad par les quatre écoles juridiques, « les ulémas s’accordent pour penser que la tromperie pendant la guerre est légitime… le mensonge est une forme d’art de la guerre »  [12]. De plus, selon Mukaram, cette tromperie est considérée comme un acte de taqiyya : « La taqiyya utilisée pour duper l’ennemi est autorisée » [13].

Plusieurs ulémas estiment que le mensonge fait partie intégrante de la conduite de la guerre : Ibn al-‘Arabi déclare que « dans les hadith [paroles et actions de Mahomet], la pratique du mensonge à la guerre est bien décrite. D’ailleurs, il est présenté comme plus nécessaire que le courage ». Ibn al-Munir (décédé en 1333) a écrit : « La guerre est le mensonge, c’est à dire que la guerre la plus complète et la plus parfaite qu’il soit possible de mener dans la guerre sainte est une guerre de tromperie et non d’affrontement, parce que celle-ci est intrinsèquement dangereuse et qu’il est possible d’atteindre la victoire par la tricherie sans subir soi-même de dommages ». Et Ibn Hajar (décédé en 1448) conseille aux musulmans « d’être très prudents à la guerre, tout en se lamentant et en pleurant [publiquement] afin de duper les infidèles »  [14].

Plus récemment, des complices de l’attentat du 11 septembre, comme Khalid Sheikh Muhammad, ont rationalisé leur conspiration dans leur défense devant le tribunal en citant la déclaration du prophète selon qui « la guerre est le mensonge ». Cette notion musulmane selon laquelle la guerre est le mensonge remonte à la Bataille de la tranchée (627), qui a opposé Mahomet et ses fidèles à plusieurs tribus non musulmanes connues sous le nom de Al-Ahzab. L’un des Ahzab, Na’im ibn Mas’ud, s’est rendu au camp des musulmans et s’est converti à l’islam. Quand Mahomet a découvert que les Ahzab ignoraient cette conversion de leur compagnon, il a conseillé à Mas’ud de retourner vers les siens et d’essayer d’amener les forces païennes à abandonner le siège. C’est là que Mahomet a fait sa mémorable déclaration : « Car la guerre est le mensonge ». Mas’ud a rejoint les Ahzab, qui ne savaient pas qu’il avait changé de camp, et il a commencé à donner intentionnellement de mauvais conseils à ses anciens proches et alliés. Il s’est également beaucoup activé pour fomenter des querelles entre les diverses tribus jusqu’au point où, ne se faisant plus du tout mutuellement confiance, elles se sont séparées et ont levé le siège imposé aux musulmans, sauvant ainsi l’islam de la destruction à un stade encore embryonnaire [15]. Plus récemment, des complices de l’attentat du 11 septembre, comme Khalid Sheikh Muhammad, ont rationalisé leur conspiration dans leur défense devant le tribunal en citant la déclaration du prophète selon qui « la guerre est le mensonge ».

L’anecdote qui suit illustre de manière plus convaincante encore la légitimité du mensonge aux infidèles. Le poète Ka’b ibn Ashraf avait offensé Mahomet, qui s’était exclamé : « Qui va tuer cet homme qui a blessé Allah et son prophète ? ». Un jeune musulman qui s’appelait Muhammad ibn Maslama s’était porté volontaire à la condition d’être autorisé à mentir au poète pour pouvoir s’en approcher suffisamment. Mahomet avait accepté. Ibn Maslama était allé voir Ka’b et s’était mis à dénigrer l’islam et Mahomet. Il avait continué de la même manière jusqu’à devenir assez convaincant pour que Ka’b lui fasse confiance. Peu après, Ibn Maslama s’était présenté avec un autre musulman et, alors que Ka’b était sans méfiance, il l’avait tué ( [16].

Mahomet a dit d’autres choses qui jettent une lumière positive sur le mensonge, et notamment : « Allah m’a ordonné d’entretenir le doute chez les gens tout comme il m’a commandé de créer les obligations [religieuses] » ; ou « J’ai été envoyé pour jeter un voile de confusion » ; ou encore « celui qui vit sa vie dans la dissimulation meurt en martyr »  [17].

En bref, les plus anciennes données historiques sur l’islam montrent clairement le recours à la taqiyya comme arme de guerre islamique. De plus, on décrit souvent la manière dont les premiers musulmans mentaient pour se dégager de leurs obligations en général en reniant ou insultant l’islam ou Mahomet – souvent avec l’approbation de celui-ci, son seul critère étant que leurs intentions (niya) soient pures  [18]. Pendant les guerres contre les chrétiens, chaque fois que ceux-ci étaient en position de pouvoir, la pratique de la taqiyya devenait encore davantage partie intégrante de leur vie. Selon Mukaram, « la taqiyya a été utilisée comme moyen d’écarter le danger des musulmans, surtout aux temps critiques et lorsque leurs frontières ont été exposées aux guerres avec l’empire byzantin puis, par la suite, aux incursions [croisades] des Francs et autres » [19].

La taqiyya dans la révélation coraniqueLe Coran lui-même témoigne de la taqiyya. Puisque les musulmans croient que c’est Allah qui a révélé ces versets, il est considéré par défaut comme le véritable responsable du mensonge – ce qui n’est pas surprenant puisqu’il est décrit dans le Coran comme le meilleur makar, autrement dit le meilleur menteur ou conspirateur (p. ex. : 3:54, 8:30, 10:21).

…les commentateurs ont mis au point la doctrine de l’abrogation, qui affirme pour l’essentiel qu’en cas de désaccord, les versets révélés plus tard dans la carrière de Mahomet prennent le pas sur les versets antérieurs. Certes, d’autres écritures contiennent des contradictions, mais le Coran est le seul livre dont les commentateurs ont bâti une doctrine pour expliquer les très visibles différences qui apparaissent d’une injonction à l’autre. Aucun lecteur attentif ne peut manquer de remarquer les nombreux versets contradictoires du Coran, et plus précisément la manière dont des versets pacifiques et tolérants figurent pratiquement à côté de versets violents et intolérants. Les ulémas ont d’abord été déroutés quand il s’est agi de déterminer les versets à codifier dans la vision mondiale de la charia : celui qui affirme qu’il n’y pas de contrainte en religion (2:256), ou ceux qui ordonnent aux croyants de combattre tous les non-musulmans jusqu’à obtenir leur conversion ou, au moins, leur soumission à l’islam (8:39, 9:5, 9:29) ?. Pour se tirer de cet embarras, les commentateurs ont mis au point la doctrine de l’abrogation, qui affirme pour l’essentiel qu’en cas de désaccord, les versets révélés plus tard dans la carrière de Mahomet prennent le pas sur les versets antérieurs. Pour savoir quels versets abrogeaient quels autres, il est apparu une science religieuse vouée à la chronologie des versets coraniques (on l’appelle an-Nasikh wa’l Mansukh, l’abrogeant et l’abrogé).

Mais pourquoi, tout simplement, y a-t-il des contradictions ? On considère habituellement que, dans les premières années de l’islam, Mahomet et sa communauté étant bien moins nombreux que leurs adversaires infidèles alors qu’ils vivaient à côté d’eux à La Mecque, un message de paix et de coexistence était à l’ordre du jour. Mais, lorsque les musulmans ont émigré à Médine en 622 et ont acquis de la force militaire, les versets les incitant à passer à l’offensive ont lentement été « révélés » – en principe, envoyés par Allah – toujours en accord avec les capacités croissantes de l’islam. Dans les textes juridiques, ces versets sont classés en niveaux : passivité à l’égard de l’agression, autorisation de répliquer contre les agresseurs, ordres de combattre les agresseurs, ordres de combattre tous les non-musulmans, qu’ils commettent des agressions ou non  [20]. La force croissante des musulmans est le seul paramètre qui explique ce changement progressif de politique.

D’autres savants ont fourni une autre explication en arguant que, sur une période de vingt-deux ans, le Coran a été révélé par fragments, passant de versets passifs et spirituels à des prescriptions et injonctions de droit pour répandre la foi par le djihad et la conquête, et cela simplement pour permettre l’acclimatation des premiers convertis musulmans aux obligations de l’islam et éviter de les décourager dès le départ par les contraintes spectaculaires qui devaient être révélées dans des versets plus tardifs [22] – auraient été hors contexte lorsque la guerre n’était pas envisageable dans les faits.

…lorsque les musulmans sont faibles et en position de minorité, ils doivent prêcher et se comporter conformément à l’esprit des versets de La Mecque (paix et tolérance) ; quand ils sont forts, en revanche, ils doivent passer à l’offensive en se fondant sur les ordres formulés dans les versets de Médine (guerre et conquête). Quelle que soit l’explication retenue, l’interprétation classique de l’abrogation coranique dans les versets sur la paix et la guerre consiste à dire que lorsque les musulmans sont faibles et en position de minorité, ils doivent prêcher et se comporter conformément à l’esprit des versets de La Mecque (paix et tolérance) ; quand ils sont forts, en revanche, ils doivent passer à l’offensive en se fondant sur les ordres formulés dans les versets de Médine (guerre et conquête). Les vicissitudes de l’histoire islamique témoignent de cette dichotomie, qui est bien traduite par une notion répandue chez les musulmans et fondée sur un hadith : si c’est possible, le djihad doit être mené par la main (la force), et sinon, par la langue (le prêche) ; et si cela non plus n’est pas possible, par le cœur ou par les intentions  [23].

La guerre est perpétuelle

Que l’islam légitime le mensonge pendant la guerre n’a évidemment rien de bien étonnant ; après tout, comme le disait l’écrivain élizabéthain John Lyly : « Tout est permis en amour et à la guerre » [24]. D’autres philosophes et stratèges non musulmans – comme Sun Tzu, Machiavel et Thomas Hobbes – ont justifié le mensonge à la guerre. Tromper l’ennemi pendant une guerre relève du simple bon sens. La différence essentielle, dans l’islam, c’est que la guerre contre les infidèles est une affaire perpétuelle, qui doit durer, selon les termes mêmes du Coran, jusqu’à ce que « tout chaos prenne fin et que toute religion appartienne à Allah »  [25]. Dans son article sur le djihad dans l’Encyclopédie de l’islam, Emile Tyan écrit : « Le devoir de djihad existe tant que la domination universelle de l’islam n’a pas été obtenue ». La paix avec les nations non musulmanes n’est donc qu’une situation provisoire ; seul le hasard des circonstances peut la justifier temporairement »  [26].

« le djihad, c’est lorsque les musulmans font la guerre aux infidèles, après qu’ils les ont appelés à embrasser l’islam ou au moins à payer le tribut [jizya] et à vivre en soumis, et qu’ils ont refusé » De plus, pour revenir à la doctrine de l’abrogation, les savants musulmans comme Ibn Salama (décédé en 1020) sont d’accord pour penser que le verset 9:5 du Coran, connu sous le nom de verset de l’épée (ayat as-sayf), a abrogé quelque 124 versets plus pacifiques de La Mecque, ainsi que « tous les versets du Coran qui ordonnent ou impliquent moins qu’une offensive totale contre les non-croyants » [27]. En fait, les quatre écoles sunnites de jurisprudence tombent d’accord pour considérer que « le djihad, c’est lorsque les musulmans font la guerre aux infidèles, après qu’ils les ont appelés à embrasser l’islam ou au moins à payer le tribut [jizya] et à vivre en soumis, et qu’ils ont refusé »  [28].

Le caractère obligatoire du djihad s’exprime au mieux dans la vision dichotomique du monde par l’islam, qui oppose le royaume de l’islam au royaume de la guerre. Le premier, dar al-Islam, est le « royaume de la soumission », le monde où la charia gouverne ; le second, dar al-Harb (le royaume de la guerre), est le monde non islamique. La lutte continue jusqu’à ce que le royaume de l’islam soumette le monde non islamique – et c’est une situation perpétuelle qui persiste encore aujourd’hui. Ibn Khaldun (décédé en 1406), célèbre historien et philosophe musulman, exprime clairement cette division :

Dans la communauté musulmane, le djihad est un devoir religieux en raison du caractère universel de la mission des musulmans et de l’obligation de convertir tout le monde à l’islam, par la persuasion ou par la force. Les autres groupes religieux n’avaient pas de mission universelle, et le djihad n’était pas pour eux un devoir religieux, sauf pour des objectifs de défense. Mais l’islam est dans l’obligation de prendre le pouvoir sur les autres nations  [29].

…le mensonge musulman peut être vu comme un moyen à peine moins que noble au service d’un objectif glorieux, l’hégémonie islamique sous la charia, qui est vue comme bonne aussi bien pour les non-musulmans que pour les musulmans. En dernier lieu, sans tenir compte des éléments de preuve et au cas où il paraîtrait encore déraisonnable qu’une religion rassemblant plus d’un milliard de croyants oblige à une guerre en son nom en l’absence de toute provocation, il est intéressant de noter que le djihad expansionniste est vu comme une entreprise altruiste, qui n’est pas sans rappeler l’idéologie du « fardeau de l’homme blanc » au dix-neuvième siècle. La logique, c’est que le monde, qu’il vive en démocratie, en régime socialiste ou communiste ou sous tout autre système de gouvernement, vit inévitablement enchaîné dans le péché, puisque le bien de l’humanité réside dans le fait de vivre selon la loi d’Allah. Dans ce contexte, le mensonge musulman peut être vu comme un moyen à peine moins que noble au service d’un objectif glorieux, l’hégémonie islamique sous la charia, qui est vue comme bonne aussi bien pour les non-musulmans que pour les musulmans.

Cette manière de voir les choses est ancienne : peu après la mort de Mahomet (634), lorsque les combattants du djihad sont sortis de la péninsule arabique, un chef perse qui devait être rapidement soumis demanda aux envahisseurs musulmans ce qu’ils voulaient. Leur réponse mémorable fut la suivante :

Allah nous a envoyés et conduits ici pour nous permettre de libérer ceux qui le désirent de la servitude aux puissants de la Terre et d’en faire des serviteurs d’Allah, pour changer leur pauvreté en richesse et les libérer de la tyrannie et du chaos des [fausses] religions et les amener à la justice de l’islam. Il nous a envoyés pour apporter sa religion à toutes ses créatures et les appeler à l’islam. Ceux qui accepteront cela de nous seront saufs, et nous les laisserons en paix ; mais ceux qui refuseront, nous les combattrons jusqu’à ce que nous ayons accompli la promesse d’Allah.  [30]

Mille quatre cents ans plus tard – en mars 2009 – l’expert juridique saoudien Basem Alem faisait publiquement écho à cette vision des choses :

En tant que membre de la vraie religion, j’ai davantage le droit d’envahir [les autres] pour imposer un certain mode de vie [conforme à la charia], dont l’histoire a montré que c’est la meilleure et la plus juste de toutes les civilisations. Telle est la vraie signification du djihad offensif. Lorsque nous lançons le djihad, ce n’est pas pour convertir les gens à l’islam mais pour les libérer du sombre esclavage dans lequel ils vivent.  [31]

Et il va sans dire que la taqiyya au service de l’altruisme est autorisée. Par exemple, et tout récemment, après avoir raconté en public l’histoire d’un musulman qui avait piégé un juif et l’avait fait se convertir à l’islam – en le prévenant que s’il cherchait à abandonner l’islam, les musulmans le tueraient pour apostasie – le religieux musulman Mahmoud al-Masri a estimé que c’était « un joli tour »  [32]. Après tout, d’un point de vue islamique, c’est le juif qui, finalement, bénéficiait de la tromperie qui l’avait amené à l’islam.

Traités et trêves

…la plupart des juristes sont tombés d’accord pour estimer que dix ans représentent la durée maximale pendant laquelle les musulmans peuvent vivre en paix avec les infidèles ; Le caractère perpétuel du djihad est souligné par le fait que, sur la base du traité de Hudaybiya (628) signé pour 10 ans entre Mahomet et ses adversaires Koraïsh, la plupart des juristes sont tombés d’accord pour estimer que dix ans représentent la durée maximale pendant laquelle les musulmans peuvent vivre en paix avec les infidèles ; une fois le traité expiré, il convient de réexaminer la situation. D’après l’exemple de Mahomet qui a rompu le traité au bout de deux ans (en prétextant une infraction des Koraïsh), l’unique fonction de la trêve est de donner aux musulmans affaiblis le temps nécessaire pour se regrouper avant de reprendre l’offensive [33] : « Par nature même, les traités doivent être de durée temporaire, parce qu’en théorie juridique musulmane, les relations normales entre territoires musulmans et non musulmans ne sont pas pacifiques, mais conflictuelles »  [34]. De ce fait, « les fuqaha [juristes] sont d’accord pour estimer que les trêves illimitées sont illégitimes si les musulmans ont les forces nécessaires pour reprendre la guerre contre eux [les non-musulmans] »  [35].

Même si la charia ordonne aux musulmans de respecter les traités, ils ont une voie pour échapper à cette contrainte, un voie qui laisse la porte ouverte aux abus : si les musulmans pensent – même sans preuves sérieuses – que leurs adversaires sont sur le point de rompre le traité, ils peuvent prendre les devants en le dénonçant les premiers. Qui plus est, certaines écoles juridiques islamiques, comme celle des Hanafites, affirment que les leaders musulmans ont le droit d’abroger les traités pour le simple motif que cela paraît avantageux pour l’islam  [36]. Cela fait référence aux hadith canoniques suivants : « Si vous prêtez un jour serment de faire quelque chose et découvrez par la suite que quelque chose d’autre est mieux, alors dénoncez votre serment et faites ce qui est le mieux »  [37]. Et qu’y a-t-il de mieux, de plus altruiste, que de faire régner la parole d’Allah en relançant le djihad chaque fois que possible ? Traditionnellement, les dirigeants musulmans respectaient l’engagement de lancer un djihad au moins une fois par an. Ce rituel est particulièrement net sous les sultans ottomans, qui passaient la moitié de leur vie sur le champ de bataille [38]. Le devoir de djihad était si important que les sultans n’étaient pas autorisés à faire le pèlerinage à La Mecque, un devoir individuel pour tout musulman. Leur conduite du djihad permettait à ce devoir collectif de se perpétuer ; sans eux, il serait tombé en désuétude  [39].

En résumé, la condition nécessaire pour qu’il y ait paix ou réconciliation est que les musulmans aient l’avantage. En résumé, la condition nécessaire pour qu’il y ait paix ou réconciliation est que les musulmans aient l’avantage. C’est formulé de manière très claire dans un texte sunnite de droit islamique, Umdat as-Salik, écrit au quatorzième siècle par un savant égyptien, Ahmad Ibn Naqib al-Misri : « Il faut qu’il y ait quelque avantage [maslaha] accordé en cas de trêve, autre que le statu quo : ‘Alors, n’ayez pas le cœur faible et n’appelez pas à la paix si c’est vous qui avez le dessus’ [Coran 47:35] ». [40]

Plus récemment, et c’est très significatif pour les leaders occidentaux qui préconisent la coopération avec les islamistes, Yasser Arafat, peu après avoir négocié un traité de paix critiqué parce qu’il cédait trop à Israël, s’est adressé à une assemblée de musulmans dans une mosquée de Johannesburg où il a justifié ses actions : « À mes yeux, cet accord n’est rien de plus que l’accord signé entre notre prophète Mahomet et les Koraïsh à La Mecque » [41]. En d’autres termes, comme Mahomet, Arafat ne donne sa parole que pour la reprendre si « quelque chose de mieux » se présente – c’est à dire une fois que les Palestiniens seront devenus assez forts pour reprendre l’offensive et poursuivre la route vers Jérusalem. Ailleurs, il est apparu que le nom d’Hudaybiya était un mot clé pour les islamistes radicaux. Le Front islamique de libération Moro avait trois camps d’entraînement au sein du complexe d’Abu Bakar, aux Philippines. L’un d’eux était le camp Hudaybiya [42].

L’hostilité masquée sous forme de plaintes

Dans leurs déclarations destinées à des publics européens ou américains, les islamistes prétendent que le terrorisme qu’ils exercent contre l’Occident n’est que la réponse à des décennies d’oppression occidentale et israélienne. Mais, dans les écrits destinés à leurs coreligionnaires musulmans, ces actions sont présentées non comme une réaction à des provocations militaires ou politiques mais comme le produit d’une obligation religieuse.

Par exemple, en s’adressant à des publics occidentaux, Oussama Ben Laden présente des listes de plaintes comme motifs de sa guerre contre l’Occident – de l’oppression des Palestiniens à l’exploitation des femmes par l’Occident et même le refus américain de signer le protocole de Kyoto sur l’environnement – toutes choses compréhensibles du point de vue occidental. En revanche, il ne justifie jamais les attaques d’Al Qaida sur des cibles occidentales par le simple motif que les pays non musulmans sont des entités infidèles qui doivent être soumises. Effectivement, il commence souvent son message à l’Ouest en disant : « La justice commande la réciprocité » ou « Paix à ceux qui suivent la voie d’Allah » [43] – alors qu’il veut dire quelque chose de totalement différent que ce que ses auditeurs occidentaux entendent dans des mots comme « paix », « justice » ou « voie ».

C’est quand Ben Laden parle aux musulmans que la vérité se fait jour. Quand un groupe de musulmans de premier plan a écrit une lettre ouverte au peuple américain peu après les frappes du 11 septembre, expliquant que l’islam cherche à coexister pacifiquement  [44], Ben Laden a écrit pour les fustiger :

Quant à la relation entre musulmans et infidèles, elle est résumée par la parole du Très-Haut : « Nous [les musulmans] vous [les non-musulmans] renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées,  jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul » [Coran 60:4]. Il y a donc une inimitié, dont témoigne une hostilité viscérale farouche, et telle  hostilité, c’est-à-dire cette guerre, ne cessera que si l’infidèle se soumet à l’autorité de l’islam, ou s’il est interdit de verser son sang [c’est à dire s’il est un dhimmi, ou minorité protégée], ou si les musulmans sont à ce moment-là faibles et incapables. Mais si la haine viscérale s’éteint à un moment quelconque, c’est une grande apostasie ! … Tels sont donc la base et le fondement de la relation entre l’infidèle et le musulman. Combat, animosité et haine, du musulman envers l’infidèle, sont les fondements de notre religion. Et nous considérons que c’est faire preuve de justice et de bonté envers eux [45].

Les discours de Ben Laden à l’Occident avec ses mots de justice et de paix sont des exemples manifestes de taqiyya.

Les quatre écoles de jurisprudence du courant principal de l’islam apportent leur soutien à cette vision du monde hostile en parlant de l’infidèle en des termes similaires. Les discours de Ben Laden à l’Occident avec ses mots de justice et de paix sont des exemples manifestes de taqiyya. Non seulement il est engagé dans un djihad physique, mais aussi dans une guerre de propagande, c’est à dire une guerre de mensonge. S’il parvient à convaincre l’Occident qu’il est entièrement responsable du conflit actuel, il engrange de la sympathie pour sa cause. En même temps, il sait que si les Américains venaient à comprendre que rien, sauf leur soumission, ne pourra jamais apporter la paix, sa campagne de propagande serait vite compromise. D’où la nécessité constante de se dissimuler et de citer des plaintes car, comme l’a dit le prophète de Ben Laden, « la guerre est le mensonge ».

Implications

La taqiyya pose toute une série de dilemmes éthiques. Quelqu’un qui croit vraiment que Allah justifie et, à travers l’exemple de son prophète, va même jusqu’à encourager le mensonge, n’éprouvera aucun scrupule d’ordre moral à mentir. Voyons le cas de Ali Mohammad, le premier « mentor » de Ben Laden, et agent d’Al Qaida depuis longtemps. Egyptien, il était initialement membre du Djihad islamique et a servi dans les renseignements de l’armée égyptienne. Après 1984, il a travaillé un moment pour la CIA en Allemagne. Bien que considéré comme non fiable, il s’est débrouillé pour aller en Californie où il s’est engagé dans l’armée américaine. Il semble probable qu’il ait continué à travailler dans une certaine mesure pour la CIA. Plus tard, il a formé des djihadistes aux États-Unis et en Afghanistan et on le retrouve derrière plusieurs attaques terroristes en Afrique. Ceux qui le connaissaient le considéraient avec « crainte et respect pour son incroyable confiance en soi, son incapacité à se laisser intimider, sa détermination absolue et violente à détruire les ennemis de l’islam, et sa croyance fervente dans les principes du fondamentalisme islamique militant » [46]. En fait, cette phrase résume tout : parce qu’une croyance fervente dans les principes de l’islam, qui légitime le mensonge pour faire prévaloir sur tout la parole d’Allah, contribue certainement beaucoup à donner une « incroyable confiance en soi » quand on ment [47].

…le bien et le mal, dans l’islam, n’ont pas grand chose à voir avec les normes universelles et se réfèrent uniquement à l’enseignement de l’islam lui-même, où beaucoup de choses s’opposent à l’éthique occidentale. Pourtant, la plupart des Occidentaux continuent à penser que les mœurs, les lois et les contraintes éthiques des musulmans sont pratiquement identiques à celles de la tradition judéo-chrétienne. Avec naïveté ou arrogance, les leaders multiculturalistes d’aujourd’hui projettent leur propre vision du monde sur les islamistes, et pensent qu’une poignée de mains et un sourire autour d’un café, avec de nombreuses concessions, suffiront à démanteler le pouvoir de la parole d’Allah et de siècles de tradition immuable. Le fait demeure : le bien et le mal, dans l’islam, n’ont pas grand chose à voir avec les normes universelles et se réfèrent uniquement à l’enseignement de l’islam lui-même, où beaucoup de choses s’opposent à l’éthique occidentale.

Il faut donc comprendre que, contrairement à des hypothèses classiques admises depuis longtemps, la doctrine de la taqiyya va bien au-delà de la dissimulation religieuse dans laquelle les musulmans s’engageraient dans l’intérêt de leur propre sauvegarde, et qu’elle inclut le mensonge à l’ennemi infidèle d’une manière générale. Ce phénomène devrait éclairer le contexte dans lequel se manifeste le zèle de l’Iran chiite – car la taqiyya est vraiment une seconde nature pour le chiisme – à acquérir la puissance nucléaire tout en insistant sur le fait que ses motivations sont entièrement pacifiques.

La taqiyya ne se limite pas non plus aux affaires étrangères. Walid Phares, de la National Defense University, a déploré que des islamistes formés ici agissent sans aucun frein sur le sol américain grâce à leur recours à la taqiyya : « Notre gouvernement sait-il ce que prêche réellement cette doctrine et, plus important encore, les autorités forment-elles notre appareil de défense contre cette menace masquée qui est parmi nous ? »  [48]. Après le massacre de Fort Hood, où Nidal Malik Hasan, un Américain musulman qui avait exhibé de nombreux signes d’islamisme sans que personne en prenne acte, a tué treize de ses compagnons d’armes, hommes et femmes, on est forcé de répondre par la négative.

« Tant que l’islam persiste, la réconciliation de ses adeptes, même avec les juifs et les chrétiens, et plus encore avec le reste de l’humanité, restera un problème insoluble » Voici donc le dilemme : la loi islamique sépare sans aucune ambiguïté le monde en deux moitiés en guerre perpétuelle – le monde islamique contre le non-islamique – et considère que la volonté d’Allah est que le premier soumette le second. Mais si la guerre contre les infidèles est une affaire perpétuelle, si la guerre est le mensonge, et si les actes sont justifiés par l’intention – des musulmans en nombre impossible à déterminer en conclueront tout naturellement qu’Allah leur donne le droit de mentir, tant qu’ils croient que leur mensonge sert à aider l’islam « jusqu’à ce que tout chaos prenne fin et que toute religion appartienne à Allah »  [49]. Qui plus est, ces mensonges seront considérés comme un moyen au service d’un but altruiste. Les ouvertures des musulmans à la paix, au dialogue ou même à des trêves temporaires doivent être vues sous cet éclairage, en pensant aux remarques pratiques formulées il y a plus d’un siècle par le philosophe James Lorimer : « Tant que l’islam persiste, la réconciliation de ses adeptes, même avec les juifs et les chrétiens, et plus encore avec le reste de l’humanité, restera un problème insoluble »  [50].

Pour conclure, si dans le contexte occidental l’alternance naturelle est entre la guerre et la paix, elle se fait plutôt dans le cadre de l’islam entre la guerre et le mensonge. Parce que, du point de vue de l’islam, les temps de paix – ceux où l’islam est significativement plus faible que ses adversaires infidèles – sont des temps de paix simulée et de mensonge, en un mot, de taqiyya.

Source : How Taqiyya Alters Islam’s Rules of War, The Middle East Quarterly, Winter 2010. Traduction Poste de veille (Merci à mon traducteur)

___________________________________

[1] Coran 40:28.

[2] Fakhr ad-Din ar-Razi, At-Tafsir al-Kabir (Beirut: Dar al-Kutub al-‘Ilmiya, 2000), vol. 10, p. 98.

[3] Coran 2:195, 4:29.

[4] Paul E. Walker, The Oxford Encyclopedia of Islam in the Modern World, John Esposito, ed. (New York: Oxford University Press, 2001), vol. 4, s.v. « Taqiyah, » pp. 186-7; Ibn Babuyah, A Shi’ite Creed, A. A. A. Fyzee, trans. (London: n.p., 1942), pp. 110-2; Etan Kohlberg, « Some Imami-Shi’i Views on Taqiyya, » Journal of the American Oriental Society, 95 (1975): 395-402.

[5] Sami Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam (London: Mu’assisat at-Turath ad-Druzi, 2004), p. 7, author’s translation.

[6] Devin Stewart, « Islam in Spain after the Reconquista, » Emory University, p. 2, accessed Nov. 27, 2009.

[7] See also Quran 2:173, 2:185, 4:29, 16:106, 22:78, 40:28, verses cited by Muslim jurisprudents as legitimating taqiyya.

[8] Abu Ja’far Muhammad at-Tabari, Jami’ al-Bayan ‘an ta’wil ayi’l-Qur’an al-Ma’ruf: Tafsir at-Tabari (Beirut: Dar Ihya’ at-Turath al-‘Arabi, 2001), vol. 3, p. 267, author’s translation.

[9] ‘Imad ad-Din Isma’il Ibn Kathir, Tafsir al-Qur’an al-Karim (Beirut: Dar al-Kutub al-‘Ilmiya, 2001), vol. 1, p. 350, author’s translation.

[10] Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam, pp. 30-7.

[11] Imam Muslim, « Kitab al-Birr wa’s-Salat, Bab Tahrim al-Kidhb wa Bayan al-Mubih Minhu, » Sahih Muslim, rev. ed., Abdul Hamid Siddiqi, trans. (New Delhi: Kitab Bhavan, 2000).

[12] Ahmad Mahmud Karima, Al-Jihad fi’l Islam: Dirasa Fiqhiya Muqarina (Cairo: Al-Azhar, 2003), p. 304, author’s translation.

[13] Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam, p. 32.

[14] Raymond Ibrahim, The Al Qaeda Reader (New York: Doubleday, 2007), pp. 142-3.

[15] Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam, pp. 32-3.

[16] Ibn Ishaq, The Life of Muhammad (Karachi: Oxford University Press, 1997), pp. 367-8.

[17] Shihab ad-Din Muhammad al-Alusi al-Baghdadi, Ruh al-Ma’ani fi Tafsir al-Qur’an al-‘Azim wa’ l-Saba’ al-Mithani (Beirut: Dar al-Kutub al-‘Ilmiya, 2001), vol. 2, p. 118, author’s translation.

[18] Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam, pp. 11-2.

[19] Ibid., pp. 41-2.

[20] Ibn Qayyim, Tafsir, in Abd al-‘Aziz bin Nasir al-Jalil, At-Tarbiya al-Jihadiya fi Daw’ al-Kitab wa ‘s-Sunna (Riyahd: n.p., 2003), pp. 36-43.

[21] Mukaram, At-Taqiyya fi ‘l-Islam, p. 20.

[22] Coran 2: 216.

[23] Yahya bin Sharaf ad-Din an-Nawawi, An-Nawawi’s Forty Hadiths, p. 16, accessed Aug. 1, 2009.

[24] John Lyly, Euphues: The Anatomy of Wit (London, 1578), p. 236.

[25] Coran 8:39.

[26] Emile Tyan, The Encyclopedia of Islam (Leiden: Brill, 1960), vol. 2, s.v. « Djihad, » pp. 538-40.

[27] David Bukay, « Peace or Jihad? Abrogation in Islam, » Middle East Quarterly, Fall 2007, pp. 3-11, f.n. 58; David S. Powers, « The Exegetical Genre nasikh al-Qur’an wa-mansukhuhu, » in Approaches to the History of the Interpretation of the Qur’an, Andrew Rippin, ed. (Oxford: Clarendon Press, 1988), pp. 130-1.

[28] Jalil, At-Tarbiya al-Jihadiya fi Daw’ al-Kitab wa ‘ s-Sunna, p. 7.

[29] Ibn Khaldun, The Muqadimmah. An Introduction to History, Franz Rosenthal, trans. (New York: Pantheon, 1958), vol. 1, p. 473.

[30] Hugh Kennedy, The Great Arab Conquests (Philadelphia: Da Capo, 2007), p. 112.

[31] « Saudi Legal Expert Basem Alem: We Have the Right to Wage Offensive Jihad to Impose Our Way of Life, » TV Monitor, clip 2108, Middle East Media Research Institute, trans., Mar. 26, 2009.

[32] « Egyptian Cleric Mahmoud Al-Masri Recommends Tricking Jews into Becoming Muslims, » TV Monitor, clip 2268, Middle East Media Research Institute, trans., Aug. 10, 2009.

[33] Denis MacEoin, « Tactical Hudna and Islamist Intolerance, » Middle East Quarterly, Summer 2008, pp. 39-48.

[34] Majid Khadduri, War and Peace in the Law of Islam (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1955), p. 220.

[35] Ahmad Mahmud Karima, Al-Jihad fi’l Islam: Dirasa Fiqhiya Muqarina, p. 461, author’s translation.

[36] Ibid., p. 469.

[37] Muhammad al-Bukhari, « Judgements (Ahkaam), » Sahih al-Bukhari, book 89, M. Muhsin Khan, trans., accessed July 22, 2009.

[38] Michael Bonner, Jihad in Islamic History: Doctrines and Practice (Princeton: Woodstock Publishers, 2006), p. 148.

[39] Ahmed Akgündüz, « Why Did the Ottoman Sultans Not Make Hajj (Pilgrimage)? » accessed Nov. 9, 2009.

[40] Ahmad Ibn Naqib al-Misri, Reliance of the Traveller: A Classic Manual of Islamic Sacred Law (Beltsville: Amana Publications, 1994), p. 605.

[41] Daniel Pipes, « Lessons from the Prophet Muhammad’s Diplomacy, » Middle East Quarterly, Sept. 1999, pp. 65-72.

[42] Arabinda Acharya, « Training in Terror, » IDSS Commentaries, Institute of Defence and Strategic Studies, Nanyang Technological University, Singapore, May 2, 2003.

[43] « Does hypocrite have a past tense? » for clip of Osama bin Laden, accessed Aug. 1, 2009.

[44] Ibrahim b. Muhammad al-Shahwan, et al, « Correspondence with Saudis: How We Can Coexist, » AmericanValues.org, accessed July 28, 2009.

[45] Ibrahim, The Al Qaeda Reader, p. 43.

[46] Steven Emerson, « Osama bin Laden’s Special Operations Man, » Journal of Counterterrorism and Security International, Sept. 1, 1998.

[47] For lists of other infiltrators of U. S. organizations, see Daniel Pipes, « Islamists Penetrate Western Security, » Mar. 9, 2008.

[48] Walid Phares, « North Carolina: Meet Taqiyya Jihad, » International Analyst Network, July 30, 2009.

[49] Coran 8:39.

[50] James Lorimer, The Institutes of the Law of Nations: A Treatise of the Jural Relations of Separate Political Communities (Clark, N.J.: The Lawbook Exchange, Ltd., 2005), p. 124.

Rédigé le 18/01/2010 dans Islam, Terrorisme | Lien permanent







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