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Quand les Anglais attaquaient les navires d’émigrants juifs


Quand les Anglais attaquaient les navires d’émigrants juifs

On savait que le gouvernement de Sa Majesté regardait l’émigration des Juifs européens vers la Palestine d’un sale œil. Un essai, qui paraît aujourd’hui au Royaume-Uni, révèle que le MI6 s’évertuait à couler leurs navires.

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AFP
L’Exodus, intercepté par la marine britannique le 18 juillet 1947.
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Queen’s University of Belfast
Keith Jeffery

L’ouvrage de l’universitaire nord-irlandais Keith Jeffery (« The Secret History of MI6 »,  Bloomsbury, non paru en France) contiendra sans doute beaucoup d’enseignements,puisqu’il s’attache à l’histoire du Secret Intelligence Service depuis sa fondation, en 1909, jusqu’en 1949. Mais – avis à ceux qui abandonnent les livres aux trois quarts – la révélation la plus détonante pourrait se trouver vers la fin. Autour des années 1946-1948, lorsque les Juifs européens ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale se tournaient en masse vers la Palestine, à l’époque sous mandat britannique. Lorsque la Haganah, ou d’autres organisations du même type, affrétait des bateaux pour les amener sur cette terre qui ne leur était pas promise.

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Sipa
Clement Atlee

L’affaire débute en 1946, si l’on croit la recension que l’historien Andrew Roberts fait du livre de Jeffery sur le site « the Daily Beast ». Le gouvernement de Clement Attlee demande au MI6 des « propositions d’actions pour dissuader les armateurs et équipages de navires de s’engager dans l’immigration illégale des Juifs ». Il se voit proposer des options telles que la pose d’engins de sabotage volontairement défectueux, pour donner des sueurs froides aux marins les ayant trouvés à bord ; des incendies à quai ; des actes de malveillance visant les réserves d’eau potable ou de nourriture. Le chef du SIS, sir Stewart Menzies, précisait que ces actions pourraient être attribuées à un groupe terroriste fictif dont il avait même prévu le nom : les « Défenseurs de la Palestine Arabe ».

L’opération « Embarrass » est lancée après une réunion du 14 février 1947. Des agents sont envoyés en France et en Italie, déguisés en plaisanciers. Sous leurs cirés jaunes, ils ont des « mines limpet », ces bombes sous-marines à ventouses qui ressemblent vaguement à d’inoffensives patelles (limpets, en anglais). Entre l’été 47 et le printemps 48, les ports italiens dénombreront cinq navires attaqués. L’un sera proprement détruit, deux autres endommagés. Les deux dernières bombes seront désamorcées. En France, un attentat est prévu sur le paquebot « President Warfield », qui mouille à Sète. Il n’aura pas lieu, le bateau partira, mais n’arrivera jamais en Palestine. Il aura entre temps été rebaptisé « Exodus ».

Il ne faut pas s’attendre à des tentatives de réfutation de la part des autorités britanniques. Keith Jeffery ne leur a pas fait une étude dans le dos : en 2005, il s’était vu accorder un accès total aux archives inédites des services secrets britanniques, qui se cherchaient un biographe. Ses sources sont donc de première main. Un « filtrage » était  d’ailleurs prévu, ultime relecture pour épurer le texte de ce qui mettrait en péril la sécurité nationale. Pour parodier l’adage, qui ne censure consent.

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G.P.O./Sipa
L’Exodus, en 1947.

Les révélations de Jeffery rappellent l’animosité proverbiale de la Couronne britannique vis-à-vis de l’émigration juive. Les Anglais craignaient un bouleversement démographique qui mettrait en péril leur mainmise sur la Palestine. En 1939, George VI se disait ainsi favorable à l’idée que « des mesures soient prises pour éviter que ces gens quittent leurs pays d’origine ». Presque dix ans plus tard, la décision de renvoyer les passagers de l’Exodus vers l’Allemagne aura été prise alors que tous les relais de la diplomatie british assuraient que cette initiative serait violemment accueillie par l’opinion internationale (comme le révélaient des archives déclassées en 2008).

D’ailleurs, le récit de l’opération « Embarrass » contient des passages dignes d’un épisode de « Mission impossible ». Une note aux agents chargés de son exécution précise qu’il est primordial « qu’aucune preuve ne puisse établir le lien entre [ces actions] et le Gouvernement de Sa Majesté ». En cas de capture, précise le document, les faux plaisanciers devaient faire de faux aveux, et raconter qu’ils agissaient pour le compte d’une organisation anti-communiste composée d’industriels américains de droite. « Dans l’éventualité d’une peine de prison », avait-on prévenu les barbouzes de la Couronne, « aucune aide ne pourrait être attendue du gouvernement de Sa Majesté ». C’était une époque où on n’était pas beaucoup plus sympa avec les espions qu’avec les émigrants. Il faut dire qu’à défaut d’être impossible, la mission était quelque peu dégueulasse.

Par David Caviglioli







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