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Commandos de Marine


Commandos de Marine



Avant même la création de l’Etat, l’expérience militaire fut l’un des fondements de l’identité « sabra [1] » puis israélienne. À partir des années 1930, quand la société du Yishouv [2] comprit que le projet sioniste allait se heurter à une résistance palestinienne implacable et violente, le fusil remplaça la charrue comme outil principal de la métamorphose du Juif diasporique, courbé et peureux, en un homme nouveau, grand, aux épaules larges et au torse bombé.

Cette métamorphose doit accoucher d’un nouveau modèle d’homme. En effet, comme les antisémites avant eux, les sionistes tiennent le Juif diasporique pour un être émasculé, un poltron qui se laisse massacrer en priant au lieu de se battre. Le nouveau Juif, né sur la terre des exploits des héros bibliques, doit moins évoquer ses grands-parents du shtetl que leurs voisins goyim. Les descendants de Rashi [3] rêvent que leurs enfants ressemblent à Vercingétorix.

Victorieuse mais extrêmement meurtrière pour le Yishouv dont les pertes humaines s’élevèrent à 6000 – 1% de la population juive de Palestine –, la guerre de 1947-1949 consacre le jeune combattant hébreu comme figure emblématique de la révolution sioniste. Force génératrice de la nation juive, l’armée joue aussi, dès la naissance de l’Etat, un rôle de creuset identitaire en aidant cette société naissante à absorber et intégrer des centaines de milliers d’immigrants.

Une armée omniprésente

Ce mythe du combattant et ce rôle d’une armée « melting pot » sont consciencieusement entretenus par l’institution militaire avec le soutien actif de l’Etat, dans une société où l’armée est omniprésente.

Le budget de la Défense occupe en Israël une part des dépenses publiques bien supérieure à celle qu’on trouve en France ou même aux Etats-Unis (respectivement 9% en Israël, 2,5 % en France et 2,9 % aux USA). Cela est encore plus vrai pour les dimensions de ses forces armées : sur 7 millions d’habitants (dont 5,3 millions de Juifs), 176000 militaires sont sous les drapeaux en permanence et quelque 450000 réservistes sont prêts à les rejoindre en cas de mobilisation générale, soit presque 10% de la population adulte. Mais, bien au-delà de ce fait statistique, l’armée a dans la vie quotidienne et dans l’espace public une présence et une visibilité hors pair. Le soldat est constamment et partout présent, dans la rue autant que dans les publicités. Sur la scène politique, les anciens militaires mettent en avant leurs états de service et, à l’instar de Rabin et de Sharon, les officiers généraux à la retraite occupent souvent une place de premier rang dans les gouvernements.

Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que le système scolaire, les mouvements de jeunesse, les lieux de mémoire, les célébrations érigent le combattant – mort ou vivant – en fils chéri de la patrie. Citoyen exemplaire, ce héros israélien est aussi le modèle du masculin. Masculinité et citoyenneté sont intrinsèquement liées, et c’est le service militaire au sein d’une unité combattante qui confère, dans ces deux domaines, un brevet d’excellence. C’est ainsi qu’une pression implicite et multiforme continue de pousser les jeunes Israéliens vers ces unités d’élite.

Les travaux récents de sociologues et anthropologues israéliens indiquent que le service militaire joue encore aujourd’hui un rôle majeur dans la formation des identités masculine et féminine. Mais, en montrant comment le service militaire engendre, entretient et confirme les relations de pouvoir entre les sexes, les ethnies et les classes sociales, ces études mettent en cause la fonction « melting pot » de l’armée.

Parmi les travaux récents, celui d’Orna Sasson-Levy élabore, à partir d’une synthèse des principales études sur le sujet, une approche originale fondée sur l’analyse des stratégies identitaires des conscrits, en fonction de leur métier au sein de l’armée. Sasson-Levy identifie quatre catégories professionnelles de conscrits : les combattants, les « cols bleus » (qui occupent des postes de cuisinier, mécanicien, chauffeur, etc.), les femmes-soldats occupant des postes « masculins » (essentiellement instructrices de combattants) et enfin les « cols blancs » (soldats occupant des postes dans l’informatique et le renseignement).

Les entretiens avec les conscrits appartenant à ces groupes font apparaître l’existence – ou plutôt la coexistence – de plusieurs modèles identitaires variant selon la classe, l’origine ethnique, le métier au sein de l’armée et le sexe. Parmi ces différentes façons de concevoir et de vivre la masculinité et la citoyenneté, le principal élément structurant est la référence constante au modèle hégémonique du combattant, « l’homme véritable », l’incarnation de la virilité.

Le combattant : la formation d’une élite

Le modèle du combattant repose sur deux séries de cara-ctéristiques complémentaires : maîtrise de soi et grande capacité de contrôle physique et émotionnel, d’une part ; recherche d’excitation, de risques et d’émotions fortes suscitées par le dépassement de soi, d’autre part. Ces deux types de caractéristiques constituent un couple inséparable, à l’image de celui qui est nécessaire dans les sports extrêmes. Pour aller au-delà de ses limites et de sa peur, pour piloter un chasseur bombardier F-16, manœuvrer un char d’assaut Merkava dernière génération ou servir sur une frégate équipée de systèmes d’armement sophistiqués, il faut maîtriser son corps et ses émotions tout autant que les techniques et les technologies.

La masculinité du combattant est fondée sur cette combinaison qui, contrairement au modèle traditionnel, met l’individu au cœur du système militaire. « Surpasse-toi, montre de quelle étoffe tu es fait » : le défi que l’armée lance à la jeunesse masculine fait passer au second plan la discipline, l’impératif de conformité voire d’uniformité inhérent à la culture militaire. Les unités combattantes deviennent ainsi les hauts lieux de la masculinité virile. Sauf exceptions rares, les femmes en sont exclues. Le rejet des femmes au niveau symbolique y est même extrême, comme en témoignent les agressions verbales auxquelles se livrent les unités combattantes lorsqu’elles croisent des femmes : « Nous voulons baiser, nous voulons baiser. » Il faut cependant noter que ce comportement n’est que l’expression d’un rituel collectif chez les combattants pour entretenir leur propre virilité ; la violence sexuelle réelle est extrêmement rare, voire inexistante.

Afin d’y attirer la jeunesse israélienne, l’armée cultive consciemment le prestige et le sentiment du caractère exceptionnel de ses combattants en faisant de leurs unités des corps d’élite. Sans cette rétribution symbolique, pourquoi un conscrit choisirait-il de passer ses trois années de service militaire dans l’infanterie, les chars, la marine et surtout dans ces unités d’élite que sont les commandos, les forces spéciales, l’école des pilotes et des officiers de la marine, où les conditions sont extrêmement dures, physiquement éprouvantes et risquées ? De surcroît, ces choix, intervenant à 17-18 ans, affectent durablement la vie adulte : les Israéliens servent pendant vingt à trente années supplémentaires, au titre de l’armée de réserve, dans leur unité initiale. Autant dire que ce ne sont pas les maigres compensations économiques, mais bien le prestige et le sentiment d’appartenance à une élite – masculine et sociale –, qui constituent les plus puissantes incitations à ces choix. D’où l’accumulation d’attributs et de signes extérieurs d’identification : insignes, bérets de couleurs différentes, éléments distinctifs d’uniformes se multiplient à partir des années 1980 afin que les combattants recueillent les dividendes symboliques de leur sacrifice. La patrie donne une place à part à ces citoyens qui ont consenti à son égard à un engagement personnel supérieur.

A ses propres yeux comme à ceux de nombre de ses compatriotes, un ex-commando de la marine, un pilote de chasse ou un commandant de bataillon de paras, même réserviste, est plus légitime à s’exprimer et « compte » plus qu’un ex-caporal de la police militaire ou un ex-soldat chauffeur de poids lourd dans une unité logistique. Service militaire, masculinité et appartenance à l’élite des citoyens sont donc intimement liés. On comprend aisément qu’il y ait là les germes d’un processus d’exclusion pour tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas intégrer ces unités combattantes.





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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